‹ Les Syndromes de la Linite PlastiqueChapitre 3 sur 17 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Jusqu'à.ces dernières années, le diagnostic clinique de la linite plastique était, faute de signes caractéristiques, à peu près impossible à affirmer pratiquement. D'ailleurs, cette affection, signalée par Cruveilhier en 1825, par Andral en 1837, et individualisée par Brinton, en 1867, ne fut d’abord qu’une curiosité anatomique. Les cas publiés par Mouneret (1841), Salse (1844), Bérault (1847), Boyer (1848), tous au Bulletin de la Société anatomique, ne sont que des trouvailles d’autopsie : la lésion n’avait pas été soupçonnée et les auteurs avaient cru soit à un cancer comme dans le cas de Bérault, soit à une sténose du pylore comme dans celui de Broca, soit à une simple gastrite. |

Bien que Brinton ait donné, dans son Traité des maladies d'estomac, une description anatomique et clinique de cette affection dont la nature échappait encore, les publications se succèdent à la Société - d'anatomie sous des rubriques soulignant de grosses divergences étiologiques. Dès 1 859, Rokitanski avait soulevé l'hypothèse de l’origine néoplasique de la lésion ; mais cette conception, écartée par Brinton,

n'est guère admise par la suite. Le point de vue étio= logique domine toute la question. La linite cancéreuse gagne et perd alternativement du terrain jusqu'à ce qu'en mai 1909, Curtis vienne reconnaître qu'un cas de linite présenté par lui comme type de réaction inflammatoire, est en réalité de nature néoplasique. Dès lors la question est tranchée et Vouzelle, en 1909, apporte dans sa thèse les conclusions éliologiques de ce long débat. On comprend, dès lors, que l’étude clinique soit restée au second plan, les auteurs s'étant surtout attachés aux détails de l’examen anatomique. Est-ce à dire que l'observation de la maladie ait été négligée dans les cas publiés? Nullement : mais les discussions portaient sur des pièces anatomiques et les auteurs interrogeaient les lésions histologiques dans l’espoir d’en découvrir le secret. En face de ce problème à résoudre, la & symplomatologie clinique, servie par des moyens d’investigation encore imprécis, semblait trop banale pour mériter qu’on s’y arrêtât. Aussi, bien qu'en Trgo1 Souppault ait publié une « Note sur un syndrome simulant le rétrécissement de l’œsophage dû à la rétraction gastrique », Rivet pouvait écrire en 1910, dans une étude sur la linite plastique : « Somme toute, le diagnostic de la linite est difficile à affirmer cliniquement ; la plupart du temps on ne peut que soupçonner cette affection et le diagnostic n’est affirmé qu’au cours d’une-opération chirurgicale ». On peut s'étonner que durant toute cette longue période, féconde par ailleurs en belles descriptions

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cliniques, aucun des excellents auteurs dont la curiosité était attirée par ce syndrome anatomique n'ail réussi à en donner une description clinique satisfalsante. C’est qu'en réalité ils avaient vu et décrit tout ce qu'ils pouvaient voir et décrire avec lés procédés dont ils disposaient, c’est-à-dire la palpation, la percussion, l’auscullation, le cathétérisme. Mais aucun de ces moyens n’est suffisant parce que la linite plastique ne se palpe pas toujours, que la percussion ne donne rien, que l’auscultation et le sondage même de l’œsophage fournissent des résultats difficiles à interpréter. Aussi le diagnostic ne s’affirmait-il qu'au cours d’une opération chirurgicale ou sur la table d’autopsie, car la linite doit être vue pour être diagnostiquée. Il fallait donc attendre que le clinicien ait un moyen de voir pour affirmer : c'est dire que l'examen radioscopique perfectionné pouvait seul apporter ce qui manquait jusque-là. Ces dernières années, les publications des radiologistes, en s’at-" lachant à préciser le diagnostic du cancer de l’estomac, ont fait une large place à la descriplion des images données sur l'écran par ces petits estomacs rétractés et infiltrés en nappe par un cancer squirrheux, c’est-à-dire par la linite plastique. Béclère et Mericl, au 25° Congrès de Chirurgie, décrivent dans le syndrome microgastrique les aspects de la linite plastique, insistant sur lPinsuffisance pylorique et la stase œsophagienne. Enfin, en 1913, Pimpanneau, dans sa thèse sur le radiagnostic du cancer de l’estomac, reprend à propos des petits estomacs les con-

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clusions de Béclère, apportant à l'appui quelques observations cliniques et radiologiques.

Néanmoins, au cours des recherchés bibliographiques que nous avons faites dans la littérature irançaise et étrangère, nous n'avons pas réussi à trouver un cas de linite qui réprésente, comme celui que nous allons décrire, un type aussi complet anatomique et clinique de tout ce qui semble bien être le propre de ces cancers infiltrés. Il n’est pas jusqu’au contraste entre l’imprécision des signes fonctionnefs et physiques d’une part, la netteté affirmative de l’examen radiologique traduisant l'intensité des lésions anato:, miques d'autre part, qui ne soit intéressant. Il en ressort, en effet, qu'il ne faut pas compter sur l’examen clinique banal pour reconnaître la forme d’une lésion même très étendue et que c’est peut-être surloul dans ces cas anatomiques {ypiques que le {ableau symptomatologique est le plus vague. :

L'observation que nous allons exposer a pour ob- Jet l'étude d'un malade atteint de linite plastique dont on à pu suivre l’évolution clinique et étudier le syndrome radiologique qui a permis de poser exactement le diagnostic du vivant du malade. Il fut vérifié à l’autopsie. Le Professeur Carnot qui, ainsi que pous l'avons dit, nous à permis d’étadier en détail ce cas typique, en a présenté la pièce le 23 mai 1919 à la Société Médicale des Hôpitaux.

Après avoir décrit l'observation, nous souligne= rons dans un paragraphe de discussion, les faits intéressants au point de vue du diagnostic clinique et

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