‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 61 sur 143 · HYMNE A LA MORT · texte numérisé non relu

HYMNE A LA MORT

Pourquoi, vous qui rêvez d'unions éternelles,

Maudissez-vous la mort?

Est-ce bien moi qui romps des âmes fraternelles

L'indissoluble accord?

N'est-ce donc pas la vie aux querelles jalouses,

Aux caprices moqueurs, Qui vient, comme la feuille à travers ces pelouses,

Éparpiller vos cœurs ?

C'est sa main qui disjoint vos plus chères entrailles,

Vos âmes en lambeaux, Et qui dresse entre vous d'aussi froides murailles

Que celles des tombeaux.

Moi, je vous réunis; je vais, liant ma gerbe, Aux champs les plus lointains;

Et des cœurs divisés, de l'humble et du superbe, Je confonds les destins.

C'est moi qui fais tomber les plus fortes barrières,

Qui brise tous les fers ; J'ouvre un monde plus vas*c aux vertus prisonnières

Dans l'étroit univers.

Chaque âme dans mon sein touche à toutes les âmes ;

Des bouts du firmament J'assemble et je confonds les plus diverses flammes

Dans mon embrasement.

L'amour est, sous ma loi, pur de la jalousie

Qui l'empoisonne ailleurs; Il peut, sans rien ôter à l'idole choisie,

Se donner à plusieurs.

L'illusion si douce, ici-bas, t'est ravie;

Tu vois partout lé mal.

La mort conservera, mieux que n'a fait la vie,

Ton rêve d'idéal.

Viens, ô cœur fatigué, qui me craignis naguère,

Vois si je te trompais!

Repose-toi ! La vie est l'éternelle guerre ;

Et moi. je suis la paix.

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