PIERRE CORNEILLE
« Faites votre devoir, et laissez faire aux dieux. »
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Tu le sais bien ! il est, sous le chaume et dans l'herbe, Des fleurs et des vertus sans nom chez les humains, Mais qu'à l'égal du chêne et du laurier superbe Dieu chérit dans son cœur et pèse dans ses mains.
Il est, près du foyer, des travaux magnanimes, Des luttes corps à corps avec la passion, D'invisibles combats, des victoires intimes, Assez beaux pour suffire à ton ambition.
Pour la foule, à grand bruit, l'héroïsme étincelle; Mais, dans un humble effort, le cœur pur est constant; Le flambeau du manoir qui luit dans la chapelle Éclipse devant Dieu ces clartés d'un instant.
294 IDYLLES HEROIQU
Sans faire au mal du siècle une guerre inféconde, Où de plus fiers que toi subissent le vainqueur, Reste armé de ce glaive impuissant sur le monde Pour frapper sur toi-même et régner sur ton cœur.
Pourquoi rêver d'atteindre à ces gloires banales, Et d'allumer ta lampe à leurs lointains soleils! Tu portes dans ton cceur de plus sûres annales, Et tes chers souvenirs sont tes meilleurs conseils.
Il t'est bon d'aspirer, parfois, dans la tourmente, L'esprit de ces grands morts et le vaste horizon ; Mais ma pensée à moi chaque jour t'alimente, Et, comme l'air vital, elle emplit ta maison.
C'est là qu'est ta vertu, ta grandeur, ton asile, Là, plus fort et livrant des combats glorieux, Tu peux, libre et vainqueur, dans un monde servile, Ennoblir avec toi tes fils et tes aïeux.
Là tu peux, chaque jour montant d'une victoire, Humble comme je fus, sans sortir du réel, Dépasser ces sommets du globe et de l'histoire due je n'ai pas connus..., mais qui sont loin du ciel 1
Mon front triste étincelle au feu de ta parole Comme les noirs sapins sous ce rayon vermeil, Chère âme d'une sainte, et ta douce auréole A réchauffé mon cœur, plus que ce beau soleil.
Non, ce n'est pas un rêve, un fantôme, une flamme Que mon ivresse allume et qu'éteindront les vents ! Esprits qui me parlez, vous êtes bien vivants; Je vous vois, je vous sens au toucher de mon âme !
Je dépouille à vos pieds ma faiblesse et mon deuil ; Sur l'échelle d'azur que vous avez gravie Vous me tendez la main..., et j'ai touché le seuil Du monde où vous vivez la véritable vie.