I. Organ, du credit, p. a3i
224 LES SYSTEMES SOCIALISES D'feCHANGE
qu'il presentait. C'etait Torgane local qui escomptait et qui pr£tait ; lui seul courait des risques. L'etablissement central ne faisait que reescompter, sur cautionnement en quelque sorte de l'etablissement local. L'int^r&t de celui-ci repondaitde son zMe et de sa clairvoyance.
Ce role accessoire de garants etait rempli : i° par les banques immobilieres departementales, 2° par les comptoirs nationaux d'escompte et leurs souscomptoirs dont l'institution pouvait se faire jusque dans les communes, 3° par les magasins publics de depots..., etc. C'est-a-dire que, sur un plan deja esquisse par le gouvernement provisoire en i8£8, avec les deux differences : i° d'une banque d'Etat au sommet, 2° d'une plus grande specialisation dans les fonctions, Vidal cherchait a pourvoir, par une serie d'etablissements particuliers, aux necessites du credit foncier, industries mobilier, personnel et moral.
Cet ensemble devait concourir a un but com* mun : constitiier des garanties auxiliaires pour la banque centrale : « Les divers 6tablissements de credit accomplissent des operations parfaitement distinctes et neanmoins doivent 6tre relies entre eux et combines de facon a se completer reciproquement et a se prater un mutuel concours. »
c) Mais ce n'etait pas assez de rendre ainsi le credit plus sur en le donnant a celui qui en aurait plus particulierement besoin a travers une serie destitutions dont cbacune s'approchait de lui et
V1DAL ET HAEGK 225
envisageait une des formes particulieres de son patrimoine, mobilier ou immobilier, industriel ou agricole 1 , Vidal voulut faire intervenir dans l'appreciation des facultes de chacun le mobile de Pinteret personnel direct.
Sans doute, constitues en succursales pures et simples d'un etablissement d'Etat, les etablissements secondaires eussent, par leurs fausses operations, greve d'autant le budget general et, par suite, leurs administrateurs-fonctionnaires eussent comme contribuables ressenti les effets de cette augmentation de charges. Mais combien indirects et affaiblis par leur diffusion eussent ete ces effets supportes egalement par ceux qui n'avaient cornmis aucune erreur. C'est pourquoi Vidal introduisit dans les organes secondaires un element nouveau : Vactionnaire.
Remarquons-le bien, c'etait au prix d'une deviation de principes qu'ils'assurait ainsi des garanties serieuses, et la mesure ainsi prise a toute l'importance, toute la gravite d'un aveu d'impuissance. II socialisait la Banque de France, en partie pour soustraire le creditable a Fexploitation d'une compagnie d'actionnaires, et voila qu'a la racine m6rne du credit, il considerait comme indispensable de reintroduce Factionnaire et son prelevement. Par
i . Remarquer la difference des titres de l'ouvrage de Vidal (Organisation du credit personnel et reel, mobilier et immobilier) et de la brochure de Proudhon : Organisation du crhdil et de la circulation. La complexity du premier reVele la complexity de 1' organisation.
Aucuy. 1 5
SYSTJ&MES SOCIALISTES D'fiCHANGE
lisparaitre tout l'avantage esper6. En banque centrale nationalist cessAt de nefices et abaissat le taux de son es- 'en devait pas resulter n6cessairement ilissements secondaires, renoncant au benefices qu'ils pourraient ainsi realiient proportionnellement leur propre tipte.
6 cet inconvenient est partiellement w le concours que pr^tent aux actionmment dans les comptoirs nationaux l'Etat et la Commune * ; il Tes't aussi illance qu'exerce sur tous les etablisat represents dans chacun d'eux.
6, le principe, inconscient peut-6tre T ation nouvelle est le suivant : Le 'en haut. Mais V application d'un pareil cite une foule d'organisations, derfeli sont comme les etais n&cessaires ste edifice. Rien ne reste du rappro- , au point de vue theorique, s'impoidal et Proudhon. L'etatisme de Tun iable avec Tanarchisme de I'autre.
3 renait, et les capitaux de garantie t de roulement, instruments delaisses ment par Proudhon. Le role du papier ? A-t-il pris le caractere repr^sentatif especes, mais de produits? C'est ce
isation du credit par le gouvernement provisoire de
VIDAL ET HAEGK 227
que nous verrons en examinant la constitution interne de chaque organe, son fonctionnement et son role.
Mais des maintenant, il ressort des developpements qui precedent qu'il ne sera nullement question de monnayer des produits. II ii'est question que d'avances faites sur des produits dans des conditions qui contribuent a faire disparaitre 1'alea et le danger de ces operations. L'organisation decrite par Vidal ne vise, en fin de compte, qu'a assurer, et a meilleur marche, Tescompte des effets de commerce ; elle se complete par des institutions speciales de credit foncier, mobilier et m6me moral qui faisaient defaut en i85i et qui se sont introduites depuis. C'est assez dire qu'elle ameliore mediocrement le sort de Touvrier.
2« Rdle et fonctionnement des organes de distribution
du credit.
a) La Banque nationale de circulation est l'etablissement fondamental. Son caract&re national en fait un rouage administratis Mais Vidal nous declare que la nouvelle banque est completement independante du pouvoir executif et ne releve que de TAssembl6e nationale. Son caract^re national s'affirme par les deux traits suivants :
i° Les directeurs et administrateurs en sont nommes par TAssemblee nationale ; 2° Les benefices realises profitent a tout le monde, ils tombent dans le tresor public.
228 LES SYSTEMES S0GIAL1STES D'ECHANGE
Elle fonctionne avec un capital de garantie de un milliard fourni par TEtat en rentes.
Ses operations sont essentiellement de 2 sortes : i° Elle a seule le droit d'emettre des billets qui sont la monnaie de papier du nouveau systeme. Ces billets sont emis a chaque operation d'escompte et leur valeur correspond a celle de l'effet presente. Us ont pour garantie essentielle, outre le capital de garantie fourni par l'Etat, la valeur m6me de ces effets dont l'encaissement se fera a Techeance. II suffit, pour que la valeur des billets soit ainsi bien assise, qu'ils ne puissent 6tre pr6sentes au remboursement (car il y a un remboursement), que quandles effets de commerce qu'ils representent sont eux-m^mes entres dans la caisse. On ne nous donne en definitive le billet de banque que comme representant une somme d'argent ; on pense seulement que la confiance qui lui permet de circuler ne se dementira pas du fait que Ton recule seulement la faculte de realisation. Le d£lai d'un mois est le delai durant lequeMe billet a ainsi cours force. On consid^re en effet que le mois est, en moyenne, le laps de temps qui separe de leur echeance les effets presentes a la banque. II n'y a pas de suremission a redouter : primitivement la banque ne fonctionne qu'avec le nombre de billets correspondant strictement a son capital de garantie (il est vrai immobilise); ce n'est qu'au fur et a mesure de la presentation d'effets de commerce qui sont des
VIDAL ET HAECK 229
valeurs sures qu'elle etend son emission. Chaque billet emis a ainsi sa garantiesinonimmediatement realisable, du moins certaine. II peut done circuler.
2° Le principe de la non-remboursabilite a vue permet d'etendre les operations deprSt. On pourra, contre garanties immobiliferes, delivrer des billets mais seulement jusqu'a concurrence de ioo millions. Par la tous les billets emis ne pourraient 6tre rembourses a un mois de vue, mais la confiance, pense-t-on, ne se dementira pas, 6tant donnee la solidite des garanties.
Voila pour les operations de la banque. Elle en accomplit d'autres qui n'ont rien de caracteristique : comptes courants, encaissements, etc., etc...
Quelle va 6tre son utilite ? « L'utilite d'une banque, ecrit Vidal, est en raison inverse des benefices qu'elle realise, en raison directe des services qu'elle rend et du bas prix de ces services. » Or la banque nationale assurera le bon marche du credit pour les trois raisons suivantes :
i° La banque ne pr6te pas a decouvert, elle n'a done pas besoin de prelever une sorte de prime d'assurance. C'est la une raison que Proudhon invoquait deja pour pretendre que la Banque de France telle qu'elle fonctionne devait reduire le taux de reescompte a 1/2 pour 100.
2 Elle ne pr6te pas un billet remboursable a vue; elle n'a done pas besoin d'immobiliser un capital pour lequel elle paierait un inter&t.
230 LES SYSTfeMES SOCIALISTES D'fcCHANGE
3° Elle n'est pas une compagnie priv6e ; elle n'est pas dominee, dans l'accomplissement de sa fonction, par la preoccupation de sesactionnaires. Ses benefices, si eleves fussent-ils, ne seraient profitables qu'a la collectivite et par suite legitimes. Mais il est plus simple d'en faire profiter exclusivement ceux qui ont eu besoin de credit et pour cela d'abaisser au minimum le taux de Pescompte.
La banque centrale est ainsi constitute avantageusement ; elle cree des succursales dans la mesure des besoins.
Elle n'accomplit d'ailleurs avec surete sa tache que gr&ce a des organisations speciales, distinctes d'elle, independantes, etablies parfois sur des principes differents, destinees toutefois a oflFrir certains avantages sur les banques privees et a les remplacer.
6) Examinons les Banques immobilieres. Leur constitution est administrative et locale. Le caractere administratif de leur constitution s'affirme par le decret necessaire a leur fondation, par Tapprobation des statuts, la nomination des directeurs, la formation du capital de garantie :
Les banques immobilieres peuvent 6tre constitutes dans chaque departement et avoir des correspondants dans les chefs-lieux de cantons.
Le directeur est nomme par le ministre des Finances. Le conseil de surveillance se compose
VIDAL ET HAEGK *3i
de 1 5 membres elus par le conseil general du departement.
Le capital de garantie varie de 3oo ooo francs a un million. II est fourni par PEtat en titres de rentes.
Les operations consistent essentiellement en pr6ts a long terme, sur premiere hypothfeque, ne pouvant depasser la moitie ou le tiers de la valeur officielle des immeubles. L'obligation de se lib^rer par annuites entralne le paiement annuel d'une somme qui comprend • Tinter6t de Targent pr6te, la commission de la banque, la prime de liberation. Les pr6ts se font en argent ou en billets retir6s de la banque centrale contre d6pot d'argent.
Les capitaux prates sont obtenus de la facon suivante : il n'est pas fait usage du capital de garantie ; on recourt a Yemprunt. Aux emprunteurs est remise une obligation qui a pour garantie, outre le capital immobilise, l'hypotheque sur le bien de l'emprunteur. Une pareille banque n'est en d'autres termes qu'un intermediate entre emprunteurs et prMeurs 1 . Mais, par Telimination de I'element actionnaire, elle assure, sans &tre au sens strict une mutuelle, le pr6t au prix coutant sauf prelevement d'une l6gere commission necessaire au fonctionnement de la banque. Elle pr6te
I. G'est le plan mdme de l'organisation du « Credit fancier » (die. du 6 juillet i854), sauf cette difference essentielle : le Credit Foncier de France est constitu£ par une Compagnie d'actionnairesl
232 LES SYSTfeMES SOCIALISTES D'tiCHANGE
presque au taux d'emprunt. La prime de risque tombe, si elle est superieure aux besoins, dans le Tresor de l'Etat.
Entre les mains du pr^teur, l'obligation est y nous le savons, negociable a la banque centrale jusqu'a concurrence de la somme de ioo millions.
La banque immobiliere, avec le concours de la banque centrale, procure done du credit au meilleur compte a tous ceuxqui possedent des immeubles. Elle delivre le travail agricole de l'usure. Elle lib&re nombre de ceux auxquels les capitalistes imposent aujourd'hui leur loi.
c) En troisieme lieu, nous trouvons deux organes, compl^mentaires Tun de I'autre, constitu6s par le comptoir national d'escompte et par le sous-comptoir. lis ont pour office d'assurer le credit industriel et commercial. II devra exister au moins un comptoir national d'escompte par departement, et il pourraxn^me y en avoir dans chaque arrondissement et dans chaque canton. 11 y aura autant de sous-comptoirs de garantie que de cantons.
Le caract&re essentiel des comptoirs est le concours que prennent a leur formation l'Etat, la ville dans laquelle ils se trouvent et les actionnaires. Ces trois facteurs fournissent, a raison d'un tiers chacun, le capitalde garantie n£cessaire. Ainsi se trouve assuree dans une certaine mesure la direction de TEtat (le ministre des Finances nomme le directeur), heureusement contrebalanc6e par Texistence d'un conseil de 10 a i4 mem-
V1DAL ET HAEGK 233
bres qui prend toutes les decisions et dont la majority est nominee par les actionnaires.
La soci6t6 se forme comme une soci6te anonyme. Elle assure un inter6t fixe de 5 pour ioo aux actionnaires seuls ; les 5 pour ioo sont garantis par un fonds de reserve constitu6 sur les benefices. Quand le fonds de reserve atteint le cinquieme « du capital realise » (expression obscure qui fait vraisemblablement allusion au fonds constitue par la participation de l'Etat, de la ville et des actionnaires), il est fait trois parts egales de l'excedent et chacune va a chacun des participants.
C'est par Temprunt que le comptoir se procure les capitaux necessaires a Tescompte. Les operations d'escompte sont limitees a des effets d'une echeance prochaine (io5 jours) et portant deux signatures; c'est-a-dire que le recours au comptoir suppose un premier recours au sous-comptoir.
Or le sous-comptoir est exclusivement itabli par des actionnaires ; les benefices appartiennent exclusivement aux actionnaires ; les decisions sont prises par eux. Cependant, comme contrepoids, le ministre nomme le directeur. Au plus pres possible de l'emprunteur, les sous-comptoirs apprecient, avec un soin qu'^veille l'inter^t personnel, l'ensemble des garanties presentees par l'emprunteur ; ils acceptent, lorsqu'elles sont jugees suffisantes, Tendossement des effets de commerce a une signature. Par la, les effets deviennent escomptables au comptoir national qui, lui-m6me, peut,
234 LES SYSTEMES S0G1ALISTES DEGHANGE
par reescompte, se procurer des billets a la banque centrale.
d) 11 est propose, com me organe du credit mobilier, l'&tablissement de magasins publics, par arr£te ministeriel, sur la demaude, aux frais, et au profit des chambres de commerce ou des municipalites. Le directeur en sera, comme pour tous les autres etablissements, nomme par le ministre des Finances. Contre produits recus en depot, consign^, emmagasines, etiquetes, il sera delivre des recepisses, comme « paries docks et warrants anglais » ; le recepisse aura la valeur courante du produit qu'il repr6sente. II pourra 6tre echange contre un billet de la banque centrale par Pintermediaire des sous-comptoirs et des comptoirs.
e) Enfin, en dernier lieu, les benefices de la banque centrale pourront, au lieu de tomber dans le Tresor public, servir a alimenter des institutions speciales de credit personnel, sur simples garanties morales, qui cautionneront l'emprunteur et ainsi lui ouvriront Faeces du credit au comptoir national d'escompte.
Ainsi, on le voit, la banque centrale delivre des billets par Tintermediaire des comptoirs et autres institutions qui Tassurent contre tout risque de perte. L'initiative des etablissements secondaires de credit industriel et commercial (plus dangereux que le credit foncier ou m&me que le credit mobilier, car il se fait sur des appreciations de solvability et sans autre gage que le papier de com-
VIDAL ET HAEGK 235
merce) est assuree par la presence des actionnaires. La toute puissance des actionnaires, avec ses inconvenients, semble att6nuee par la presence, dans chaque etablissement, d'un directeur nomme par le ministre des Finances.
Avantages.
Vidal considere cette organisation comme devant presenter sur les banques particulieres l'avantage clu bon marche : par la reduction des risques courus, par Teconomie que peuvent realiser les etablissements secondaires en recourant pour leurs mouvements de fonds aux agents du Tresor (c'est in6me la la seule raison donnee par Vidal del'unite de direction accordee au ministere des Finances).
Le bon march6 du credit n'est pas le seul avantage du syst&me ; Tinvariabilit6 de son taux en est un second. La cause qui rend le taux du credit variable disparaitra avec la necessite de proteger 1'encaisse des banques. Par suite se trouvera assuree la fixit6 generale de l 7 int6r&t dans le pays, car le taux de Tint6r6t se regie sur celui de Tescompte. Gr&ce a ce bon marche general des capitaux, il sera permis d'utiliser des forces encore improductives et d'en tirer le meilleur rendement possible.
236 LES SYSTEMES SOGIALISTES D'tiCHANGE
En realite, nous croyons que, dans son ensem 7 ble, cette organisation du credit devait manquer son but.
Ce n'est pas le but qui soit criticable : a aucun moment, dans le systeme en definitive propose, Vidal n'a l'intention d'atteindre la monnaie en lui supprimant Tune ou Tatitre de ses deux fonctions. II conserve en effet au billet de banque un caractere representatif de monnaie metallique* il suspend seulement, durant un mois a dater de la remise qui en est faite, la faculte de realisation.
L'effort de Vidal se borne a vouloir assurer le bon marche du credit, a essayer de soustraire les emprunteurs a l'exploitation des banques privies et des compagnies d'actionnaires. II n'yalarien de criticable, au contraire. II n'est pas besoin d'etre socialiste pour reconnaitre et pour condamner les abus commis par la haute banque 1 .
Ce n'est done point le but, limite a l'affaiblissement des banques d'actionnaires, que nous critiquerons, mais le moyen auquel recourt Vidal.
Nous critiquerons essentiellement le recoursd I'Etat*
i. V. Bourguin, Systhmes soc, i re edit , p. i63 : « La haute banque domine toute la grande industrie et tout le systeme economique ; par les appuis qu'elle sait se creer dans la presse et dans les pouvoirs publics, elle parvient meme a exercer son influence sur le systeme politique dans le sens de ses interets en sorte que le capitalisme, a sa plus haute expression, devient un regime dans lequel quelques milliard aires commandent, par les trusts et autres organisations financieres, un capital huit ou dix fois plus considerable que le leur, et detiennent une puissance economique qui semble jusqu'ici sans contrepoids. »
VIDAL ET HAEGK 237
Quelques objections ont deja 6te faites de ce point de vue au systeme de Vidal. Nous ajouterons ici que les precautions prises sont insuffisantes a les faire disparaitre. Qui done considererait comme une garantie de voir la banque centrale sous la dependance du pouvoir legislatif au lieu d'etre sous celle du pouvoir executif ? Les chambres, en regime parlementaire, ont le gouvernement qu'elles se donnent. II est leur pur reflet. Son intolerance, son sectarisme, sa partialite sont des fleurs corrompues qu'entretient et nourrit un sol approprie. Les deputes des circonscriptions het6rodoxes auront-ils leur succursale de banque? (Test douteux 1 . Les chambres ne suivront-ellespas aussi le gouvernementquand il leur sera declare qu'il est necessaire de recourir a la banque pour equilibrer le budget? L'escompte ne peut-il devenir un instrument de fiscalite 2 , et comme l'impot Test devenu lui-m^me, le moyen de favoriser artificiellement telle ou telle conception Gconomique. Non, il ne faut pas accepter cette confusion dangereuse entre le tresor public et la caisse de la banque, cette organisation parlementaire du credit 3 .
i. Nous n'insistons sur ces inconv6nients, d'ordre plus ou moins subjectif, que parce que Vidal les a parfaitement vus, mais qu'il esp£rait y reme'dier.
2. Dans le systeme de M. Solvay, Pescorapte deviendra le seul impdt.
3. Gf. Proudhon, Idee generate de la Revolution, p. i85 : « Mettez la Banque du Peuple aux mains du gouverneraent et sous pr^texte de
238 LES SYSTfeMES SOGIALISTES D'feCHANGE
Ces inconv^nients semblent disparaitre en partie grftce au maintien des actionnaires dans les £tablissements de base. Mais d'abord les actionnaires ne sont maintenus que dans les organes de distribution du credit industriel et commercial. Ensuite les actionnaires ne sont maintenus qu'au detriment du resultat cherche et des lors complfctement compromis. Le representant du pouvoir central qui se trouve dans chaque etablissement est-il un contrepoids suffisant aux entreprises int6ressees des actionnaires? On ne nous le donne que comme un agent d'execution de leurs volontes.
Si m6me il peut s'opposer a certaines mesures interessees, comment se resoudra le conflit ? Qui Femportera ? II n'en est rien dit. D'ailleurs, les complicites s'achfetent.
De toute cette organisation qui n'offre aucune garantie s6rieuse d'impartialit6 dans l'examen des
manager a 1'Etat les produits de Pescompte en compensation d'autres impdts, on creera a la charge da peuple de nouvelles sinecures, de gros traitements, des gaspillages inconnus, on favorisera de nouveau l'usure, le parasitism e et le privilege. Non, non, je. ne veux pas de VEiat mime pour servileur ; je repousse le gouvernement mgme direct, je he vois dans toutes ces inventions que des pretextes au parasitisme et des retraites pour les faineants. »
Ge sont la des observations qui sont loin d'avoir perdu de leur force. La confusion se ferait aussi entre les dettes de la Banque et les dettes de PEtat, de sorte que, quand le credit de l'Etat serait ebranll, celui de la Banque d'Etat le serait £galement. En 1870, la rente sur l'Etat valait 4o francs, au contraire le billet de notre Banque de France faisait prime a Pelranger.
V1DAL ET HAEGK 239
garanties offertes et dans l'octroi du credit, il semble que TEtat ne doive recueillir qu'une chose : toute Timpopularite qui va parfois aux banques privies.
Pour 6tre logique, il f alia it mettre l'Etat en souverain dans chaque etablissement ou ne le mettre nulle part. C'est ce second parti qui a et6 pris par 1'ecrivain beige : Haeck, dont le systeme d'organisation du credit merite d'etre mis en parallele avec celui de Vidal.
Francois Haeck 1 .
Dans l'ceuvre de Haeck, il convient de signaler
I. Francois Haeck, beige. Ancien employ 6 du ministere des Finances, puis ingenieur dans des distilleries, ne a Zoersel, le 22 juillet 1 8 18 (date de sa mort ignored).
Ouvrages de Haeck (sauf le i er , ces ouvrages se trouvent a la Bibliotheque royal e de Bruxelles) :
i° De I 'organisation da cridit en Belgique et da caissier gineral de VEtat, Bruxelles, 18^9 ;
2° Organisation du credit industriel, commercial, agricole et fonder en Belgique, 1857. Biblioth. royale 3i477 J
3° La question monitaire au point de vue pratique. Revue trimestrielle, i860, t. XXVI (cote 36o4);
4° De la nkcessite du credit des communes en Belgique et de la facility de sa jondation (Prog res international, 5, 19 fevrier i860) ;
5° Observations sur le projet de hi organique d'une Caisse d'epargne (Progres international, a5 decembre 1859, 1, 8, i5 Janvier i860).
Le plan de son ouvrage essentiel : Organisation du credit, etc., est le suivant '■
240 LES SYSTfeMES SOG1AL1STES D'tGHANGE
tout d'abord, comme pour Vidal, la separation qui existe entre la pratique et la theorie.
Pour accuser plus nettement Topposition qui existe entre le systeme de Haeck et celui de Vidal, ii est necessaire de renverser le plan suivi tout a Theure. Nous examinerons d'abord le systeme pratique de Haeck. Nous examinerons ensuite ses theories monetaires, d'ailleurs developpees par lui ulterieurement.
A. — Le systeme pratique de Haeck.
L'ouvrage de Haeck dans lequel son systeme pratique se trouve expose est intitule : « Organisation du Credit industries commercial, agricole et fonder ». II est de 1857 et totalement oublie aujourd'hui ainsi que son auteur. II parut sous forme de rapport et ne fut imprim6 que pour 6tre soumis aux deliberations de la Ligue du Credit
Dans une i re partie, il expose, a Paide de statistiques, les pr ogres incessants du pauperisme.
Dans une a e , la necessity d'aviser a des moyens positlfs pour deVelopper le travail et assurer le bien-6tre et, pour y parvenir, il expose ses yues sur 1 'organisation nationale du credit agricole, commercial, industriel et foncier.
Dans la 3 e partie, il justifie son projet par la critique des Banques modernes.
Son ouvrage, paru seulement sous forme de rapport, est a la ibis un traite, un manifeste et un pamphlet. Les questions difficiles y sont exposees sous forme de dialogue entre l'auteur, le commercant, le paysan, l'industriel. — Il debute par cet epigraphe : « Si vous ned£cruisez pas le pauperisme, le pauperis rae vous detruira. »
VIDAL ET HAECK 24 i
constitute sur l'initiative de Haeck. II ne fut ainsi que tres peu r^pandu 1 . OrPinter^t de cet ouvrage est considerable; c'est pourquoinousTexaminons en detail.
Haeck a subi Tinfluence certaine de Vidal qu'il cite a chaque instant; mais il s'appuie surtout sur des faits, sur des Institutions qu'avait fait naitre la crise de i848 et dont il faut dire quelques mots.
La crise financifere de i848 avait et6 generale; elle avail, en tous pays, engendre dans le mohde industriel et commercial, de v6ritables desastres. Partout lesbanquiers s'etaient refuses aescompter et a prater ; les banques d'emission, alors multiples en chaque pays, n'avaie.nt pu rembourser leurs billets a vue ; toutes les valeurs fiduciaires s'etaient trouvees depr^ciees et irrealisables. Cette lamentable situation avait fait naitre une multitude de theories dont celles de Proudhon et de Vidalnesontqueles plussignificatives.Heureusement, elle n'avait pas fait naitre que des theories. Des hommes de pratique s'etaient, en luttant contre les ev6nements et en dehors de toute th^orie pr6concue, attaches a enrayer le developpement du mal. De leurs efforts sortirent des
I. Get ouvrage de Haeck forme un volume de 178 pages, format da journal officiel franca is. II est fait une courte allusion a cet ouvrage par M. Hector Denis dans son 6tude sur Kitson (Exlrait des Annates de Vlnstitut des sc. societies). M . de Greef lui consacre quelques pages (de Greef, op. cit., p. 384).
Aucuy. 16
242 LES SYSTfiMES SOOIALISTES D'feGHANGE
institutions qui rendirent et rendent encore les plus grands services.
C'est ainsi qu'a Bruxelles se constitua, le i er juin i848, YUnion du Credit sous Faction de L.-J. Doucet, echevin de Bruxelles, de Bischoffsheim, administrateur de la Banque de Belgique et de 2 negociants. Le caractere essential de cette union etait d'etre formee entre commercants, industriels et cultivateurs qui se garantissaient mutuellement un credit proportional a leur solvability. Banque d'escompte, elle 6tait fondee directement par ceux-la m6mes qui 6taient interesses a se procurer du credit.
L'article 3, d'une manure precise, enonce que le but de la societe est de procurer « au commerce, a Tindustrie, a Tagriculture, aux travailleurs enfin de toutes les classes, les capitaux qui leur sont necessaires, dans la limite de leur solvability mat^rielle et morale ».
La solvability s'etablit par l'admission comme membre de la Societe. L'admission a lieu : i°Sur notoriete publique ; 2° par affectation hypothecate sur des immeubles ; 3° en fournissant caution personnels ou engagement d'un codebiteur solidaire ; 4° sur depot de fonds publics d'Etat ; 5° sur cession ou gage de creance hypoth6caire, versement en especes; 6° sur toute garantie reelle et realisable.
On voit quelle superiority une pareille institution avait sur le chimerique projet de Proudhon,
VIDAL ET HAEGK 243
quellesgaranties serieuses etaient exig6es de ceux a qui la banque ouvrait un credit. Les pertes faites Etaient, comme les gains, r6parties entre les societaires,propoPtionnellement au credit qui leur etait fait. Aucun des membres n'etaitli^ par le principe juridique de solidarity & payer pour les autres.
Eile empruntait directement aux capitalistes ce qui 6tait necessaire pour completer le fonds de roulement que pouvaient constituer ses membres, et pr6tait aux adherents sans passer par le prelevementd'une societe d'actionnaires.
Les seuls frais auxquels dussent en principe concourir ses membres, du fait de son institution, etaient destines a former un fonds de garantie : il etait a cet effet pr6leve, sur le montant de chaque bordereau d'escompte, une retenue, dontle maximum etait du tiers de l'inter£t percu.
II y avait ainsi une association qui favorisait etrangement les rapports d'affaires entre ceux qui offrent les capitaux et ceux qui les demandent.
L'institution fut bientot imitee a Berlin, Vienne, Amsterdam.
En Allemagne, et particulierement en Prusse, s'etaient constitu6s des etablissements analogues. On les appelait des banques d'avances(vorschuszbanken) ou encore banques du peuple (volksbanken) 1 . L'idee fondamentale, a la realisation de laquelle on avait imagine de les faire concourir,
i. J. E. Horn. Les Banques d'avances en Prusse: La Presse, 18, 20 Mars 1857.
etait de rendre la force de travail de l'ouvrier creditable, d'en faire quelque chose sur quoi le preteur put se fonder pour esperer le remboursement des avances faites. G'est la une garantie qui n'inspire generalement aucune confiance : la force de travail en effet, pour une foule de raisons exterieures qui dependent des circonstances (chomage, maladie), risque d'etre inemployee et d'etre par suite improductive. Elle n'est pas un gage de tout repos. On en fit une garantie, pour ainsi dire ind6fectible, en groupant dans une association locale, topographiquernent reduite, un grand nombre d'ouvriers presentant au preteur cette meme garantie, dont l'insuffisance dans l'isolement etait certaine, mais qui devenait tout a coup, par l'association, un fond solide sur lequel pouvait s'edifierie credit. Les forces ouvrieres reunies meriterent ainsi les avances qui leur etaient le plus souvent refuseesindividuellement ;les societaires n'eurent plus qu'a repartir equitablement entre eux les sommes obtenues.
Telle est l'idee generale qui avait inspire l'6tablissement des banques d'avances. Ces institutions n'awaient du reste rien de la banque proprement dite. Elles ne faisaient pas l'escompte comme l'Union du Credit ; elles n'emettaient ni bons ni billets. Elles n'etaient que des associations constitutes pour offrir au credit une certaine surface. Le credit, elles le demandaient aux preteurs et elles en payaient I'interet ; cet interet, elles le
VIDAL ET HAEGK 245
recouvraient sur l'emprunteur. Emprunter pour prSter, tel etait leur role. L'inter^t, souvent considerable, restait cependant, m6me augmente de la contribution aux frais d'administration, inferieur a celui que devait payer 1'ouvrier isole, si par hasard il trouvait un pr6teur.
D'aiileurs ces banques essayaient de se soustraire, au moins partieliement, a Tobligation d'emprunter au dehors, et pour cela elles exigeaient g6neralement de leurs -membres un droit d'admission reiativement 6lev6 et des cotisations mensuelles qui constituaient, avec Temprunt, les deux sources par oil s'alimentait le fonds destine au pr£t.
La premiere banque de ce genre fut fondee a Eulenburg par le docteur Bernhardi et le taiileur Burmann, le i er octobre i85o, avec i8o membres. Les garanties qu'elie offrait aux pr6teurs consistaient d'abord dans Fengagement collectif vis-a-vis des creanciers de la banque ; 2° dans la constitution d'un fonds de garantie, que contribuaient a former le droit de reception qui etait de 5 silbergros * (62 centimes 1/2) et la cotisation mensuelle de 1 silbergros.
Dans ces conditions, elie fit, de i85i a i855, pour 35o528 fr. <)od'avances, et percut 201 14 francs d'inter6t ce qui mettait le taux de ses pr6ts a 5, 3/4 pour 100.
Les plus connues de ces banques sont celles
E. Silbergros =12 centimes 1/2.
246 LES SYSTfeMES SOGIALISTES D'^GHANGE
qui furent fondees sur le modele de la Banque de Delitzch, dont un juriste, M. Schultze, avait pris Finitiative. Elle date de la secoiide moitie de Tannee i852. Ce qui en fait Finter6t, c'est que, beaucoup plus que la precedente, elle developpe la prevoyance, l'economie. Elle se complete en effet par une sorte destitution d'epargne. Le& societaires payaient une contribution mensuelle de 2 silb. (o,25), destinee a alimenter le fonds de roulement de la caisse. De plus, pour la formation d'un fonds de reserve, ils payaient, a leur reception i5 silb. (i fr. 87 1/2), et annuellement 2 silb. 1/2 (o fr. 3 1 i/4).
Ges versements forment un boniauquel s'ajoute ledividende annuel. Quand, de la sorte, la somme de 16 thalers (60 francs) se trouve atteinte a 1'actif du societaire, celui-ci devient actionnaire : on lui paie alors directement son dividende, et on ne lui demande plus de contribution annuelle ou mensuelle. Le dividende est relativement tr&s> eleve, car on exige de Temprunteur un inter^t qui depasse de beaucoup celui qui est paye au pr^teurl L'int6r6t est hebdomadaire et de 1 pfennig par thaler, ce qui fait par an i4 fr. i/4 pour 100. Mais, quand estprelevee la part qui revient au pr6teur et celle qui est destinee aux frais generaux, le reste alimente l'epargne individuelle et revient aux societaires sous forme de dividende.
Raiffeisen, vers la m6me epoque, fori da dans son village de Hammersfeld une society de credit- agri-
VIDAL ET HAEGK 247
cole mutuel : 60 paysans form^rent une association d'emprunteurs, solidairement responsables comme dans les precedentes, mais sans capital, c'est-a-dire sans versement des associes, — sinon de legers prelevements pour la formation d'une reserve.
Le principe de solidaritd des debiteurs est le principe qui differencie de l'Union du Credit de * Bruxelles ces deux sorles destitutions de credit 1 .
1. Actuellement, la F6d6ration Schultze-Delitzch groupe environ 1 OOO banques popul aires et plus de 58oooo membres. Le capital qui se compose des actions, des depots et des emprunts depasse 1 milliard de francs. Elle fait annuellement pour 3 milliards de pr£ts. Ses pertes sont en moyenne de o fr. o5 pour 100 francs. Les b£n£fices sont partages au prorata des actions.
D'apres M. Blondel (Etudes sur les populations rurales de VAllemagne, p. 290), les Sch.-D. ont parfois sombre, a la difference des Raiffeisen qui n'ont jamais fait eprouver de pertes. De 1875 a 1886, sur 1000 banques Schultze-Delitzch, il y a eu 36 faillites et 174 liquidations (Cauwes, op. cit., t. II, p. 44())-
Les Raiffeisen ont pris un caractere confessionnel tres marque" et l'on a parfois explique par Ik leur plus grand succes. II est interessant pour nous de relever l'opinion d'un socialiste comme M. Sorel qui attribue ce succes a une autre cause : les Raiffeisen, dit-il, ont plus constamment reussi parce qu'elles sont elablies dans des milieux ruraux, ou la surveillance et le controle des emprunteurs est infiniment plus facile que dans les milieux urbains ou se forment g£n£ralement les Sch.-D. (Sorel, Introd. d I'Econ. moderne, p. 281 et suiv.). M. Sorel, tres hostile a ^intervention de PEtat en matiere d'organisation de credit, 6crit (p. 284) : « Si Pon essayait de remplacer les caisses Raiffeisen par des corps politiques... le systeme fbnctionnerait sans doute comme un moyen de deVelopper la corruption et Pesprit de parti... » Cette appreciation peut s'appliquer au systeme de Vidal.
En 1904, les Raiffeisen (F£de>ation de Neuwied) etaient au nombre de 3 982 soci£tes avec 288 000 membres et faisaient 600 millions de francs de prets.
248 LES SYSTEMES S0C1ALISTES D'feCHANGE
Mais les trois tentatives avaient pour but d'affranchir le travail industriel, commercial ou agricole du despotisme des intermediates.
C'est la Tidee que reprend Haeck. Ce sont ces faits, ces institutions, spontanement issues de Feffort des praticiens, qui lui inspirent son plan d'organisation du credit.
Des la preface, Haeck indique lq but qu'il poursuit : « Si, dans l'ordre politique, ecrit-il, le beige est son propre souverain ; dans Tordre economique, comme fabricant, comme commercant, comme cultivateur, en un mot comme travailleur, le beige est encore le sujet (Tautrui.
« Cet autrui qui lui dicte la loi et la lui impose, ce n'est pas quelqu'un de superieur par le talent, le savoir, par l'amplitude des connaissances, par une distinction personnelle quelconque, physique ou morale ou professionnelle, non, le dominateur, et jusqu'a un certain point, le despote du travailleur en Belgique, celui qui detient la puissance d'activer ou de paralyser, k sa volonte ou selon ses caprices, la fonction productive du pays, c'est tout simplement le ditenteur des instruments de circulation : monnaie m6tallique et billets de banque. » Voila une profession de foi qui, m6me par le ton, rappelle essentiellement Proudhon qui disait : « l/or qu'on se figure comme la clef du commerce, n'en est que le verrou. »
On aura une idee plus precise du but que poursuit Haeck en groupantici les critiques qu'iladresse,
VIDAL ET HAEGK 249
(Tune part aux mesures prises en France par le gouvernement provisoire de i848 et d'autre part a la Banquenationale beige, telle qu'elle a et6 constitute par la loi du 5 mai i85o, sur le modele de la Banque de France et de la Banque d'Angleterre.
i° En ce qui concerne les mesures prises en i848, Haeck critique vivement la suppression des banques departementales dont l'insucces — d'ailleurs trfes contestable — tenait seulement a la rigueur de leur reglementation legale. II attribue la substitution qui leur fut faite de comptoirs de la Banque de France a Tinfluence d'actionnaires de cette banque, membres du gouvernement et notamment a celle de M. Goudchaux, ministre des Finances et banquier a Paris 4 . La Banque de France lui parait 6tre en effetune institution extr£mement critiquable et voici en resume les reproches qu'il lui adresse : i° Elle abandonne le commerce et Tindustrie des departements en restreignant ses relations a quelques villes (en i852, elle n'avait que 3o comptoirs). 2° Elle est administr^e (et c'est la la critique decisive) au profit exclusif de ses actionnaires. 3° Elle est la banque centrale des banquiers au lieu d'etre la banque centrale du commerce et de Tindustrie en France.
Mais cette critique, que Haeck emprunte notamment a Gustave de Puynode 2 et a Courcelle-Se-
i. C'est la une erreur de Haeck. Goudchaux n'6tait plus ministre quand furent constitues les comptoirs d'escompte. a. De la monnaie, du credit et de Vimpdt, i855.
250 LES SYSTfeMES SOGIALISTES D'ECHANGE
neuil 1 , devient beaucoup plus nette quand il la dirige contre la Banque nationale beige.
2° II ecrit 2 : « Faut-il rappeler la conduite de la Banque dite Nationale? N'est-ce pas le pays qui fournit aux actionnaires de cette banque les moyens — Tencaisse metallique et les billets — avec lesquels ils opferent et n'est-ce pas le pays aussi qui leur « en paie les interGts. »
Idee deja indiquee >par Proudhon et par Vidal, mais qu'il precisa infiniment. Geux qui apportent des fonds a la banque et qui sont les v6ritables pr^teurs ne recoivent aucun inter6t; cependant, ceux a qui ils pr&tent en paient un qui legitimement devrait revenir aux prGteurs. Mais il ne revient qu'aux actionnaires.
« C'est en se livrant a cette trop curieuse operation financiere qui consiste a prater aux uns, moyennant un inter&t de 3 et 4 pour ioo, le cr6dit^ que les autres accordent gratuitement que les actionnaires de la banque ont recu l'annee derniere (i856) : 17 pour 100. Les quelques millions versus par eux ne sont qu'un simple cautionnement semblable a celui que versent tous les comptables de l'Etat. Encore ce cautionnement, immobilise presque tout entier en fonds publics, porte-t-il inter^t an profit des actionnaires et il n'intervient que pour une bagatelle insignifiante dans le fonds roulant et les operations d'escompte de la banque. »
1. Les operations de Banque, Edition de i85a. a. Organ, du cridit, p. 60 et suiv.
V1DAL ET HAEGK 251
On trouve par ailleurs Illustration de ce passage : Les actionnaires, dit-il, ont donne i5 millions. La banque nationale a commence ses operations le i er Janvier i85i. Des le' deuxieme mois, une partie des i5 millions a 6te placee en fonds publics d'Etat. A la fin de Tannee, le placement, l'immobilisation s'elevait&6 no 128 francs. D'autre part 794 000 francs etaient immobilises dans les batiments et en frais de personnel. II restait done, comme part des actionnaires dans le fonds de roulement pouvant servir a Tescompte, 8 og5 852 francs .
Or, le montant total des sommes pr6t6es et des lettres de change escomptees par les actionnaires pendant Tannee i85i s'elevait a 271 5i 1227 francs.
II est vrai que la moyenne des effets de commerce presentes a la banque sont a echeance de 6 semaines etqu'ainsi les 8095 852 francsdes actionnaires, pouvant servir aumoins 8 foisdans Fannie, pouvaient escompter 64 millions mais non certes 271 millions.
C'est done le peuple beige qui a fourni le reste et c'est bien, conclut Haeck, « notrepropre argent que nous pr6tentMM. les actionnaires de la Banque... A la fin de i853, sur 100 francs prates, 98 etaient fournis par le travail national, 2 par les actionnaires. »
Cependant qui recueille les benefices ?
Le taux de l'inter&t preleve par la banque varie de 2 et demi a 4 pour 100 ; mais 1'exigence de 3
252 LES SYSTfiMES S0GIAL1STES D'feCHANGE
signatures oblige a recourir a un premier banquier qui lui, prel&ve de 6 a 12 pour 100 ;de sortequ'en fin de compte, le peuple beige paie de 6 a 12 pour 100 d'interGt pour Fusage des billets et du numeraire qu'il procure pour rien aux actionnaires de. la banque. C'est ainsi que, de i85i a i855, les actionnaires de la banque nationalese sontpartages, — deduction faite des frais : 9 848889 francs, tandis qu'ils n'avaient paye sous forme d'inter^ts aux pr^teurs que 826017 francs.
Ne r6sulte-t-il pas de cette demonstration que « F6lement perturbateur, ennemi de Fescompte a bon marche, adversaire de l'affranchissement du travail dans tout le pays et qui trouble et paralyse la circulation des valeurs, c'est \ element actionnaire 1 . »
Invoquera-t-on les risques courus par. les actionnaires ? lis n'en courentaucun. lis ont les banquiers comme repondants. Ce sont ceux-ci qui courent des risques. Or la banque nationale reescompte a 4 pour 100 et ceux-ci escomptent souvent a 6. La prime d'escomptedont le banquier se contente pour sagarantie est ainsi de 2 pour 100. C'est done beaucoup moins que 2 pour 100 qui devraient suffire & la banque nationale. L'actionnaire, voila la cause de tout le mal. II n'est d'aucune utilite et coute tr&s cher. Haeck le compare a la mouche bruyante du coche :
Qa, Messieurs les chevaux, payez-moi de ma peine. 1. P. 61, a e col.
VIDAL ET HAEGK 25S
L'actionnaire peut avoir son utilite dans les etablissements industriels proprement dits, mais les institutions de credit ne sont pas de m6me nature: « Faire du credit et dela circulation une Industrie, nous parait une erreur economique des plus graves 1 ».
Mais comment eliminer les actionnaires ? puisque tel est le but. Est-ce par unemesure de socialisation ? comme Vidal. Non ! « Nous ne disirons nullement, dit Haeck, voir trancher la question par voie d'autoritc, »
Nous sommes ainsi amenes a exposer le moyen d'eliniiner les actionnaires, eel que Pa propose Haeck. Nous distinguerons trois parties dans l'expos6 qui en sera fait :
i° Cadre general de l'organisation,
2° Fonctionsde chaque organe,
3° Avantages.
i° Cadre general de l' organisation. — Le problemeest le suivant : II y a, au point de vue du credit, deux groupes d'individus : i° ceuxquid6sisent emprunter, qui demandent credit et, 2° ceux qui ont du disponible, qui desirent prater, qui offrent le credit. Chacun deces deuxgroupesdont les elements sont diss6mines dans toutes les parties du territoire a un egal besoin de l'autre. II faut que les tins et les autrespuissent se rencontrer sans que leur rencontre soit favoris6e par au-
i. P. 6i, a e col.
254 LES SYSTfiMES S0CIAL1STES D'ECHANGE
cun intermediate ; il faut que chacun des membres de chacun des 2 groupes puissetrouver dans l'autre groupe celui dont les conditions sont d'accord avecles siennes. Il*suffit pour cela, semblet>il, d'avoir un organe central desoffres et desdemandes. Mais il est une autre preoccupation a satisfaire. II faut que le prGteur ait des garanties, il faut que Temprunteur inspire confiance et si, du premier point devue, un etablissementde large relation s'impose, du second, c'est un etablissement local qui convient. C'est en combinant les deux points de vue que Haeck aboutit a donner pour cadre a son organisation du credit :
a) Un sous-comptoir place au chef-lieu de canton.
b) Un comptoir au chef-lieu de Tarrondissement.
c) Une union ou banque provinciale au chef-lieu de la province.
d) Une banque d'emission, constitute par les 9 banques ou unions provinciales, a Bruxelles.
« Ce mecanisme declarait Haeck, doitpermettre a chaque industriel, a chaque commercant, a chaque cultivateur, a chaque proprietaire de se procurer un compte courant en rapport avec sa solvability reelle. »
2 Fonctions de chaque organe. — L'organe essentiely dont les autres ne sont que des organes complementaires, est, dans le syst6me de Haeck, — a la difference de ce qu'il est dans celui de Proudhon et dans celui de Vidal — le sous-comptoir place au chef-lieu de canton.
V1DAL ET HAEGK 255
Le sous-comptoir permet cTinstituer le credit sur une base extr6mement solide. Quefaut-il pour que le credit soit solide ? D'abord qu'il repose sur desgaranties actuelles. Et voila une nouvelle difference essentielle avec Proudhon. Nous avons critique chez Proudhon l'id6e de monnayer l'avenir, de crediter le futur. Haeck ne tombe point dans cette erreur. II cite ce mot de Ciefezkowski (J)u cridit et de la circulation) : « ce n'est pas seulement avec un plan d'avenir qu'il faut se presenter a une institution de credit, mais avec un fonds present. » Or PappreCiation des aptitudes pr6sentes, des valeurs mobilieres et immobilieres, qui sont la garantie du pr^teur, sera d'autant mieux faite qu'elle le sera par des voisins et par desint^resses. (Test en application de cette idee, que institution de credit doit se trouver a proximite du domicile du client, de facon a savoir «si une demande de credit repose sur des hypoth&ques ou sur des hypotheses, surle passe, c'est-a-dire sur le travail accompli, ou sur 1'avenir, c'est-a-dire sur un travail a Tetat de promesse... Un etablissement qui aurait son si&ge a Bruxelles serait-il a m6me de reconnaitre si Pierre, commercant dans la province de Namur, offre la solvability voulue pour jouir d'un compte courantde telle ou telle somtne 4 ».
Voila done deux traits bien nets par ou Haeck
i. Organ, du credit, p. ^9-
256 LES SYSTEMES S0C1ALISTES D'feCHANGE
se separe de Proudhon :i°rimportance attribute a Torgane local, queVidalavaitegalementmeconnue; 2° la nature des operations du comptoir qui ne sont que des operations de credit, et sur garanties actuelles.
Voici, en ce qui concerne la constitution du sous-comptoir, un caractere par oil, au contraire, Haeck se rapproche de Proudhon et differe essentiellement de Vidal. C'est en effet sur le modele de TUnion du credit fondee a Bruxelles, en i848 r qu'est organist le sous-comptoir : il est constitue essentiellement par une association d' emprunteurs qui se mettent encontactdirectaveclespr&teurs.Il en r^sulte une bonne appreciation des solvability.. Pour obtenir quelques garanties a cet egard, Vidal avaitdu reintroduce l'actionnaire. Haeck, enlimitant Tassociation au territoire d'un arrondissement, a resolu le probleme d'interesser suflisamment chacun des associes a la bonne et sure attribution du credit. La defaillance (judebiteur entraine en effet la responsabilitedu comptoir, c'est-a-dire que chacun de ses membres participe a la perte. Le principe de solidarity fait defaut, l'execution de la promesse ne peut &tre poursuivie int6gralement sur Tun quelconque des adherents ; mais la perte n'en est pas moins une perte qui peu repartie reste sensible. Aussi T^vitera-t-on'avec soin.
L'office de canton recueille a son siege les demandes d'emprunt d'une part et les demandes de pr6t de Tautre. II applique les secondes a satis-
V1DAL ET HAEGK 257
faire les premieres. Parmi les propositions qui sont ainsi faites, par les uns de pr6ter, par les autres d'emprunter, il en est dont les conditions se conviennent imm6diatement, a la fois au point de vue du taux de Fint6r6t et au point de vue de la dur6e du pr6t. Le sous-comptoir noue alors en quelque sorte les propositions. — Mais les propositions peuvent ne pas se convenir toutes.
C'est la seule consideration qui rende utile le comptoir d'arrondissement. Celui-ci centralise celles des offres et des demandes qui, dans les divers cantons, n'ont pas pu se convenir, applique alors les unes a satisfaire les autres dans la mesure ou les conditions s'harmonisent, et transmet le surplus, soit des offres, soit des demandes, a TUnion provinciale, oil il se rencontre avec tes excedents envoyes par les autres arrondissements. — C'est ce qu'explique Haeck. « Chaque jour ou tous les deux ou tous les trois jours, periodiquement enfin, chaque sous-comptoir cantonal totalise, par ech6ance et par taux d'inter^t, les offres et les demandes de capitaux qui lui ont et6 adressees par les habitants des communes de sa circonscription ; il considere comme conclu sur place un chiffre d'affaires egal au plus petit des totaux, et il transmet le restant disponible au comptoir de Tarrondissement, comme proposition a realiser par ce dernier 4 . »
i. P. 59, a c col.
Aucuy. 17
258 LES SYST^MES SOGIALISTES D'fiGHANGE
Le comptoir d'arrondissement n'est done en definitive qu'un « bureau de compensation 1 ». De m£me Punion provinciale. « Dans chaque province, les comptoirs adressent journellement a TUnion provinciale les soldes restes disponibles de l'offre et de la demande, pour les differentes categories de capitaux que presente le marche des arrondissements : TUnion opere les compensations auxquelles la centralisation de ces soldes donne lieu, informe aussitot chacun des comptoirs du resultat, et indique les virements de fonds necessites par la conclusion de ces affaires 2 . »
On prevoit que, de m&me, la banque centrale sera le bureau le plus general d'application de l'offre & la demande ; ainsi, les capitaux des prfeteurs, drain6s de toute l'etendue du pays, affluant avec confiance, tomberont entre les mains de ceux qui precisement sont disposes a les acquerir aux conditions dans lesquelles ils s'offrent.
En resume les comptoirs, les unions provinciates, la banque centrale sont les etages d'un edifice dont les sous-comptoirs forment la base. — Ce sontceux-ci toujours quiouvrent le compte courant, qui offrent le credit dont ils ont euxm6me recu 1'ofFre, soit directement, soit par l'intermediaire des etages superieurs qui s'etendent sur un plus large espace. Ce sont eux qui
i. Compensation n'est pas ici pris dans son sens juridique. Il est pris dans le sens « d'application » d'une offre a une demande. 2. Organ, da credit, p. 63.
VIDAL ET HAEGK 289
rassurent les pr^teurs, d'abord par le soin qu'ils sont int6ress6s a apporter dans le controle et l'admission des emprunteurs, ensuite par leur responsabilit£ au cas de non paiement. Le pr6teur ne connait qu'un debiteur, le comptoir.
Ainsi, l'argent n6cessaire est aisemeht trouv6.
Ainsi, l'argent va sans augmentation de prix a celiii qui le desire. Pas un instant ne s'interpose entre le pr^teur et Femprunteur, rintermediaire inutile et onereux qu'est le banquier, qu'est la soci6te d'actionnaires. Les organes superieurs, fondes par les sous-comptoirs, ne sont que les organes de leur volont6 collective, ils n'ont qu'unefonction administrative. Les sous-comptoirs ou associations d'emprunteurs sont les v6ritables etablissements de credit.
3° Amntages. — L'avantage essentiel se resume dans cette formule : suppression de rintermediaire. Haeck a la fin de son livre, dans deux figures amusanles, a fait la comparaison entre le systeme actuel et son propre systeme. La premiere figure represente la situation actuelle : on y voit un produit A passer, pour devenir produit, et, une fois qu'il l'estdevenu, pour trouver son consommateur, entre les mains d'induslriels et de commer^ants qui recourent le plus souvent pour solder son prix a un banquier.
II en resulte que, depuis le premier travail qui le transforme jusqu'au terme de son proc&s de circulation, le produit paie plusieurs fois l'es-
260 LES SYSTfeMES SOCIALISTES D'fiCHANGE
compte au profit des banquiers et de la banque nationale.
II en r6sulte aussi que, quand les banquiers et la banque nationale restreignent plus ou moins leurs op6rations, le travail industriel et commercial est plus ou moins paralyse dans le pays.
Voila pourquoi Haeck 6crit, sous la premiere figure, cette l6gende : « Les banquiers et les actionnaires de la banque nationale, maitres du cr6dit, c'est Passervissement du travail ! »
Dans la deuxieme figure les banquiers intermediates sont remplaces par des unions provinciales, la banque nationale par la banque centrale de TUnion. Dans ce syst&me, i° les commercants, les industriels, les cultivateurs et les propri6taires de chaque region qui en sont les createurs, sont assures d'avoir un credit exactement proportionne aux garanties qu'ils offrent et, 2° les prelevements, a titre d'int6r6t, d'escompte et de frais g6n6raux seront r^duits au strict n6cessaire sans rien de plus.
« C'est le pays maitre du credit, c'est l'emant cipation du travail ' ! »
La, se trouvent indiques les deux avantages essentiels : a. Les organes de circulation reduits a
i. Nous verrons que le travail n'est en fait £mancip£ que dans une faible mesure, mais Haeck, rappelons-le, a indiqu6 les v^ritables Conditions de son Emancipation relative, dans un regime qui ne porterait pas atteinte au mode actuel de production.
VIDAL ET HAEGK 261
leur veritable role de serviteurs du travail — b. Diminution du coiit de Pargent.
Insistons un peu sur ce second avantage :
Que preleve une banque sous le nom d'escompte ? i° Pint6r6t de Pargent ; 2° la part afferente aux frais d'administration ; 3° une prime de risque ; 4° le benefice net de l'actionnaire.
i° Or ici, en ce qui concerne Fint6r6t de Fargent, il est probable qu'il y aura une reduction : en effet, a raison des garanties et des avantages de tout genre offerts par les Unions cantonales, bien peu de gens garderont leur argent et il y aura, du fait aussi qu'ils echapperont eux-m6mes a Fexploitation de Pintermediaire, et recevrontle prix integral du pr6t, une augmentation de Foffre des capitaux, par suite une diminution de leur prix.
Le taux d'autre part sera extr^mement uniforme car le marche de Foffre et de la demande dans chaque canton se confondra avec le marche de Foffre ou de la demande des autres cantons, c'est-a-dire de tout le pays.
2° En ce qui concerne les frais d'administration, Haeck fait remarquer que le pourcentage des frais g6neraux decroit au fur et a mesure de Felevation du chiffre des affaires. Or la clientele des comptoirs sera beaucoup plus considerable que ne Fest actuellement la clientele des banques. Tout le monde sera en relation avec FUnion.
3° Pour ce qui est des risques, ils seront aussi r6duits que possible, et beaucoup plus qu'ils ne
262 LES SYSTfeMES S0G1ALISTES D'feCHANGE
le sont actuellement : par suite, d'abord, de la localisation des unions cantonales: « En mature de credit ou de confiance, ecrit Haeckj &tre toujours bien*renseigne equivaut a courir peu ou point de risques du tout ; a prendre les choses au pire, les pertes possibles seront exclusivement petites, et il suffira certainement d'un pr6levement insignifiant pour y faire face. »
Ailleurs, Haeck indique que FUnion du credit de Bruxelles n'a pas perdu, depuis sa formation, plus de o fr. 12 par 100 francs ; « or, dit-il, nos unions se trouveront placees pour l'appr6ciation des garanties offertes dans des conditions infiniment plus favorables que la societe de l'Union du credit etablie au sein de la capitale. »
Autre cause de limitation des risques : ce n'est jamais que d'une fraction de son avoir reel que sera erudite chaque cultivateur, proprietaire, commeryant.
Enfin, il y aura exclusion totale et absolue de la speculation.
La prime de risque, extr^mement reduite, sera, comme tout a Theure le taux reduit de I'int6r6t, uniforme et reguliere, car les risques qui se produiront dans les conditions ci-dessus, seront, dans leur etendue, soumis a la loi mathematique des grands nombres *.
1. Cette loi joue un grand role chez Haeck (cf. Solvay) notamment en ce qui concerne le norabre des pr^ts et des emprunts dont les conditions s'harmoniseront dans chaque canton.
VIDAL ET HAECK 263
4° Le benefice net de l'actionnaire sera totalement supprime.
II semble done que ce soit avec raison que Haeck promette de meilleurs services a meilleur marche.
II est un troisi6me avantage de son systfeme qu'il entrevoit, qu'il indique seulement, mais qui semble deja, comme precedemment chez Vidal, annoncer le comptabilisme *. II relive qu'a Londres ■existe un local oil les 24 principales maisons de banque de la ville viennent regler journellement leur comptes, echanger les mandats, les traites qu'elles ont les unes sur les aulres et qui leur ont ete remises par leurs clients : « Les dettes reciproques, ecrit-il, sont a chaque seance, d'abord balances de maison k maison, jusqu'a concurrence de la creance la plus faible, puis le solde pour la balance finale est paye en billets de la banque de Londres. Gr&ce a ce proc6de expeditif et simple de regler les comptes, des paiements qui exigeraient pour chaque maison unmouvement de caisse et un numeraire considerables, se font la plupart du temps avec quelques milliers de livres. » II ajoute ensuite : « Ce systeme de liquidation pour les creances reciproques sera la regie pour les divers rouages de notre organisation du credit. Le comptoir place au chef-lieu de Farrondissement sera Clearing-House pour les unions cantonales qu'il centralise. »