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LES OISEAUX DE PASSAGE

Plus loin toujours, ô laboureurs, Poussez le soc de vos charrues; Plus loin, oiseaux avant-coureurs, Lancez vos ailes dans les nues!

Voici l'hiver et ses horreurs; Passez, corbeaux, cygnes et grues.

Dans nos bois, où rôdent les loups, Un vent noir déjà siffle et gronde.

Cherchez un asile plus doux, Un ciel où la lumière abonde.

Volez, oiseaux, précédez-nous; Allez trouver un meilleur monde !

S'il est des pays sans hivers,

Des flots que nul vent ne déchire;

S'il est des jardins toujours verts,

Où les yeux ne font que sourire,

Où les cœurs sont toujours ouverts...,

Oiseaux, revenez me le dire!

Pour vous suivre et sous ce ciel d'or Guérir le mal dont je succombe, Mon âme a déjà pris l'essor; J'ai les ailes de la colombe.

J'arriverai! dussé-je encor Franchir l'épaisseur de la tombe !

Mais là-bas, arrêtés au milieu du sillon, Les bouviers, à genoux, plantent leur aiguillon. Tandis qu'au-dessus d'eux les corbeaux et les cygnes Dans les sentiers du ciel passent en longues lignes, Sur la feuille jaunie un cortège nombreux Serpente, au bord du bois, le long du chemin creux : C'est la famille en deuil et d'amis entourée Qui porte au champ des mort l'aïeule vénérée.

Les voilà disparus dans le funèbre enclos, Et déjà l'on entend, au milieu des sanglots,

— Le prêtre ayant fini son oraison dernière, — La terre, — ô bruit affreux ! — retombant sur la bière. Or, seuls dans leur sentier, revenant à l'écart, Les époux l'un de l'autre ont cherché le regard.

Ah ! je voudrais verser mon âme tout entière

Au sillon que voilà; Et dormir à jamais sous cette morne pierre,

Si tu n'étais pas là,

Si ma vie en son deuil n'était pas enchaînée

Aux bras de nos enfants...

Mais mon cœur sera fort contre la destinée;

C'est toi qui le défends.

J'ai vu crouler sous moi le sol de ma colline;

Mais l'arbre y vit toujours, O mère de mes fils! car j'ai pris ma racine

Dans nos saintes amours.

Reçois donc à cette heure, avec ma plainte amère

D'un bonheur envolé, Tout mon cœur dans un mot : Dieu m'a repris ma mère,

Et tu m'as consolé!

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