‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 60 sur 143 · LA VISION · texte numérisé non relu

LA VISION

A des maux effacés ne donnons plus de larmes; L'ombre de nos douleurs là-haut n'existe plus; Le souvenir qui reste à l'âme des élus, A l'étemelle paix ajoute encor des charmes.

C'est pour toi, pour vous tous, ô mes êtres chéris ! Pour laisser mon exemple à ta foi défaillante,

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Que j'acceptai la lutte et que j'y fus vaillante; C'est pour vous, près de Dieu, que j'en reçois le prix.

Si je quitte le ciel durant vos nuits suprêmes, C'est pour vous l'apporter, ce prix de mes combats ; Tu dois, quand mon regard t'apparait ici-bas, Oublier tes douleurs, tes fautes elles-mêmes.

Le Seigneur choisirait un autre messager S'il avait contre toi des pensers de colère; Il t'aime, il te pardonne, il vient t'encourager, Puisqu'il te parle ici par ma voix tutélaire.

Le rayon de mes yeux chassera loin de toi Ces vapeurs d'un passé qui n'est plus qu'une cendre ; Tout ce ciel ne m'est rien, si je n'en puis descendre Pour te nourrir encor d'espérance et de foi.

Si je n'y gardais pas ta place au sein du maître, Si je n'y puis aimer ceux que j'aimais jadis, Le Dieu qui fit mon cœur, et qui doit le connaître, Ne m'aurait pas donné, sans vous, son paradis.

Porte donc vaillamment ta douleur éphémère, Tu blasphèmes de moi quand tu maudis le sort; Je ne t'engendrai pas pour l'éternelle mort. Va! crois en un Dieu bon, si tu crois à ta mère.

Oui, nul amour en moi ne peut brûler pour Dieu, Si du vôtre, ô ma mère, il n'emprunte son feu.

Quand la douleur m'étreint de sa main meurtrière, C'est votre nom, toujours, qui me sert de prière; Par lui seul je combats le doute frémissant; J'ai retrouvé l'espoir, rien qu'en le prononçant.

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