‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 121 sur 143 · LE MESSAGE · texte numérisé non relu

LE MESSAGE

Il passe au galop sur la neige, Dans le steppe il va nuit et jour; Il est parti... Dieu le protège!

Il passe au galop sur la neige, L'ardent message de l'amour.

Il va, sans souci des étoiles, Malgré l'effroi des matelots; Sur le navire à toutes voiles, Il va, sans souci des étoiles, 11 se lance à travers les flots.

Il passe, il vole à tire d'aile ; Des bois il franchit l'épaisseur.

C'est le ramier prompt et fidèle; Il passe, il vole à tire d'aile...

Saura-t-il tromper le chasseur?

Le vent siffle et la neige tombe ; Tout chemin dans l'air est fermé,

Par où fuira cette colombe?

Le vent siffle et la neige tombe:

Il est si loin, mon bien-aimé !

Ces pleurs, ces soupirs, ces longs rêves,

Ces secrets venus de l'exil,

Vont-ils expirer sur ces grèves?

Ces pleurs, ces soupirs, ces longs rêves,

Le vent les emportera-t-il ?

Irez-vous, comme une rosée, Pleurs de l'amour, tribut constant, Raviver cette âme épuisée; Irez-vous, comme une rosée, Jusqu'à la fleur qui vous attend?

Il est parti, le doux message; Je pleurais bien en l'écrivant; Dieu le guide, il s'est fait passage ! Il parviendra, Je doux message; Pleure encore en le recevant.

Pleure au fond de l'absence, ab ! pleure ; un jour peut-être, Un jour, où les oiseaux chantent sur ta fenêtre, Où quelque heureux message, écrit en plein soleil, A frémi sous ta lèvre et sous ton doigt vermeil, Où tu vas respirer, t'enivrant d'être aimée, Un espoir de retour sur la page embaumée, Le même jour, peut-être, en son lointain pays, L'autre est tombé martyr des devoirs obéis ; Seul, perdu, sans secours, là-bas il agonise,

Luttant contre une mort dont l'horreur s'éternise; T'implorant, te cherchant d'une sanglante main, Toi qui souris, pauvre ange, et qui l'attends demain !

Il passe au galop sur la neige, Dans le steppe il va nuit et jour; Il est parti... Dieu le protège!

Il passe au galop sur la neige, L'ardent message de l'amour.

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