I. Solvay, op. cit., p. i
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nant a ceux que frappe la depossession, des garanties au moins equivalentes a celles que donne aujourd'hui la vente publique, le bien de fait passera aux mains de l'Etat, celui-ci etant libre de le garder ou de le vendre, a charge bien entendu de bonifier au depossEdE la difference entre la valeur rielle du bien et sa valeur comptabiliste. »
Ces derniers mots semblent indiquer que le credit accorde gratuitement au gagiste ne sera pas de la valeur integrate du gage, qu'ily aura une valeur comptabiliste ou officielle du gage, distincte de sa valeur r6elle. C'est ce que M. Solvay confirme par cette note ecrite sur notre manuscrit : « La valeur immobiliere d'un pays represente 25 ou ioo fois celle que representera le total des unites comptabilistes d6livrees. Les particuliers et les banques de credit riches, comme maintenant joueront leur role envers ceux qui ne le sont pas, en surgageant au besoin les individuality productives vis-a-vis de l'Etat comptable 1 . » Gependant toute Evaluation, m^me inferieure a la valeur actuelle, du moment qu'elle n'est faite que par des fonctionnaires qu'aucun interGt personnel ne vient inspirer, nous parait incertaine, dangereuse, sinon arbitraire, et ne nous donne pas l'absolue confiance que toute perte puisse 6tre evitee a la r6a-
i . Cette observation nous parait tres importante : elle montre que c'est seulement jusqu'a concurrence d'une valeur comptabiliste, inferieure a la valeur re'elle, qu'il y aura credit gratuit, puisqu'un excedent de credit ne se delivre que sur emprunt a des particuliers d'un surcroit de gage ou d'un cautionnement.
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lisation*. L'alienation d'un produit prouve seule son utilite, confere seule une valeur. Quelle sera en l'espfece la valeur d'un produit dont Tutilite vient a disparaitre ou qui n'en a jamais eu ? Toute Evaluation, faite antErieurement a la vente, manque de certitude. Ce sont la des id£es que Texperience d'Owen, les theories de Proudhon et de Vidal nous ont d6ja permis d'indiquer.
Si, comme les socialistes dont nous avons precedemment parl£, les comptabilistes adoptent cette idee d'une valeur d'acquisition directe pouvant s'etendre a tout le patrimoine 2 , ils different d'eux, en ce qu'ils suppriment toute monnaie « manipulatrice », m£me representative, tout intermediate mobile, tout signe m6me purement figuratif d'une valeur non incorpor6e, si ce n'est une inscription de chiffres. M. Solvay ecrit : « M. G. de Greef constatait deja que toutes les tendances actuelles convergent vers ce resultat final (centralisation du credit entre les mains de TEtat) et disait que le progres se fera dans l'avenir, au point de vue de la circulation des richesses, par la suppression de la monnaie m6tallique ; nous ajoutons par la suppression de toute monnaie d'6change. »
i. M. Solvay a ecrit en marge : « Le gage comptabiliste doit se reduire comme sa valeur se re'duit. Sa valeur peut &tre mobilised. »
a. M. Solvay a souligne le mot pouvant et lent en marge : « II n'y aura pas effectivement i pour loo de cas de ce genre. » Ge qui montre que e'est seulement sur demande que la monetisation sera faite.
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C'est en s'adaptant au mecanisme du compte que le systfeme se presente a nous sous un certain aspect de v£rit6 pratique \ C'est en n*entrant pas dans les details d'application, c'est en 6crivant de haut la philosophic du systeme, que TS/L. Roche- Agussol lui trouve un air de logique et de simplicity incontestable. Le systfeme emprunte a un mode de liquidation qui fonctionne harmonieusement sa souplesse et ses avantages. II se pr6sente a nous comme l'aboutissant de toute une serie de transformations et il semble qu il constitue, comme Ta dit Tauteur dont nous parlons, un chapitre nouveau du mat6rialisme historique. Les comptabilistes se d6fendent fr6quemment d'etre des novateurs hardis. lis invoquent en leur faveur l'autorite classique de Jevons : « D&s qu'un peuple, dit Stanley Jevons, dans son livre sur lamonnaie, a fait une experience complete des avantages d'un bon systfeme de monnaie, il commence a decouvrir qu'il peut se dispenser de Temployer comme moyen d'6change, et revenir a une m6thode de trafic singuliferement analogue au troc. C'est par le troc que Ton commence et que Ton finit. » M. Gide nous dit aussi, « qu'il y a en dffet dans les procedes savants et compliques qui constituent le dernier mot du progr&s economique une curieuse ressemblance avec les procedes primitifs des soci^tes barbares... L'evolution
I. M. Solvay 6crit en marge : « Voila le vrai, le seul vrai. »
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semble prendre la forme (Tun spirale ascensionnelle. »
On reconnaitra, pensons-nous, qu'ily a quelque chose de plus qu'une « comptabilisation sociale des paiements » dans le comptabilisme. II y a a la base de cette comptabilisation tout Talea des Evaluations incertaines. Tout ce que Ton peut mettre a la place de la monnaie manque, selon nous, d'une egale solidite et d'une egale permanence 1 .
I . Il est facile de voir quels rapprochements on peut faire entre le systeme de M. Solvay et celui que developpait, a t ravers plusieurs pro jets, Proudhon en i848.
Tout d'abord, ils se ressem blent par le but ; il est de part et d'autre de suppriraer l f intermediaire de la monnaie melallique pour liblrerle producteur de la necessity d'un i er ^change qui lui est defavorable. Ils font de river les vices de la repartition non des vices de la production mais de ceux de la circulation. (Voir comment M. Solvay developpeles consequences deson systeme, loc.cit., p. lai.) Dira-t-on que Proudhon n'a pas du moins tente d'enlever a la monnaie son role d'etalon P Ce serait une erreur. Proudhon a reconnu en i855 que la suppression de ce dernier role elait impliqu6e par la suppression du rdle d'intermldiaire des echanges. Il a 6bauch6 la th^orie m&me de l'etalon id£al.
Le moyen, com me le but, est identique au fonds ; il consiste a confe>er aux elements du patrimoine individuel un pouvoir d'acquisition directe. Tout au plus peut-on dire qu'entre Proudhon et M . Solvay il y a difference de predilection a Fegard des valeurs admises a la monelisation. Proudhon monetise de preference les produits, M. Solvay de preference Pavoir immobilier. Maisle l er n'6limine pas les immeublesettous les a present gratuitement sur simple ga ran tie personnelle.
Les rSsultats sont les m£mes. L'instrument de transaction (unite 1 comptabiliste ici, bon d'echange la) constituent entre les mains de celui qui le recoit une valeur incertaine et par suite depreciable : i° parce qu'il y a incertitude sur la realite ou la valeur de realisation du gage ; a° parce que les falsifications et les fraudes sont faciles en l'absence de valeur intrinseque du signe ; 3° parce que, comme nous
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Si nous essayons de definir le comptabilisme au point oil nous sommes arrives, nous pouvons dire, en somme, qu'il est un systeme d'elimination de la monnaie envisag£e comme intermediaire des ^changes, sans 6tre cependant au sens absolu et historique du mot un systeme de re tour au troc. II n'y a pas en effet echange direct des produits, dont l'un payeraitTautre. II y a des « transactions », des achats, des ventes dont l'effet sur le carnet comptabiliste se traduit par des transferts de chiffres. De la sorte les objets acquierent bien une valeur d'6change directe mais les chiffres restent une sorte de monnaie-signe.
Rien de tout ce qui precede ne fait apparattre que le m6tal mon6taire ne conserve pas son role d'etalon des valeurs. Dans les reglements par
allons le voir, la valeur d'acquisition dc 1' intermedia ire depend du nombre des intermediates el que ce nombre n'est plus limite par la condition d'une valeur intrinseque.
On pourrait dire qu'entre Proudhon et M. Solvay il existe une difference de temperament. M. Solvay fait deliberlment appel a l'Etat pour real is er son systeme. Un systeme entierement collectiviste ne I'effraierait pas. Proudhon au contraire est un libertaire que le joug de l'Etat fait fremir. Mats en pratique, pouvait-il, quelqu'effbrt qu'il fit pour s'y soustraire, maintenir son systeme d'echange dans un regime de liberty de production ? Nous savons bien que non !
M . Solvay nous a fr6quemment reproche de ne pas tenir compte du mScanisme a l'aide duquel toutes les transactions peuvent s'operer sans que la monnaie intervienne. Rien de moins essentiel ni de moins nouveau. Proudhon qui etait un pur comptable avait parfaitement vu qu'on pouvait regler par la comptabilite les echanges, mais il avait cru plus simple de recourir a des billets mobiles. Tout mecanisme centralise emploie natureliement le procede indique par M. Solvay.
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compensation, par virements, il reste que la monnaie metallique joue son role d'6talon des valeurs.- Mais a notre avis, il n'en est ainsi que parcequ'elle continue a jouercelui cTintermediaire des ^changes. Si elle disparait comme telle, peutelle encore a servir a mesurer les valeurs ? Une premiere fois, nous avons pose nettement la question en examinant le systfeme de Proudhon^ Proudhon reconnut lui-mfime que la position etait insoutenable et parut se r^signer a determiner la valeur dans un regime de monopole. M. Solvay reconnait aussi qu'd siparer de son support materiel I'interm&diaire des e'changes, on ne peut conserver a la monnaie mitallique le rdle d'etalon. G'est pourquoi en regime comptabiliste et a tous les stadesde son d6veloppement elle cesse de jouer ce role. Nous sommes ainsi amends a envisager le troisieme caractere du comptabilisme.