LE CHASSEUR DE CHAMOIS
Le franc chasseur suit sur la neige
L'ours et l'isard ; A chaque pas il trouve un piège,
Vit de hasard.
En déposant la carabine,
Souvent, le soir, Il mange à son feu de résine,
Un pain tout noir.
Il n'a pas même un lit de chaume
Pour s'y coucher...
Mais les sapins forment le dôme
Sur son rocher.
Dans sa cape de laine brune,
Sans nul souci, Il dort en attendant fortune...
Son chien aussi.
Son fusil et sa cartouchière
Près de sa main, Il dort, dans sa pauvreté fière,
Jusqu'à demain;
Rêvant de la fée immortelle
Qui l'a doté, Et lui fit la part la plus belle,
La liberté!
La liberté fière et sans règle
Dans sa ferveur, Qui donne au pain d'orge et de seigle
Tant de saveur;
Qui rend l'habit de grosse laine
Souple et soyeux, Et fait battre, à sa chaude haleine,
Les cœurs joyeux.
La liberté, plus douce encore
Que le doux miel, Plus éclatante que l'aurore
Au fond du ciel.
Tu viens, ô divine guerrière, Que nous aimons,
Tu descends, comme la lumière, Du haut des monts.
La, debout sur la feuille sèche,
Au bord d'un bois, Tu lanças la première flèche
De ton carquois.
Là, présente à l'heure fatale
Aux oppresseurs, Tu fondras la dernière balle
Des francs chasseurs.
Mais nous, ô voyageur, plus haut ! montons encore Cet escalier des monts par où descend l'aurore. Chacun de ses degrés offre au cœur agrandi L'image et le conseil d'un travail plus hardi.
Aux confins de l'éther d'où la foudre s'élance, Voici la région du froid et du silence, Où la vie est voilée, où cessent les combats ; L'œil même du chasseur ne la voit que d'en bas.
C'est le front de la terre où dort l'âme du fleuve. Les fécondes sueurs où tout germe s'abreuve Jaillissent de là-haut; et l'être, à grands flots, sort De ces monts recouverts du linceul de la mort.