‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 76 sur 143 · LES SAPINS · texte numérisé non relu

LES SAPINS

Oui, les bois gémissants sont pleins de noirs présages ; Un monde qui t'est cher avec nous disparaît. Viens donc ! Recueille encor les leçons des vieux âges Dans les derniers soupirs de la sainte forêt!

Elle meurt ! Nos remparts de rochers et de neige, Rien n'arrête un seul jour ce siècle audacieux ; Les chênes sont tombés sous un fer sacrilège, Le même dont il frappe et les rois et les dieux.

C'est notre tour, à nous, de combler les abîmes ! Souillant sa chevelure aux fanges du torrent, Le sapin qui trônait, voix des Alpes sublimes, Croule avec les débris de tout ce qui fut grand.

Les sévères chansons avec nous sont bannies ! Hâte-toi, si ton cœur, disciple des hauts lieux, Veut savourer encor les grandes harmonies Dont la terre a nourri l'âme de tes aïeux !

Me voici! Du désert je ne veux plus descendre: Plus de pacte avec les humains !

Mes pieds de leurs foyers ont secoué la cendre, Et la poudre de leurs chemins.

Les dieux, la liberté, seuls biens d'une âme forte, Sont nés chez vous, sur les sommets ;

Ils y viennent mourir et je vous les rapporte : La terre y renonce à jamais.

Chez vous, en plein soleil, sur ce lit de bruyère Où nos amours avaient dormi,

Nous trouverons là-haut une mort libre et fière, Loin des yeux d'un monde ennemi.

Mais avant de tomber avec tout ce que j'aime, Avant de brûler mon drapeau,

Je veux lancer encore un dernier anathème Sur les hommes, ce vil troupeau !

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