‹ Les systèmes socialistes d'échangeChapitre 29 sur 55 · Arthur Desjardins, Proudhon 2 vol. (1896), I, p · texte numérisé non relu

Arthur Desjardins, Proudhon 2 vol. (1896), I, p

120 LES SYSTfiMES SOCIALISTES D'tiCHANGE

tantisme, en dormant « la resolution synthetique » des contradictions economiques, annoncee depuis i846. Voyons done, par Pexamen des evenements, a quelle preoccupation on lui demandait de satisfaire. G'est ie seul moyen de dfiterminer nettement l'objet de ses recherches.

Deuxieme etape: Les projets de i848.

A. — La crise financiere et banquihre de 1848.

Les annees i846, 1847 avaient et6 le point de depart d'une crise commerciale et financiere qu'aggrava, en 1848, la crise politique. L'Angleterre, la Russie, TAUemagne, la Belgique, l'lnde furent les premieres atteintes. Bientot le mal s'etendit k la Hollande et a l'Autriche. Les causes de cette crise etaient multiples. En France, on en peut trouver trois d'ordre general, et une d'ordre particulier.

Causes ginirates de la crise. — i° Plusieurs recoltes deficitaires, par suite d'inondations et d'intemp£ries, nous avaient obliges a acheter des cereaies k l'6tranger. De la une importante exportation d'or et une hausse considerable du prix duble, quiatteinten mars 1847, dans certaines regions, ie chiffre de 49 fr. 70 l'hectolitre.

2 Une autre cause vint diminuer le stock d'or francais et lui donna\une affectation particulate.

PROUDHON iU

Le gouvernement de Louis-Philippe mit en adjudication l'exploitation des voies ferries qui devaient 6tre construites en m&me temps sur tous les points du territoire. Des actionnaires strangers surgirent en grand nombre dans l'unique dessein de revendre au plus tot, a gros benefice, les actions souscrites par eux. C'est ainsi, dit H. Say 1 , que I'argent anglais notamment souscrivait chez nous des actions au pair, moyennant un premier versement de ia5 francs et se retirait accru d'une prime importante. Mais surtout, une entreprise aussi gigantesque determinait un appel de capitaux considerables ; un emprunt de i 5oo millions (dont 600 versus fin de i846), drainait et immobilisait tout ie disponible. L'excitation a Pagiotage, la speculation sur les actions attirait tous les capitaux a la Bourse des grandes villes, au detriment de 1'agriculture, si profondement eprouv^e.

Ces sorties et ces placements de numeraire se faisaient au detriment de Pencaisse des banques, obligees de restituer les depots.

3° En troisi&me lieu, Paugmentation des d6penses de PEtat, qui avait fait monter le budget de 1 179 millions en i84o a 1 606 millions en i846, avait reduit les ressources financieres des particuliers et fait nattre la defiance.

Telles etaient les causes generates du malaise.

Causes directes de la crise. — Mais c'est aux

1. Horace Say : Journal des Economistes, annee i848 (v. mars, avril, juillet.

122 LES SYSTfeMES SOCIALISTES D'feCHANGE

habitudes vicieuses des banques qu'il dut de s'accentuer jusqu'a la crise la plus aigue. La Banque de France, issue le 18 Janvier 1800, d'une fusion avec la Caisse des Comptes Cou rants, &vait recu, par la loi du 24 germinal an IX, le privilege demission des billets a cours legal. Elle 6tait alors seule a Texercer; elle^tait la grande dispensatrice du credit : elle escomptait non seulement les effets sur Paris, mais aussi sur les villes dans lesqueiles elle avait un comptoir A : ces effets devaient 6tre rev^tus de trois signatures et ne pouvaient exc6der 90 jours d'6cheance.

Mais, entre la Banque de France et le commerce, des banques interm6diaires s'introduisaient necessairement pour l'escompte sur deux signatures. La Restauration accorda le privilege d'emettre des billets aux banques qui se constitueraient dans les d^partements. II s'en forma une dizaine, notamment a Rouen, Lille, le Havre, Toulon, Lyon, Orleans, Marseille, Nantes, Bordeaux. Ces banques etaient extr&mement g6n6es dans leur action par les reglements. Elles n'avaient point, elles-m6mes, le droit de faire l'escompte des effets a deux signatures, celui d'avoir des succursales, ni de faire des operations hors de la ville ou elles etaient situees, d'6mettre des billets de petite coupure,

1. La Banque de France n'avait, en i848, que i5 succursales en province.

2. V. d'Esterno : Des banques departementales en France (i838).

Mais aticune limite n'etait 6tablie a remission des billets, et la proportion entre les billets et l'encaisse n'etait nullement surveillee. Aussi ces banques faisaient-elles circuler en i848; 120 millions de billets avecun capital qui ne s'elevait qu'a 23 3oo ooo francs.

D'une facon generale, les banquiers prenaient des effets a iongue echeance, et, quand iis n'avaient point le droit d'6mettre des billets de banque, remettaient aux d^positaires des reconnaissances realisables a quelques jours de vue. Or ces d6pots qui constituaient une dette immediatement exigible, servaient en fait a i'escompte d'effets realisables a 6cheance lointaine 1 .

Une dette flottante, par billets de banque ou reconnaissances analogues, se deveioppait done dans toutes les banques departementales ou autres. Elle croissait pendant les p^riodes de prosperity.

En cas de crise, elle obligeait les banques, pour ne pas i'etendre, a cesser tout escompte et elle rendait d'autre part ie remboursement immediat des billets impossible.

C'est ce qui se produisit en i848. L'argent avait ete retire des banques pour 6tre livre aux entreprises de travaux publics et de chemins de fer. II ne restait d&s lors pour repondre de la circulation des billets qu'un capital metailique tout a fait in-

I. Gf. Les caisses d'epargne avaient elles aussi 289 millions immobilises sur 355. Les caisses furent assi6gees par la foule.

124 LES SYSTEMES SOGIALISTES D'feCHANGE

suffisant. On ne pouvait continuer a escompter en billets, et le refus de i'escompte allait provoquer la panique el les demandes de remboursement.

Au lendemain de la Revolution politique de f6vrier i848, durant laquelle toutes les affaires avaient ete suspendues, la Bourse fermee, plusieurs banques annoncerent qu'elles suspendaient leurs escomptes : ce furent notamment la Caisse du commerce et de i'industrie (ancienne maison J. Laffite), les maisons Ganneron et Beaudon.

Mesures sollicitees. — G'etait la faillite pour tous ceux qui comptaient sur I'escompte de leurs effets de commerce pour satisfaire a leurs propres echeances. Aussi Pepouvante fut-eile extreme. Les banqiiiers, les tndustriels, les commercants se concerterent. Le 8 mars, un cortege de 3 ooo personnes se dirigea sur i'hotei de ville, dans un tumulte d'emeute 1 . Gamier-Pages venait de succeder au ministere des Finances au banquier Goudchaux. On lui demanda la suspension de toutes les echeances a 3 mois. La demande etait appuyee par les membres du Tribunal de commerce de la Seine.

Une pareille mesure eut ete la perte de la Banque de France et des banques departementaies dont les rentrees se fussent trouvees suspendues sans que leurs billets eussent cess6 d'etre payables a vue.

I. V. la description de la scene du 8 mars dans Gamier-Pages. His Loire de la Revolution de 184S (1866), t. IV, p. 6. — Gf. Stern, Histoire de la Revolution de 1848 (1878), II p. 83.

PROUDHON l%>

Elle eut cause egaiement la ruine du Tresor.

La prorogation fut refusee au dela des 10 jours accordes par les d^crets des 26, 28 fevrier et 3 mars.

Gependant d'autres mesures etaient instamment reclamees partout. Le 4 mars, la Banque de Marseille publiait l'avis qu'elle ne pourraitrembourser ses billets qu'a raison de un par presentation 1 .

A Nantes, le commissaire general reclame au debut de mars 700000 francs; le 10, ii ecrit : « le defaut de numeraire dans la viile de Nantes et probablement dans les autres villes de France cause de vives inquietudes et menace de faire suspendre les travaux. Peut-on recevoir du numeraire de Paris » ?

De Rouen on ecrit au ministre : « Nos industries n'ont de matures premieres que pour quelques jours, ils ne peuvent vendre leurs produits et n'ont pas d'argent pour acheter des matieres premieres ; ils vont 6tre obliges de cesser le travail. »

« Le manque de numeraire, ecrit-on du Nord, rend impossibles les transactions. »

Toulouse fait appel au Gouvernement, les banques de Lille, du Havre suspendent leurs escomptes.

De toute part, ou demande de l'argent : maisons de banque, usines, chemins de fer, exploitations des mines, fournisseurs de l'Etat.

Page 1