‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 25 sur 143 · ADMET E · texte numérisé non relu

ADMET E

lu bord du lac, un jour, sous l'aune et sous le frêne, Selle et sans voile, ainsi qu'une jeune sirène,

|'ai vu Myrto tordant l'or de ses longs cheveux: )es perles en tombaient et ridaient les flots bleus.

blancheur de son corps par les rameaux couverte lend l'eau plus sombre autour et la feuille plus verte, :t sur ses pieds de rose arrive en surnageant \irmi l'or d'un fin sable une écume d'argent. )e ses yeux, de son sein et de ses tresses blondes In reflet émané flotte au-dessus des ondes;

Et des ombres du bain sous le roc abrité

Cette molle lueur remplit l'obscurité, loi, je bénis tout bas l'invitante Naïade,

Et Pan qui me cacha sous cette ombreuse arcade,

Et les ardeurs de l'air et la fraîcheur de l'eau, Les saules sur le bain étendus en berceau, Tous les dieux de l'été, ces conseillers propices, Des larcins de l'amour joyeux d'être complices, Et par qui, sans combats, des voiles trop discrets La beauté se désarme à l'abri des forêts.

ËKWYNK.

Un jour, des passions brisant la coupe amère, Las des bonheurs humains avec ennui goûtés, Des promesses du cœur étouffant la chimère, J'ai fui cet air épais qu'on respire aux cités.

J'ai cherché le -désert, poussé vers la Nature Par cet attrait sans nom des parfums, des couleurs, Par ce charme qui tient, malgré toute culture, L'homme vers le soleil tourné comme les fleurs.

J'avais des vains plaisirs pris et laissé l'amorce; Ayant usé de tout, je croyais tout savoir; Docile au sens borné qui s'arrête à l'écorce, Ivre de vains désirs, j'avais nié l'espoir.

Tout le néant du monde et de sa folle pompe S'étalait dans son vide à mon œil ébloui; Sa sagesse qui ment et sa vertu qui trompe, L'amour même, l'amour s'était évanoui!

Eh bien, je n'avais vu qu'un seul aspect des choses, Avant de les sonder avec l'œil du rêveur; Je n'allais pas plus loin que le parfum des roses, Je n'avais jugé rien des fruits que la saveur.

Mais quand les bois sacrés m'ouvrirent leurs arcades, Quand sous les noirs sapins j'eus gravi les hauts lieux, Sur les glaciers, au bruit des vents et des cascades, L'invisible apparut et dessilla mes yeux.

Dès lors, à ce. soleil sans nuage et sans tache, Mon âme voit des champs plus touffus et plus verts; Sous les flots et les fleurs sentant ce qui se cache, Pour son hôte inconnu j'aime cet univers.

En aimant ces beaux lieux, moi, c'est Myrto que j'aime; J'y cueille pas à pas ses traces qu'elle y sème ; C'est dans les champs surtout qu'absente je la vois; J'entends ses pieds courir sur la mousse des bois; La menthe et le rosier m'apportent son haleine; Ces épis en flots d'or ondulant sur la plaine, C'est l'or de ses cheveux; la neige a sa blancheur; L'alouette a sa voix; la colombe est sa sœur; La source est un miroir qui retient son image; Le soupir de la vague en mourant sur la plage, Ces feuillages émus qui parlent mollement, C'est, parmi nos baisers, son doux gémissement.

E k vv y N N .

Le magique pouvoir qui t'a soumis mon âme N'est pas en d'autres yeux ni dans une autre main Ta beauté ne tient pas aux traces d'une femme, Ce que je cherche en toi n'est pas l'aspect humain

Tu ne dois rien à l'homme, et ton charme, ô Nature ! Vient d'ailleurs que des traits entre vous deux pareils ; Une âme s'est écrite en ta large structure, Une âme a pris pour corps tes rieurs et tes soleils.

Non, tu n'as pas à l'homme emprunté cette grâce, C'est lui qui te dérobe et doit suivre ta loi ; Il n'est beau qu'en portant imprimé sur sa face Un peu de l'infini qui rayonne de toi.

ADMÈÏE.

L'homme n'est jamais seul dans les lieux solitaires;

J'y sais mille témoins des amoureux mystères.

Chaque arbre et chaque flot a son hôte divin.

J'ai surpris dans les bois la Nymphe et le Sylvain.

Sous l'écorce j'ai vu le Faune en embuscade

De ses longs bras tortus enlacer la Dryade.

Les tritons argentés, les nymphes aux yeux verts,

Souriant aux pêcheurs, s'ébattent sur les mers.

J'ai vu mes gais chevreaux et mes brebis paisibles

Souvent bondir au son de pipeaux invisibles;

Puis un Satyre, au loin, apparaissait dansant.

J'ai vu parfois glisser sur l'herbe, au jour naissant,

La Napée y semant le safran et la rose.

Pareils à nous, ces dieux nous donnent toute chose ;

Nous leur devons la flûte avec l'art des chansons,

Et surtout de l'amour les fécondes leçons.

ERWYNN.

L'ineffable habitant qu'enveloppe le monde

Sous mille aspects divers est le même en tous lieux ;

Il chante avec la feuille et voit à travers l'onde; Partout présent, cet hôte échappe à tous les yeux.

Mais, si profond qu'il soit dans sa vaste demeure, Quoique baissés toujours, ses voiles sont légers; A nos cœurs par les sens il s'adresse a toute heure, Il communique à nous par mille messagers.

Les bois, les vents, les flots, sont pleins d'esprits sonores; De vivantes odeurs voltigent sur les prés; L'âme luit à travers les yeux des météores. Je sens, je vois, j'entends ces envoyés sacrés.

Un souffle, des forêts agitant les grands dômes, Verse en moi des accords le fécondant essaim. Dans l'or de ce rayon des tourbillons d'atomes, Avec l'air respires, viennent vivre en mon sein.

Au penchant du coteau, des mains aériennes Effeuillent mon bouquet et mêlent mes cheveux, Écrivent leur pensée ou dessinent les miennes Sur les horizons d'or où je lis quand je veux.

A ces pouvoirs de l'air sitôt que je me livre, Sans rien faire souvent que respirer et voir, Je sens mes bras plus forts, mon cœur prêt à revivre, Comme un arbre arrosé des pleurs secrets du soir.

De quelques noms divers que la langue les nomme, Ces esprits d'une autre âme émanent chaque jour; Venus de l'invisible et se montrant â l'homme, Tous me parlent ainsi d'un mystère d'amour.

Tous semblent me pousser sur une même route, D'où le vulgaire impur s'est lui-même banni, Sur ces échelons d'or, renversés par le doute, Qui vont du globe à Dieu, du cœur à l'infini.

Par des liens plus doux la campagne m'attache, J'aime en toi ce qu'on voit et non ce qui se cache, O Nature ! et ces dons prêts pour chaque désir, Que dispense ta main et que je puis saisir. J'aime ce que la fleur parfumée et vermeille Dit aux yeux, et le chant des oiseaux à l'oreille. J'aime, pour tous les fruits dont tu les as chargés, Ces coteaux généreux et gaîment vendangés; Ce bois, parce qu'il prête une ombre harmonieuse Au sommeil, à l'amour, à la danse joyeuse ; Ces eaux pour rafraîchir ma coupe, et pour y voir Rire avec moi Myrto, qui les prend pour miroir.

La terre a d'autres fruits que les fruits que tu cueilles. Plus doux que les raisins dont tu bois la liqueur, Un breuvage, émané des rayons et des feuilles, Sans passer par ma lèvre, enivre aussi mon cœur.

L'oiseau n'a pas de chants, dans sa voix printanière, Divins comme les bruits du silence écouté. Les clartés que je vois en fermant la paupière, De l'aube orientale effacent la clarté.

ADME T H .

Surtout j'aime, ô campagne! en tes vertes retraites,

L'asile et l'ornement qu'à nos amours tu prêtes ;

Tu répands à plaisir tes parfums sur le lit

Où dorment les amours, car l'amour t'embellit.

Pour qui n'y porte pas l'image d'une amante,

Les champs mettraient en vain leur parure charmante ;

De mille fleurs, en vain, le vallon est semé;

Nulle terre n'est belle où l'on n'a pas aimé.

Mais l'amour s'est sevré de voluptés sans nombre,

S'il n'a connu jamais les bois, la mousse et l'ombre;

Si jamais au printemps, sous ses fraîches splendeurs,

Un vallon des plaisir n'abrita les ardeurs.

Oui, qui n'a pas, à deux, marché par les prairies,

N'a jamais su du cœur les douces rêveries.

Oui, malgré les baisers, les pleurs, les noms touchants,

Nul ne sent bien l'amour, s'il ne le goûte aux champs.

Tu sers l'amour aux champs, et les champs m'en délivrent. Si je chéris ces bois et le désert lointain, C'est que les voluptés dont les forêts m'enivrent M'ouvrent contre l'amour un refuge certain.

Sois bénie, ô Nature ! et reste souveraine, Toi qui, pour des beautés que rien ne peut flétrii Me soufflas cette ardeur profonde, mais sereine, La seule dont le cœur n'a jamais à souffrir.

Oui, j'ai subi l'amour, j'ai vécu de ses flammes; Oui, je sais qu'au désert il a mille ornements ; Qu'il agrandit parfois les ailes de nos âmes; J'ai connu son délire et ses ravissements.

Mais quel tumulte, hélas ! la passion déchaîne ! N'es-tu donc rien, Amour, qu'un orage éternel? Amour, on te dirait toujours mêlé de haine; Tu t'aigris parmi nous comme un levain mortel !

Oui, le fiel est au fond de ta coupe épuisée,

Même quand deux grands cœurs se la versent entre eux

Tu n'es que la douleur un instant déguisée,

Qui reprend tôt ou tard ses droits sur les heureux.

Mais toi, culte paisible, amour de la Nature,

Tu n'as pas de soupçons, pas de haine à souffler;

L'âme en te respirant se console et s'épure;

Tes pleurs sur notre front tombent sans le brûler.

D'un lien éternel quoique tu nous enchaînes, Jamais l'injuste ennui n'en alourdit le poids : Amour doux à porter comme l'ombre des chênes Dans ces chères prisons que je demande aux bois !

La forêt n'a d'ombrage et de grottes profondes Que pour donner asile aux amours vagabondes. Pour qui tous ces parfums et tous ces nids charmants, Nature, s'ils ne sont pour les heureux amants ?

Qu'importeraient les fleurs, si d'une bien-aimée Nul n'en venait tresser la couronne embaumée ! Pourquoi la mousse épaisse et la fraîcheur des eaux? Pourquoi les voix de l'onde et le chant des oiseaux, Si, de hêtres touffus discrètement couverte, La couche au fond des bois devait rester déserte? Si le' flot qui murmure autour des verts tapis N'y berce mollement des couples assoupis ; Et si l'oiseau d'amour, par son chant plus sonore, Pour des baisers nouveaux ne les réveille encore, Tandis que l'air, chargé d'enivrantes odeurs, De leur lèvre altérée avive les ardeurs ?

Les ombres sur la mousse en réseaux découpées, Les monts rayés de bois plus jaunis ou plus verts, Les fleurs qu'un art secret parmi l'herbe a groupées, Le nuage mobile aux mille tons divers,

Les sinueux détours des flots qui se poursuivent, Le vol des grands oiseaux, les tourbillons du vent, Tracent au sein des airs et sur la terre écrivent, Pour qui sait bien les lire, un langage vivant.

Ce bruit vague des airs, des oiseaux et de l'onde Éveille mes pensers en éveillant tes sens; Ces parfums exhalant le désir qui t'inonde Versent aussi dans moi des désirs plus puissants.

Ces souffles, ces rayons, ces chœurs de voix lointaines, M'arrachent à ce monde, importune prison ;

Ils me font pressentir des amours plus qu'humaines En m 'ouvrant l'invisible et son large horizon.

ADMliTE,

Charme invitant des bois, douce odeur, douce brise, Va près d'elle, ô printemps, souffle et me favorise! Amenez-moi Myrto, sentiers qu'elle connaît, Champs où comme les fleurs l'amour germe et renaît ; Par votre charme il faut qu'en mes bras elle vienne, Brûlante d'une ardeur vive comme la mienne. O vents, semez près d'elle, en allant y gémir, Ces parfums qu'on ne peut respirer sans frémir! Qu'au plus secret du bois elle coure éperdue, M'implorant et craignant parfois d'être entendue, Et qu'au premier abord sentant ma main brûler, Pâle, elle me sourie et ne puisse parler!

Désert, Nature, asile où l'être se transforme, Dans tes chastes séjours reçois mon cœur lassé; Éloigne de mon âme, afin qu'elle s'endorme, Et les bruits de la vie et l'écho du passé!

La plus sainte vertu que possède ton onde, Ce que je vais chercher dans ton sein, c'est l'oubli, Ce doux sommeil par qui s'éveille un autre monde, Lorsque en ta longue paix on reste enseveli.

Parlez donc, ô désert, ô voix de l'invisible,

Bois où tout autre amour a pour moi son tombeau ;

Chantez de l'infini le cantique paisible,

O Nature! et bercez en moi l'homme nouveau.

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