B E R T II L
Et moi, dans un mot je rassemble Les plus saints noms et les plus doux; J'ai mon père et ma mère ensemble Et mon frère en toi, mon époux !
FKANTZ. 205
Pourvu que ton cœur m*y réponde, Notre champ est mon univers; J'ai mon paradis en ce monde Tant que tes bras m'y sont ouverts;
Tant que Dieu garde et que prospère De nos fils le riant essaim ; Tant que je puis, devant leur père, Les presser tous contre mon sein.
Par eux, dans le deuil où nous sommes, Laisse ton cœur se ranimer; Vis pour en faire un jour des hommes; Moi, je leur enseigne à t'aimer.
A genoux, mes enfants, priez, pleurez près d'elle, Que nos morts soient joyeux !
Sa voix fait tressaillir la terre maternelle Pleine de vos aïeux.
Donnez-leur, ô mes fils, à tous ces morts augustes,
Vos premières douleurs.
Vous devez un sang pur aux vertus de ces justes;
Qu'ils aient au moins vos pleurs !
Leur austère travail a fondé ce domaine, Ce champ qui vous nourrit;
Leur sagesse a glané dans la sagesse humaine Le pain de votre esprit. /
Par eux ont survécu ces chênes dont l'ombrage
Orne encor ce beau lieu ; Par eux l'antique foi, pour suprême héritage,
Vous transmit le vrai Dieu.
Demandons nos vertus au tombeau de l'ancêtre !
Offrons-lui nos remords !
Dieu sème au fond des coeurs le bien qui doit y naître,
Dans la saison des. morts.