‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 36 sur 143 · LES S Y. MPI! ON IL S · texte numérisé non relu

LES S Y. MPI! ON IL S

C'est lui, dans tes splendeurs, qui m'apparaît ce soir, C'est sa voix que j'entends sur ton glacier sublime.

Tu portes, ô mon âme 1 un sommet tout pareil, Un sommet virginal plus haut que tous nuages, Et qui toujours reflète un peu du vrai soleil, Quand ta plaine assombrie est en proie aux orages.

Tu n'as que trop, aussi, d'infimes régions. Noirs marais dont chacun cache une hydre rampante ; Chemins à tous venant, où la fange serpente, Et qu'en troupeaux impurs foulent les passions.

Oui, ta vallée ouverte est basse, humide, obscure, O cœur par les désirs, par l'ennui fréquenté ! Mais vous savez, mon Dieu, si l'humaine souillure Jusqu'au sacré sommet a jamais remonté.

Parfois une vapeur sort d'en bas et le cache : Je ne vois plus briller sa neige à l'horizon ; Mais elle reste vierge, ô divine raison ! Ta splendeur reluira sur ce glacier sans tache.

Nul impur voyageur du pied ne l'a terni. A l'homme inférieur par moments invisible,

L ALl'E VIERGE.

O région sereine où siège l'infini,

Ta cime aux passions demeure inaccessible !

C'est toujours l'Alpe vierge au front éblouissant, Dont la chaste hauteur ne peut être abaissée, Tabernacle où de Dieu réside la pensée, Échelle de cristal par où l'esprit descend.

Oui, j'ai gardé ta neige en sa fierté suprême, Oui, ton faite est debout ! je le dis humblement : Gir j'en reviens toujours indigné de moi-même, Quand mon cœur, de là-haut, se mesure un moment.

Et j'offre à cet autel splendide et vierge encore Mon culte et le tribut de mes jours les meilleurs; Sa beauté luit en moi, mais elle vient d'ailleurs; En l'adorant, c'est vous, ô mon Dieu! que j'adore.

En vous est la hauteur de ce front radieux ; En vous est sa blancheur où l'arc-en-ciel se joue : Dans l'homme seul est l'ombre, en lui sont les bas lieux. A vous la neige, à moi la poussière et la boue.

Si ce mont reste pur, c'est que vous l'habitez : Toute virginité n'est que votre présence. L'homme, s'il eût trouvé ces cimes sans défense, Eût traîné là sa fange et ses obscurités.

A l'abri de moi-même, ô Père ! et de la foule, Garde donc l'Alpe vierge où luit ton tribunal, Ce sommet de mon cœur d'où ta grâce découle; Renforce chaque nuit son rempart glacial;

Pour qu'au-dessus, toujours, des lieux sombres, immondes, Brille un degré du ciel que je puisse entrevoir, Et qu'aux feux de midi ce divin réservoir M'abreuve tout entier de ses fertiles ondes.

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