LE CHEVALIER BAYARD
« Toi qui veux, à tout prix, la grandeur de ton âme, Prêt à tous les périls, dédaigneux de tout blâme, Ferme en ton droit chemin ;
292 IDYLLES III- ROÏQUES,
Toi qui fois de l'honneur et ta vie et ton rêve, Viens baiser avec moi le tronçon de ce glaive Tout sanglant dans ma main.
Je te prêle un moment ce fer que ton enfonce S'essayait à tirer en invoquant la France,
Ce glaive en qui tu crois; Arme du vieil honneur, fidèle et bien trempée, Clue l'on peut au combat brandir comme une épée,
Baiser comme une croix. »
II E R m a N .
Héros et demi-dieux dont l'histoire est le temple, Honneur des anciens jours qu'enfant je poursuivais, Vous offrez vainement la lumière et l'exemple A qui respire encor l'air de ce temps mauvais.
La vertu n'a plus d'aile et de sainte folie ; Tout conspire à courber, à briser l'homme fier; Le destin est complice ; et sous sa main de fer, Devant toute bassesse, il faut qu'on s'humilie.
Le beau s'est retiré de tout..., même du bien ! Oh ! dites-moi, l'esprit que votre amour élève, Qui vit de votre culte, et n'aspire à plus rien, Qu'à rester digne encor de vous et de son rêve,
Par où doit-il marcher, dans cette épaisse nuit? Tous les chemins frayés nous mènent à l'abîme. Toi dont le livre ardent m'exhorte et me conduit, Parle ! un dernier conseil, poète magnanime,
Car de tous ces grands morts les cœurs te sont ouverts, Tu sais à quel foyer s'alluma leur courage, Leur voix grandit encore en prenant ton langage ; Leur âme et leurs vertus ont passé dans tes vers.
Réponds! quand chacun tremble et détourne la tête, Près du juste ébranlé par les derniers adieux, Et qui marche au combat, certain de sa défaite, Comment payer sa dette à l'honneur des aïeux ?