LA VIGNE ET LE FIGUIER
Il te restait sous le chaume,
Un royaume Peuplé par le souvenir, Sous le figuier de ta vigne
Qui s'indigne De ne plus t'appartenir.
Pour cacher, âme offensée,
Ta pensée, L'enclos de ronce et d'ajonc Forme une verte ceinture,
Aussi sûre Que les créneaux du donjon.
Ce débris des champs prospères
De tes pères T'aimait d'amour éperdu ; 11 portait, à pleines sèves,
Fruits et rêves...
Et c'est toi qui l'as vendu !
Tu pouvais, sous ce treillage,
Vivre en sage, Fière ainsi qu'en ton manoir:
A la liberté fidèle,
Tenant d'elle Ta noblesse et ton pain noir.
Tu l'as quitté, cet asile !
Pour la ville, Dont tu maudis les rumeurs; Pour la ville, où l'on respire
Le délire Et la fièvre dont tu meurs.
Et ta vigne, hélas! s'étonne, Quand, l'automne,
Elle est prête à vendanger,
D'offrir ses pêches vermeilles Et ses treilles
Aux enfants d'un étranger.