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Souvent une ostéite naso-cranienne avec ses séquestres, ses suppurations interminables menaçant les méninges, vient encore assombrir la vie déjà pénible de ces malades, exposés à des récidives imprévisibles mal-
gré un traitement spécifique moyen.
La malignité de ces formes ne réside pas tant dans le pronostic vital que dans les séquelles fonctionnelles, dans les mutilations inesthétiques de la face, tel le nez en lucarne ou le nez de boxeur, ou encore dans les retentissements psychiques qui en découlent. Et l’on conçoit que certains de ces malades soient incapables de reprendre une vie sociale régulière; ce sont de véritables « parias de la syphilis ». Au contraire, il faut insister sur la bégninité relative des formes purement
syphilitiques, sans infection microbienne et sans
ostéite.
2° Les difficultés du diagnostic. — En raison de leur rareté actuelle, l’erreur de diagnostic est possible: l’évolution aiguë, le cortège inflammatoire contribuent à égarer le médecin, en faisant croire au début à des
érysipèles, des phlegmons, des sinusites; d’où la gra-
fs vité du pronostic, la thérapeutique anti-syphilitique
: 7 . . ? « e n'étant pas instituée d'urgence.
3° L’étiologie et la pathogénie. — Parmi les causes modifiant virus et terrain, les erreurs thérapeutiques sont primordiales, et l’on ne saurait trop insister sur les dangers que constituent des traitements insuffisants, de longs arrêts, de petites doses incohé-
rentes et répétées d’arsenic.
Les modifications du terrain, qu'elles soient le fait de prédispositions congénitales ou acquises, semblent le facteur principal de cette évolution maligne. Ce sont en effet des formes allergiques caractérisées par l’in-
tensité des luo-tests.
On a discuté le rôle des microbes associés, mais l’opinion d'A. FourNIER, lorsqu'il donne à la syphilis le rôle principal, nous semble confirmée par les recherches modernes. Ces gangrènes sont vraisemblablement le résultat d’un processus aigu d’endartérite syphilitique : elles ont pour substratum anatomique un tissu gommeux, elles siègent volontiers dans des régions richement vascularisées, mais où la faible épaisseur du tissu, comme l’aile du nez par exemple, ne permet pas de suppléances venant de la profondeur. L'évolution aiguë nécrosante trouve son explication dans les phé-
nomènes de sensibilisation (Winar, GOUGEROT); il
SR
s’agit d’un véritable phénomène de Koch syphilitique spontané (H. GOUGEROT).
La surinfection microbienne n’est pas obligatoire.
Quand elle existe, elle réalise un facteur d’aggravation indéniable, constituant une véritable association syphilo-microbienne. Les Proteus et surtout parmi eux le Bacillus gangrenæ cutis de M. MicrAN ont un rôle de destruction, de putréfaction; ce sont eux qui apportent la fétidité, qui accélèrent la désintégration et la digestion des tissus mortifiés et entretiennent l’infection traînante. Ils seraient capables dans certains cas d’être à l’origine de complications graves, voire même
de septicémies mortelles.
Traitement. — C’est le traitement d’attaque de la syphilis (Arsenic et Bismuth). Comme dans toutes les formes urgentes de la syphilis, il faut agir vite, sans s’attarder aux faibles doses. Le traitement doit être plurimédicamenteux, avec des arrêts courts et com-
prendre à la fois suivant la tolérance des malades :
1° L’Arsenic (914), en atteignant le plus rapidement possible les doses suffisantes (0,015 par kgr. dose maxima ; 0,10 par kgr. dose totale). C’est le traitement de choix non seulement de la syphilis, mais de la gan-
grène en général, même non syphilitique.
2° Le Bismuth, deux injections par semaine, que
l’on intercale entre les injections de 914.
3° L’Iodure de potassium, médication de choix d’au-
trefois, doit être employé systématiquement comme
adjuvant aux doses de 4 à 6 gr. per os; car il ne faut
pas oublier son action remarquable sur les processus
gommeux.
Dans les cas d’intolérance arsenicale, l’association
- Bismuth, mercure, nous a donné de bons résultats.
Traitement de la surinfection. — I ne doit pas être négligé, mais il ne faut pas qu’il risque de retarder le traitement spécifique qui, répétons-le, constitue la pierre de touche indispensable. Il faut insister sur les soins locaux, la propreté des foyers gangréneux, l’utilité des grandes pulvérisations au sérum puysiologique, aux sérums gangréneux, aux abtiseptiques fai- “e ù bles, les pansements au bouillon vaccin ou aux huiles | aromatiques en proscrivant les antiseptiques forts. Il # ne faut pas négliger des adjuvants tels que : la sulfa- | midothérapie, la vaccination (auto-vaccin), les sérums
antigangréneux.
Le traitement chirurgical trouve son utilité dans les complications : curetage des lésions, ligatures en cas d’hémorragies profuses survenant à la chute de l’es-
carre; ablation de séquestres des fosses nasales, etc.
La persistance du foyer d'infection locale, aussi
bien syphilitique que mixte syphilo-microbienne, en
particulier les ostéites naso-craniennes, les B.W. irré-
ductibles, prouvent qu’il est nécessaire de poursuivre LA i
le traitement antisyphilitique pendant des années.
Vu Vu Le Doyen : Le Président de la Thèse :
BAUDOUIN GOUGEROY
Vu et permis d'imprimer Le Recteur de l’Académie de Paris CARCOPINO