‹ Les Syndicats Ecclésiastiques: Etude sur leur Légalité et leurs CausesChapitre 5 sur 34 · A0 EE · texte numérisé non relu

A0 EE

des peuples pasteurs, chasseurs. Dans les civilisations plus avancées, le groupe politique ne détermine plus la profession de ses membres. En Grèce (1), l'existence d’associations d'ouvriers ne peut-être affirmée ; mais à Rome, les artisans étaient groupés en collèges d’abord libres puis réglementés de plus en plus étroitement, sans jamais être cependant obligatoires ; les soucis professionnels paraissent à certains auteurs y être demeurés souvent à l'arrière-plan, mais ces groupemients malgré leurs visées politiques ou leur but philanthropique n’en demeurent pas moins être le fruit de la profession.

Ce n’est pas une loi comme la loi Chapelier du 2-17 juin 1791, qui peut briser à sa volonté un besoin aussi profond de la nature et du travail humain. Le législateur a comme mission de se conformer aux nécessités vraies de la communauté pour laquelle il légifere ; si par erreur, par une réaction passagère, il vient se buter contre le fait social, tôt ou tard il est obligé de s’y soumettre. Le dix-huitième siècle rompant la tradition corporative, prétendit rendre à l’individu sa liberté, mais cette liberté qui lui laissait la souffrance de l'isolement, le travailleur de luimême s’efforça de l’aliéner ; l’organisation professionnelle lui demandait ce sacrifice mais en revanche elle venait multiplier son énergie par celle de tous les travailleurs associés. Pour obtenir le maximum de rendement de tous les producteurs quelqu'ils soient ; qu'ils produisent dans l'industrie par leur bras ou

(1) Bry et Perreau, Les lois du travail et de la prévoyance sociale, p. 512, 13 et suiv. à

RUNS 1 Que

leur capital ; qu'ils produisent par le travail des champs, ou qu’ils produisent en extériorisant leur pensée, il faut les unir, faire la synthèse de ce qui est commun entre eux et en confier le soin et la défense à un groupement qualifié. Ils n’ont pas seulement des besoins économiques communs que l'association s’efforcera de satisfaire pour l'accroissement des richesses, l’avancement de la science, l'épanouissement de l’âme qui donne à l’homme sa vraie valeur, mais ils ont encore des aspirations sociales, des désirs de mieux-être que le groupement seul pourra combler. Par l'importance de leur rôle social, les producteurs ont encore àse faire entendre dans les Assemblées politiques ; l'union faisant leur force donnera à leur voix toute la portée qu'elle mérite.

Au cours du XIX° siècle, en dépit de l'isolement légal des individus, le besoin professionnel créa l'organe : dans le développement du machinisme, dans la concentration des capitaux et de la main d'œuvre, l’industrie grandissait ; cependant capitalistes et ouvriers payaient trop cher la liberté tant vantée par certains économistes ; c’est donc autour de l'usine que s’effectua le premier regroupement professionnel. Les patrons commencèrent, les pouvoirs publics tolérant cette infraction aux lois, et par étape, à partir de 1808, des entrepreneurs parisiens se réunirent suivant leurs affinités professionnelles pour discuter de leurs intérêts communs. Les autres grandes villes eurent leurs chambres syndicales ; des alliances, des unions se constituèrent pour la défense de la profession (1).

(1) Bry et Perreau, op. cit., p, 552

Les ouvriers qui dans le compagnonnage avaient donné une certaine satisfaction à leurs aspirations, se groupèrent à leur tour, aussi y avait-il au moment de la loi de 1884, d’après les chiffres de M. Allain- Targé, rapporteur, 500 chambres syndicales ouvrières avec 60.000 adhérents. La loi du 21 mars 1884, relative à la création des syndicats professionnels vint donner au fait accompli la sanction légale. Certains (1) ont reproché cette loi à Waldeck-Rousseau et lui ont dénié le don essentiel de l’homme d'Etat pour n'avoir point su prévoir la suite de ses actions : ils ne voient dans le syndicalisme que les tendances révolutionnaires de certaines grandes fédérations ouvrières ils l’accusent de mener par une succession de groupements au Syndicat unique qui réaliserait la dictature du prolétariat et le soviétisme.

Il y a dans cette assertion une part de vérité mais la conception syndicaliste est plus vaste et en esquissant un aperçu général du syndicalisme, il y a lieu de montrer les diverses tendances mais aussi après avoir constaté combien l’organisation vraiment professionnelle peut souffrir d'un certain syndicalisme, il faudra reconnaître que la profession, que toute profession trouve dans l'association de type syndical que le législateur a favorisé, le vrai moyen de sortir du domaine idéal pour entrer dans l’histoire sociale des peuples modernes. Il n’est pas besoin de recourir à la distinction entre l’organisation syndicale et l'or-

(1) V. Léopold Marcellin « Politique et Politiciens d'avant-guerre » Paris 1924, 4 vol.

ganisation corporative (1). La première aurait-elle pour but de grouper dans l’intérieur de la profession les intérêts hétérogènes des professionnels, laissant: aux groupements corporatifs le soin de s'occuper des intérêts généraux de la profession ? Rien alors dans le syndicat ne viendrait limiter les tendances de classe qui se font déjà prédominantes. Car il est certain que dans le Syndicalisme industriel, une vraie tendance à grouper par classe sociale, se fait sentir, les classes étant ici délimitées par le rôle joué dans la production. Dans leur profession, salariants et salariés se sont groupés pour défendre les intérêts contradictoires de leur groupe (patrons, ouvriers, techniciens). Comme d'autre part, les mêmes groupes se retrouvent dans les diverses professions, il s’est constitué des rapprochements sur la base des intérêts de classe et non des intérêts vraiment professionnels.

La Confédération Générale du Travail est fondée sur le principe « que la classe ouvrière forme un bloc dont les intérêts s'opposent radicalement aux intérêts de toutes les autres classes sociales. Cette classe est la plus nombreuse, groupée elle sera la

(1) Une certaine école d'’économistes et de sociologues refuse de voir dans les syndicats l'organisation de la corporation. Pour ces théoriciens, l'expérience aurait prouvé que les syndicats ne seraient capables que de défendre leurs intérêts de classe ; il faudrait donc créer en marge où au-\ dessus des syndicats des organisations qui défendraient les intérêts de la corporation supérieurs aux intérêts/des classes, constituées au sein de la corporation.

Les syndicats d'ouvriers, de techniciens... feraient partie de l'organisation syndicale. Des institutions comme la Confédération de l'Intelligence et de la Production Française, comme « Le Livre », constitueraient l'organisation corporative.

Page 1