OBSERVATION. VITT
(Cette observation a été rapportée devant la Société médico-chirurgicale des hôpitaux de Nantes, par M. le docteur Ferrien, le 8 juin 1905. Le résumé que nous en donnons est extrait du n° 64, de la Presse Médicale, 12 août 1905.)
M. B... docteur en médecine, quarante ans, a une hérédité névropathique et congestive chargée (père mort hémiplégr que el dément congestif, mère rhumatisante morte en état de démence sénile). I n'a jamais fait de maladies sérieuses, n'a jamais lait d'excès de boissons," jamais d'excès d'aucune sorte, surtout sexuels. Bien mieux, si sa femme lui a donné sa virginité, 1] a donné à sa femme son « innocence » ; depuis, il a accompli ses devoirs d'époux d'une façon normale, sans exagéralion. Il n'a jamais remarqué sur lui des plaies quel-
conques, n1 à la verge, ni à l'anus, ni à la bouche. Jamais
d'éruption d'aucune sorte. Sa lemme lui a donné un enfant bien portant et n’a jamais fait de fausses couches.
Le malade se plaint un jour de douleurs {rès vives dans les jambes et à l'estomac, douleurs térébrantes, lancinantes. M. lerrien songe au tabes, mais le malade niant toute syphilis el l'examen des réflexes ne donnant aucune indication (ils élaient plutôt exagérés), il conclut, en l'absence de toute autre manilestation, à de simples douleurs rhumatismales, ou à des troubles purement nerveux, purement dynamiques, sans lésions médullaires où cérébrales.
Pendant près de deux ans, les choses en restent là : douleurs, dyspepsie, faiblesse musculaire des jambes. Puis la scène change : on note de l'embarras de la parole et on pense à la paralysie générale. Ce diagnostic fut vite confirmé. Les lroubles du langage s'accentuèrent à tel point que bientôt le malade arrivait avec peine à articuler les mots. L'écriture était caractéristique : lettres passées, mots oubliés. Les pupilles élaient inégales.
Les troubles somaliques étaient donc très accentués déjà depuis longtemps et l'état psychique était toujours mdemne. M. B... était paralytique général depuis quatre ans, sans manifestations intellectuelles bien nettes : fait très rare.
Mais aussitôt que les troubles cérébraux eurent commencé à se manilester, la marche a été extrêmement rapide. En peu de mois, l'effondrement de toutes facultés fut complet. Puis survinrent les crises épileptiformes, 350 ou 60 en trois jours.
Le malade est mort dans le coma.
Mais voyons la statistique que M. Motet apporte aux débats : il a soin de la faire précéder de la déclaration
suivante :
« Ces observations portent sur un nombre restreint de
ARRET AA malades, il est vrai, mais ces malades nous les connaissons bien, nous voyons leur famille, leurs médecins ; leurs antécédents ne peuvent nous échapper. »
Statistique de M. Motet (nombre de syphihitiques sur 100 paralytiques généraux) :
1800 1891-1892 1893 1894 189$ 1896 1897 1898 1899 1900 1901 1902 1903 è APR Q 0 u 1 'SÉTIEUON 24 22
me
RE, 2/0$61e 20-140 20 022 T020%A
Nous ferons simplement remarquer le chiffre 0 de la 2"* série. MM. Mairet et Vires, sur 174 observations, trouvent la syphilis comme cause univoque 6 fois. [ls l'observent huit fois associée et associée à de puissantes causes, à de l’hérédité mentale 4 fois, à de l’hérédité nerveuse 1 fois, à de l’hérédité tubérculeuse 1, à des excès de boissons et surmenage 1, à des traumatismes 1.
Enfin, nous avons pu, de l'examen de 242 malades, qui s'échelonnent de 1898 à 190$, arriver au tableau suivant :
Alcooï agissant seul a été retrouvé dans. . . 23,55 °/, de nos malades Alcool associé à d'autres causes (sauf la syphilis) 11,57 — — Alcool! (?). ANSE s Ne à + 2,97 — — Alcool et syphilis. . ae Re ES ie STONE Alcoolretesÿphilis (2 So eR RE e Re — Syplulissseulé 250 ME RE RNCS SyYphIIS etrautre Cases RER NE CE = Syphilis (?). TV Me CONS ER
AULTES CAUSES. RS AS ET ST Fe Sans CAUSES apparentes en RO NNAUUE =
— dl —
De toutes ces statistiques, de provenance diverse, un premier point se dégage d'emblée, c'est leur dissemblance et 1] nous paraît que l'opinion générale s'est un peu vite déterminée sur la présentation de quelques-unes seulement d'entre elles.
Mais pourquoi ces pourcentages si différents ?
Les raisons invoquées en 1898, par nos maîtres MM. Mairet et Vires, existent toujours. Les malades entendent trop souvent sous le vocable vérole la grande trinité vénérienne (chancre mou, blennorrhagie, syphilis).
Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que l'on arrive à du 90 /,. Ce qui m'étonne c'est que le cent pour cent n'ait pas encore été atteint, et qu'on soit obligé, comme M. Fournier, de forcer les chiffres trouvés en invoquant un certain nombre de «syphilis ignorées, oubliées, méconnues » ?
Je croisique c'est là un argument dont il faut faire Justice, Car il traîne depuis trop longtemps dans les livres. La syphilis est une maladie dont l’on connaît assez la gravité dans toutes les classes de la société {peut-être mème surtout dans les milieux populaires) pour que l'on ne l'oublie ou la mécon-
- naisse. Le fait est possible, il n’est pas exceptionnel; maïs il
me semble que le nombre de ces syphilis n’est pas assez considérable pour relever, comme le voudrait Fournier, le pourcentage de ses paralytiques généraux syphilitiques.
Quel est le malade qui, à cinquante ans d’äge, oublie qu'ila eu la fièvre typhoïde à vingt ?
Quant aux syphilis dites bénignes, elles ne le sont généralement pas assez pour passer inaperçues.
Mais enfin, nous dira-t-on, laissant de côté les statistiques toujours un peu spécialisées du professeur Fournier, comment expliquerez-vous la vôtre et le nombre de syphilitiques qu'elle renferme, encore qu'il soit peu élevé ?
C'est très simple. Le professeur Fournier admettait en
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1804, il y a douze ans, que sur cent hommes qui, d'un pas alerte, longeaient les trottoirs de la rue Rivoli, quinze étaient syphilitiques. Qu'est-ce que cela prouvait-il ? Que la syphilis assouplissait les muscles et donnait du ressort ? Cela ne démontrait rien. C'était l'énoncé d'un fait et pas autre chose. |
Nous avions, en 1894, 13 pour 100 de syphilitiques, soit; nous admettons mème, sans imprudence, que cette proportion s'est maintenue, a même légèrement augmenté. Cela explique le pourcentage de notre tableau au point de vue du nombre des syphilitiques, mais cela n'indique en rien que ces syphilitiques aient fourni un plus grand nombre de paralytiques généraux. {Les statistiques d’alcooliques et leur progression seraient bien plus convaincantes.) S'il en était autrement, il semblerait que les pays fortement syphilisés, dussent payer une forte contribution à la paralysie générale. Fait extraordinaire, il n’en est rien.
En Bosnie et en Herzégovine (statistique du docteur Koelschef), où la syphilis est très répandue, on ne trouve dans les asiles la paralysie générale que dans la proportion de 0,04 pour 100. Et ce qui est très curieux, c'est que dans le même pays, mais alors dans des asiles pour étrangers, le nombre de paralytiques généraux monte à 10 pour 100.
Au Japon, c'est la même chose. La paralysie générale ne donne aux statistiques que le chiffre de 1,64 pour 100 (docteur Sakaki). |
Sur le continent africain, nous nous trouvons en présence de faits analogues. Les aliénés, venant d'Algérie en France, sont enfermés dans l'asile d'Aix. Les paralytiques généraux y sont dans la proportion de 2,060 pour 100. Le docteur Meilhon, qui les soigne, a fait la remarque que tous ces maiades avaient depuis longtemps quitté leur genre de vie habituel pour vivre à l’européenne.