‹ Les symphonies: idylles héroïquesChapitre 36 sur 61 · FRANTZ · texte numérisé non relu

FRANTZ

DÉDICACE -ctto-

Cber pays de Forez, je te dois udc o^ndel Terre où, dans mon berceau, les chËnes m'ont parle, Ta sève et ton murmure en ma veine ont coulé; n faut qu'un cri d'amour, aujourd'hui , le les rende.

C'est loi qui la première, au sentier du dâsert, Fis marclier, pas à pas, mon eufance inquiàte, Qui m'as nourri d'un miel dans les bois découvert. Et, dans l'eau da torrent, m'as baptisé poëte.

su IDVLLES HËROIQDES.

C'est ton doigt maternel qui dirigea mes yeux Sur l'alphabet sacré des couleurs et des formes. Et, dans l'accent divers des sapins ou des ormes. Bfapprit i pénétrer des mots mystérieux.

Par lot , dans l'ombre sainte, enfont des vieux Druicks, J'ai connu des grands bois le sublime frisson ; Poursuivant l'infini des horizons fluides, Par toi, des hauts sommets je fus le nourrisson.

Mon aile s'est ouverte au vent que tu déchaînes; Enivré de ton souffle, à l'odeur des prés verts. J'ai senti circuler, de mon sang à mes vers , L'esprit qui foit mugir les taureaux et les chênes.

Près d'une eau qui frémit sur son lit de gravier. Sous l'aune où le geai siffle, où se rit la linotte. De l'hymne universel m'enseignant chaque note, Tu conduisis mes doigts sur ton vaste clavier.

Tu fus mon premier livre et mon premier solfège; Écolier, j'ai reçu mes plus sages leçons De ces voix qu'on écoute en longeant les buissons; Tes soleils m'ont tiré de la nuit du collège.

J'appris des laboureurs et des batteurs de grain Ce rhytiime indéfini qui dans l'écho s'achève; Que de soirs j'ai trouvé, dans ce vague refrain. Enfant un doux sommeil, jeune homme un plus doux téve t

DEDICACE. U

Le foyer et le champ, les récit? de l'aïeul.

Toutes qui pour le cœur compose la patrie.

Tous ces trésors que j'aime avec idolâtrie.

Cher pays de Forez, je les tiens de toi seul.

Tous mes fruits ont germé sur tes douces collioesi Ma sève ne sort pas d'une immonde cité; Si je fleuris au sol où je fus transplanté , C'est que je garda encor ta terre a mes racines.

Un sang paisible et forl , pur de tous vils penchants , Est transmis à tes fils , chaste et verte contrée Où d'Urfé promenait les bergers de l'Astrée , Et dont la ville encor garde les mœur^dea champs!

Par toi je fus poêle , et d'un plus lier langage. Peut-être, sous mes doigts , la harpe des forêts Parla mieux d'idéal et sut mieui tes secrets... Hais cette œuvre est la tienne et je t'en fais hommage.

Recoîs-le sans l'ouvrir, ce livre d'un songeur, Trop plein des visions de ce siècle malade; Reste à chanler encor quelque vieille liallade, Et garde hien tes fils de son doute rongeur.

Quand de revoir ton sol Dieu m'accorde la fêté. Je veux qu'aux verts détours des sentiers réjouis Tous ceux que je rencontre, ignorant le poëte , Tendent leur main calleuse à l'enfant du pays.

M3 IDYLLES HËBOIQUES.

Que nul, pour me complaire, en s'efforcant, n'y (anse De livres et d'auteurs, de systèmes nouveaux; fltaia admire avec moi sa terre et ses travaux, Et, sur chaque rosier me coupant une rose.

Me dise ses projets pour le futur printemps.

Combien de chars de blé sont entrés dans ses granges. Quel nectar il espère ans prochaines vendanges, Quel miracle aux pêcheurs promettent ses éUngs.

Chez toi, je ne viens pas pour glaner quelque feuille De ces douteux lauriers tressés d'un doigt moqueur; Plus saine, à cher pays! et plus douce à mon cœur, Dieu me lïdt la moisson qu'en tes champs je recueille.

Sur la bruyère en fleur, sous les pins odorante. J'y respire à longs traits l'air pur et la lumière; Dans l'enclos séculaire, autour des bancs de pierre. J'y vais interroger l'ombre des vieux parents.

C'est là qu'ils ont vécu comme je voudrais vivre , Laborieux et fiers, obscurs, mais sans remords. Traçant devant leurs fils le sillon qu'il faut suivre. Et marchant, le front calme, à d'héroïques morts.

Si, chez toi, loin du siècle et des modernes fanges. Je vivais de repos , d'ombre et de souvenir, Mon livre, sous ce chêne où je viens rajeunir. Serait digne de l'œil des enfante et des anges.

DÉDICACE. au

Jamais je n'ai subi les orages du cœur Sous ces rameaux sacrés dont j'aspirais la sève; Dans nos sentiers amis quand je retourne en r6ve. Je n'y revois passer que ma mère et ma sœur.

Tgnore, à cher pays I mes vers et mon nom même; Mais donne-moi ma part de soleil et d'air pur. Oi^ l'on se sent heureux, il est doux d'être obscur : Garde-moi seulement le cœar de ceux que j'aime.

Si pourtant de l'oubli mon œuvre se défend , S'il s'attache à mon nom quelque gloire modeste, Alors, rappello-toi que je suis ton enfant, Que tu m'as fait poëte , et que l'honneur t'en reste.

Donne à mon souvenir quelque humble monument; Que la mort me ramène en un lit que j'envie, Au pied des monts si cherg d'oit m'a cbassé la vie, Et vers qui mon espoir s'élance à tout moment.

lÂ, j'ai rëré la tombe où je voudrais descendre; Là, d'avance, implorant le suprême repos, Je voudrais rapporter la maternelle cendre, Pour que les os des miens s'y mêlent à mes os.

Toi, dont le vieux granit survit à tous les marbres,

Terre où nous dormirons dans l'éternelle paix,

Fais sur nous verdoyer les gazons plus épais;

Fais, dans l'air frâmissant, chanter tes plus grands arbres.

34i IDYLLES HÉROÏQUES.

Que tout, nicbes et nids, fourmille en ce beau lieu; Que la vie en sa fleur fête ma aépulture, Pour que m<Hi Ame, encore, entende au sein de Dieu Tes voix que j'essayai de traduire, ô Naturel

C'est moi qui décoche i. ta vitre Ce niyoo d'or lesla et joyeux Dont le feu, sur too ooir pupitre.

Tombe et rejaillit dans les yeux.

Ferme, en chassant [on r6ve sombre , Ce lifTe jaune où tu t'endors ; FuJB galment la ville et son ombre Pour me suirre aux prés, d'où je sors.

Je^uis le prinCempsI Dieu m'envoie, Plein de musique et de couleurs, Pour semer la vie et la joie Dans les âmes et daos les fleurs.

Je fuirai Bans regrets ce loit sombre et mon livre, printemps 1 mais je veux du moins,

Sons ton jenne soleil qni m'invite h le suivre , Marcher sans guide el sans témoins.

Je hais tons les sentiers qne le passant me nomme ,

Tout lieu d'où je suis revenu; Jevens, dans le désert, loin des traces del'horome,

Je veux voir de près rinconou.

LE BATON DE l'aIEUL

Toi qui cherches ton passage, Fier de le trouver tout seul.

Si ton cœur est resté sage , Prends le bâton de l'aïeul.

Quelque jour, entre deux routes, Hésitant, chargé d'ennui.

Si tu t'assieds, si tu doutes..., Laisse-toi guider par lui.

Tu peux sur sa rude écorce Tappuyer en sûreté ; n a donné de sa force A tous ceux qui l'ont porté.

FRANTZ. — 'PBOLOGDE.

11 n'a pas conduit ses maîtres .Vers les orgueilleux sommets; Mais, par lui , de tes ancêtres Le pied n'a tremblé jamais.

Ceux-là n'avaient pas l'envie De fuir tout le genre humain , Et, pour traverser la vie, Ils prenaient lo droit chemin.

Par la montagne et la plaine, Partout où le blé mûrit.

Us creusaient, sans perdre haleine; Le sillon qui te nourrit.

Posant leur sceptre de frêne SUr le seuil de la maison, Us rentraient, l'âme sereine, Sans rêver d'autre horizon.

Fais comme eux : viens, abandonne L'oisif orgueil; il te perd...

La nature qui t'est bonne, C'est le champ, non le déserti

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