CATON D UTIQUE
«Ma mort absout ton cœur de sa morne tristesse;
J'ai compris cet abattement Qui vient, malgré ta flamme et malgré ta jeunesse,
T'accabler ainsi par moment.
Quand je renonce à vivre et succombe à ma tâche, Et meurs en condamnant les dieux,
Du mal qui m'a tué tu peux, sans être un lâche, Pleurer à la face des deux.
Les lois ont succombé ! j'ai vu rire la foule
Autour de leur temple abattu ; Avec la liberté, dans les âmes s'écroule
L'espoir dernier de la vertu.
J'ai vu prostituer l'honneur des laticlaves Aux tribuns changés en flatteurs.
Pour premiers citoyens Rome a de vils esclaves ; Le sénat s'ouvre aux délateurs !
Que Rome soit soumise avec la terre entière;
Je reste à jamais indompté !
Ce fer dans ma poitrine ouvre à mon âme ficre
Un chemin vers la liberté.
Ainsi j'ai triomphé; m 'emparant de l'histoire, J'y règne en dépit du plus fort.
Je m'appelle Caton... César, dans sa victoire, César est vaincu par ma mort. »
Silence, ô rude voix de l'héroïsme antique, Laisse une âme plus pure exhaler son cantique. Le bûcher de Rouen, les prés de Vaucouleurs, Lancent autour de nous leurs flammes et leurs fleurs.
JEANNE D AKC.
« Tu m'aimas d'enfance, et je viens t'apprendre A chasser bien loin tes noirs assaillants : Garde un esprit fier dans une âme tendre; Les cœurs les plus purs sont les plus vaillants.
Tu viens comme au pied d'un autel qui brille Devant mon bûcher te mettre à genoux ; Pourquoi, dans toneceur, mon nom d'humble fille Entre les plus grands est-il le plus doux ?
Si tu m'invoquas, pauvre paysanne, Entre tous les saints de mon cher pays, C'est qu'au fond des bois et dans ma cabane Ces saints me parlaient, et que j'obéis.
C'est qu'à leur appel j'ai dit, sans murmure, A ma mère en pleurs un suprême adieu, Pour aller porter, sous ma blanche armure, L'âme de la France et l'esprit de Dieu.