‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 135 sur 143 · LE GLACIER · texte numérisé non relu

LE GLACIER

L'esprit des eaux, caché dans son beau corps de neige, Conserve tout l'hiver son immuable siège

Posé sur les sommets; Sa statue au front blanc, calme, solide et pure, Semble un dieu qui s'assied à part dans la nature

Pour dormir à jamais.

Elle y forme des monts l'impassible couronne; Le nuage empourpré d'un manteau l'environne,

La lune s'y suspend, Et la foudre du ciel, qui tonne à côté d'elle, Sillonnant les glaciers sans qu'une onde en ruisselle,

S'éteint en les frappant.

Mais qu'un soleil ami caresse enfin la cime,

Le rocher devient flot, le dieu marche et s'anime

Sur son trône argenté.

L'esprit des eaux s'épanche avec un bruit sauvage, Et, roulant vers la plaine, y porte le ravage...

Ou la fertilité.

Tel, dans la région des stoïques pensées, Le héros s'est vêtu de ces splendeurs glacées;

A voir ce front serein Pareil aux pics blanchis, sans larme et sans murmure, On a cru que l'amour glissait comme l'injure

Sur cet homme d'airain.

Mais que le vrai rayon vienne effleurer cette âme, Qu'un dessein généreux colore de sa flamme

Ce front indifférent, Et vous verrez la neige en flot d'azur se fondre, Vous entendrez ce cœur éclater et répondre

Au fracas du torrent.

Et le grand fleuve ira susciter toute chose; Plainte ou joie, éveillant sur les bords qu'il arrose

Mille échos assoupis ; Et l'âme s'épandra sur les âmes prochaines, Douce et terrible: ici, faisant crouler les chênes,

Là, germer les épis.

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