‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 26 sur 143 · L AVEUGLE · texte numérisé non relu

L AVEUGLE

Sur un mode inconnu ta chanson se déploie, O pasteur! et pourtant je t'écoute avec joie. Avant d'être fermés au splendide univers, Mes yeux ne l'ont pas vu tel que le font tes vers, Mais mon âme aperçoit des régions plus belles

îurgir à la clarté de ces hymnes nouvelles. Je vois qu'un dieu, manquant au ciel ionien,

ïnrichit d'un accord ton luth aérien.

A mon cœur de vieillard cette Nature est douce; fe connais cet ennui qui vers elle te pousse. [1 semble que ce luth, au son triste et charmant, [e l'entendis en moi murmurer vaguement. Sois salué vainqueur! c'est à toi que j'nccorde, Puisque toi seul tu peux l'enrichir d'une corde, Ma lyre d'Ionie, antique et saint trésor, Qu'Athènes cisela dans l'ivoire et dans l'or. Jeune homme, elle est aussi d'origine céleste; Moi, je meurs! oh! prends-la! le don sacré lui reste D'imprimer aux accords d'harmonieux contours; De tes vagues chansons plie à ses lois le cours; Et qu'un doigt plus soigneux sur ta' toile agrandie

îrode en vives couleurs la chaste mélodie.

Toi, prends la coupe, Admète, et le don plus joyeux Qui verse une autre ivresse et vient aussi des dieux;

5artage-lui tes fleurs ainsi que tes caresses; m bois gardera mieux les roses que tu tresses

Lue le front de Myrto prête, hélas! dès demain, s'orner d'un bouquet reçu d'une autre main.

Dans cette coupe, alors, près de quelque autre belle Va boire un vin plus vieux à ton amour nouvelle. J'aime aussi ta chanson! j'entendais autrefois Les flûtes des bergers la dire autour des bois; C'est d'un tel souvenir que coule cette larme. Mais, d'un dieu je subis sans doute ici le charme, Pour un autre est le prix, puisque autres sont les temps. Je te l'aurais donné, si j'avais eu vingt ans!

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