A MON AMI AMF. DEE H E X X E Q.U I
Non, le fatal ennui qui nous pousse au blasphème
Ne sera pas vainqueur !
Pour échapper au monde et pour me fuir moi-même,
J'ai des ailes au cœur.
Je conserve immortels l'amour de la nature, Votre amour, ô mon Dieu !
Ce double asile, ouvert aux peines que j'endure, Me reçoit en tout lieu.
L'homme sur votre nom, que l'univers atteste,
A répandu sa nuit :
J'irai vers le désert où votre empreinte reste,
Où votre beauté luit.
Le désert ! épanchant sur les âmes qui saignent
Des philtres embaumés, Et faisant de mes pleurs, que les humains dédaignent,
Vos joyaux bien aimés.
Le désert ! où je puis ramasser votre manne,
Seigneur ! où votre loi Rayonne dans l'éclair, ou de la fleur émane,
Et vient s'écrire en moi.
L'espoir coule à grands flots de ton sein, ô nature!
L'eau vive du rocher Calmant les nobles soifs qu'une source moins pure
Ne saurait étancher.
Mon cœur maudit le monde et l'ennui m'en exile;
Toute ma foi s'y perd ; Le poète, a qui Dieu te donna pour asile,
Ressuscite au désert.
Oui, je comprends toujours l'esprit de vos feuillages,
Arbres mélodieux !
Je trouve encor le sens des rapides images
Peintes au front des deux.
Quand j'écoute chanter les nids et les fontaines,
Je suis heureux encor.
Entre les voix des mers et des forêts lointaines,
Je démêle un accord.
J'aime encor, sur les flancs des montagnes désertes, Sans songer au retour.
Joyeux des horizons et des fleurs découvertes, Me perdre tout un jour.
Le soir, quand je reviens, plein de rêves sans nombre,
J'aime à voir en marchant Le noir profil des monts découper sa grande ombre
Sur le soleil couchant.
Je tiens encor la clef des grandes harmonies,
L'âme des sons divers Qui murmurent un peu des choses infinies
Dans l'étroit univers.
L'aspect de nos cités m'irrite et me désole :
Dieu ne s'y fait plus voir; Là, tout rire est amer, toute humaine parole
M'y souffle un désespoir.
Je vais aux champs ! les prés, les oiseaux et les chênes,
Dès que l'homme s'est tu, Tout me dit, m'invitant à des fêtes prochaines :
L'espérance est vertu.
Si j'ai cessé jamais d'adorer vos merveilles,
O terre, ô vastes cieux !
Quand vos bruits n'apprendront plus rien à mes oreilles
Vos couleurs à mes yeux;
Quand mon cœur n'aura plus une voix qui réponde
A vos divers accords...
C'est que j'habiterai dans l'invisible monde,
Délivré de mon corps,