W. Pareto, op. cit,. II, p
LE COMPTABILISME SOCIAL 347
Les deux fonctions sont historiquement et logiquement liees.
Conclusion.
En resume, M. Solvay poursuivait un but qui lui est commun avec tous les socialistes de rechange. II Tindique lui-m6me en d^veloppant le& consequences de son syst^me 1 : « suppression des charges fiscales qui, a l'heure actuelle, frappent plus specialement les producteurs, suppression de l'emprunt et du pr&t direct, et par consequent suppression du capital et du capitaliste de seconde main au profit des producteurs... suppression de Tinter£t proprement dit de l'argent, etc... obtention gratuite en principe du credit pour le producteur. » Ailleurs, il se donne comme ideal de realiser cette formule nouvelle de repartition : « A chacunselon sa productivity sociale 2 . » C'est pour atteindre ce dernier resultat qu'il creditait sur facultes et, non seulement sur avoir, ce qui eut exclu Touvrier et le salarie.
Mais pour aboutir a ce resultat, il suit une methode que nous croyons souverainementcriticable: il s'adresse a TEtat, il credite gratuitement, il monetise les valeurs anterieurement a leur vente T
i. Solvay, op. cit., p. iai.
a. Lettre au socialiste Anseele (fevrier 1900). La correspondence £chang6e entre M. Solvay et Anseele a 6te* reunie en brochure. On trouve cette brochure au Musee social.
348 LES SYSTfcMES SOCIALISTES D'tiCHANGE
seul signe infaillible de leur reality, il monetise m6me des facult^s dont on ne peut savoir si elles trouveront le moyen de s'exercer. Et Ton voit, par la critique que nous avons faite de son systeme, que T^limination dela raonnaie m6tallique comme intermediaire des ^changes, entrainant sa disparition comme etalon des valeurs, aboutit, par rimpossibilite de constituer un £talon ideal des valeurs, aux desastreuses consequences economiques de l'inflation monetaire. En m6me temps, 1'absence de valeur intrinseque a Tint6rieur des signes d'£change enl&ve aux transactions toutes ies garanties indispensables de s6curite.
La fixite necessaire et vainement cherch6e de Tunite de valeur impliquerait sa determination arbitrairedans un regime de production socialisee ; et de m6me impliquerait ce regime la realisation de la formule : a chacun selon sa productivity sociale. Elle suppose en effet que s'exercent sur des moyens de production sociaux des quantites de travail dont Tutilite sociale sp6cifique (productivity) leur vaut d'etre dot^esd'un coefficient differentiel de repartition.
Encore qu'il s'en defende, M. Solvay, centraliste et 6tatiste a Texces, s'accommoderait peut-6tre de cette solution collectiviste qu'implique son systeme.
Nous pourrions, en terminant, remarquer que M. Solvay a pris le parti de voiler un peu les perspectives d'avenir dont il aimait jadis a parer la
froide abstraction de son systeme. Cette remarque nous semblerait justifiie par les quelques observations de lui que nous avons eu l'occasion de reproduce et aussi par la note inedite suivante, qui nous a 6t6 remise le 6 septembre 1906, et ou M. Solvay « donne le fonds mime de ses idees actuelles ». Nous la reproduisons sans la commenter, sur que nous sommes d'avoir, sinon toujours compris, du moins aussi fidelement que possible reproduitlapensee anterieure de M. Solvay.
Note inedite de M. Solvay sur le comptabilisme.
Le principe essentiel du comptabilisme reside dans ce fait qu'il constitue un mode de paiemenU Ce mode de paiement, dans son application integrate, supprime l'emploi de la monnaie, tandis que, dans son application restreinte et transitoire, il le limite de plus en plus.
Certaines considerations sont nicessaires pour difinir le comptabilisme en tant que mode de paiement.
i° Chaque homme vivant en sociite fait usage de ce que Ton peut appeler un fonds de roulement. Pour celui qui vit au jour lejour, pour un ouvrier, par exemple, dont Tepargne serait nulle, ce fonds de roulement constitue sa fortune mime ; pour celui qui est trfes riche, qui n'est pas un homme d'af-
faires et qui vit de sa richesse en biens naturels, il n'est constitue que par une portion infime de sa fortune ; entre ces deux points extremes, tous les intermediates se prSsentent.
Le fonds de roulement est done constitue par ce que Ton doit avoir en caisse pour effectuer les paiements que Ton a couramment a faire et dont Timportance depend du genre de vie que Ton mene.
Dans Tetat actuel, le fonds de roulement est done represents par de la monnaie disponible, metallique ou fiduciaire ; il peut sembler au premier abordque les paiements en cheques, etant effectues sans intervention de monnaie, ne prSsentent point ce caractere. C'est pourquoi j'ai pense un moment que le cheque pouvait servir a representer le systfeme comptabiliste. II faut observer cependant que le cheque ne constitue qu'une delegation de paiement donnee a un banquier: le banquier paie pour le compte du delegateur avec de la monnaie qui, en somme, est cens£e faire partie du fonds de roulement de ce dernier, comme s'il etait son caissier.
Le fonds de roulement de chacun, tel qu'ilvient d'etre defini, existant soit chez le possesseur, soit chez le banquier, est done bien represents par de la monnaie disponible au sujet de laquelle il n'y a pas d'epargne a effectuer.
2° On peut se demander s'il n'y aurait pas un procede non seulement d'epargne, mais de suppression m6me de la monnaie disponible conside-
LE GOMPTABILISME SOCIAL 351
reecomme outilde la transaction etqui represente le fonds de roulement de chaque individu. Ce proced6 ne peut consister qu'en un nouveau mode de paiement.
II faut done definir des Tabord ce que e'est qu'un paiement.
a) Payer quelqu'un en monnaie, e'est, en principe, se priver au profit d'un autre, d'un certain pouvoir que Ton possede ; ce pouvoir est represents par de la monnaie. La monnaie n'est pas elle-m6me un bien dont on puisse jouir directement ; elle n'en represente que le pouvoir ; elle est un pouvoir de bien en m6me temps qu'un procede de paiement. Pour effectuer des paiements sans monnaie, il faudrait que Ton puisse faire passer de Tun k l'autre, par simple ecriture, le pouvoir du bien dont on serait possesseur et qui ne serait pas de la monnaie.
6) Or, la monnaie est un pouvoir de bien par convention ou par interposition entre le producteur ou le consommateur. Mais la fortune, elle aussi, est un pouvoir de bien puisque, en la gageant en tout ou en p&rtie, on obtient de la monnaie. La definition mSme de ce mecanisme indique le caractere accessoire de la monnaie, car le pouvoir de bien fondamental est represents par la fortune elle-m6me ; il sert de base a celui que la monnaie detient par delegation, pourrait-on dire, et seulement parce qu'elle represente de la fortune a Tetat circulant. Si Ton gage sa fortune (qui represente
352 LES SYSTEMES SOCIALISTES iyfeCHANGE
un pouvoir de bien virtuel) pour obtenir de la monnaie (qui represente un pouvoir de bien actuel) dans le but d'effectuer un paiement vis-a-vis d'un tiers, on concoit que Ton puisse aussi gager directement sa fortune en faveur d'un tiers ; dfes lors, celle-ci aura le pouvoir de bien actuel et la ndcessiti de I'emploi de la monnaie comme outil de transaction disparait. La question est done de savoir si cette conception est susceptible de realisation pratique, e'est-a-dire s'il est possible defaireconstater authentiquement que Ton gage sa fortune vis-a-vis d'un tiers, par fractions aussi petites que Ton veut, pour effectuer un paiement.
c) Le probleme est maintenant pose d'une fagon assez claire pour que Ton apercoive sa solution. II suffira, en effet, pour payer quelqu'un, de lui mettre en mains un document authentique constatant qu'on gage volontairernent en sa faveur une portion de sa fortune representant la valeur du paiement a effectuer pour que le paiement soit effectue en fait. Ici apparalt Torganisation officielle et le personnage que j'ai designe sous le nom de comptable. II est charge de recevoir les fortunes ou fractions de fortune en gage ; de d£livrer des bons a payer jusqu'a concurrence du gage offert ou des bons a recevoir ad libitum, soit en carnet, soit sur feuille volante, soit autrement ; de verifier si les paiements oht et6 reguli&rement effectues ; de noter de combien les paiements effectues et les paiements recus ont diminue ou accru le pouvoir
de chacun et ainsi de suite. Ce mecanisme peut d'ailleurs prendre toutes les formes et l'usage m6me indiquera des solutions aussi simples et aussi pratiques que celles que comportele mecanisme mon£taire.
On voit par ce qui precede que le comptabi- • lisme peut 6tre appele a r6aliser une des modifications economiques les plus profondes des temps historiques. Cependant, il faut bien insister sur ce fait essentiel que le comptabilisme n'en est luim6me qu'un mode de paiement. II ne change rien, dans aucune direction, aux rouages de la Societe economique tels qu'ils fonctionnent actuellement. Ce mecanisme de paiement peut 6tre mis en concurrence avec le mecanisme monetaire actuel sans amener aucune perturbation et cela d'autant plus que tous les artifices de la technique banquaire tendent a restreindre le plus possible, par Temploi de formules diverses (lettres de change, virements, billets de banque, etc.) la circulation de la monnaie, ce qui est une facon indirecte d'en restreindre Temploi. Le comptabilisme en resolvant la question d'une autre maniere r6pond aun besoin r6el et qui s'est deja exprime. Bien compris et bien appliquG, mis facilement et avec certains avantages a la port6e de tous, il s'y substituera graduellement. L'application ser-
Aucuy. a3
354 LES SYSTEMES SOGIALISTES D'feCHANGE
treinte du comptabilisme, en concurrence avec le mecanisme mon6taire, facilitera les transactions par V6pargne de la monnaie et conduira progressivement a Fapplication integrate qui entrainera la suppression de la monnaie.
Ce fait que le comptabilisme ne constitue qu'un mode de paiement ne peut cependant pas conduire a m6connaitre son importance. II ne touche a rien du systeme economique actuel et correspond k tous ses besoins ; il est distinct enfin de l'organisation du credit qui garde savaleurpropre soit visa-vis du systeme comptabiliste, soit vis-a-vis du systeme monetaire actuel. Mais son 6tablissement integral comporterait de telles consequences qu'il aurait un retentissement social considerable et que, sans doute, il ouvrirait une £re nouvelle plus harmonique et equilibree que la notre. Sa valeur apparait surtout si Von envisage la societe au point de vue productiviste 1 .
Ernest Solvay.
i . Tel 6tait le point de vue essentiel, dans les ouvrages ant£rieurs (M. A.).
En general, la forme de l'echange des produits correspond a la forme de la production.
Karl Mi.Ei, loc. cit.
Nous avons indique au debut de cette etude <juel en serait l'objet essentiel.
Le socialisme a n6cessairement et avant toute -chose pour but d'am^liorer les conditions de la repartition. C'est 'en vue d'assurer une meilleure repartition qu'il imagine un regime de production ou d'6change different du notre. Nous avons surtout envisage les syst£mes qui, exception faite pour le collectivisme, ont une theorie de la repartition qu'ils ne font dependre que d'un systfcme de circulation. A ce point de vue, tons excluent r usage de la monnaie metallique. Seuls, les moyens proposes pour atteindre ce r£sultat different. lis ne peuvent cependant consister que dans les deux procedes suivants :
Ou bien les socialistes proposent une [transformation du regime m6me de la valeur,determinent
356 LES SYSTEMES S0GIAL1STES D'tiGHANGE
arbitrairem'ent le pouvoir d'acquisition des produits et en organisent l'echange a l'aide de bons de papier.
Ou bien, ils essaient de revenir a des perfectionnements du troc dans lesquels les produits sont dotes d'un pouvoir d'acquisition direct et librement d6termin6, qui se mesure encore a la monnaie metallique ou a une monnaie ideale.
Dans le premier cas, la monnaie metallique ne garde aucune de ses deux fonctions ; dans le second, elle ne conserve que la fonction d'unite 6valuatrice.
Le second proced6 etait celui qui sollicilait plus specialement notre attention, parce qu'il presente le socialisme sous un aspect plus s6duisant. En apparence, il est en effet conciliable avec le maintien de la liberte.
En fait, nous avons montre qu'il supprimait ou faussait le mecanisme des prix, que par suite il compromettait irremediablement Tadaptation de la production a la consommation. Des lors lui-m&me n'6tait admissible que dans un regime d'organisation autoritaire de la production et de la consommation. Outre cette raison de technique, r6duite a ses termes les plus generaux, il y avait a la necessity dont nous parlons une raison de simple bon sens. En transformant les conditions de l'echange, on ne transforme pas les conditions de la repartition. On organise l'echange de produits rfyartis deja, et toutes les ameliorations que Ton propose
pour faire circuler les produits ne profitent qu'a ceux qui les possedent. (Test en realite des conditions de la production que dependent les conditions de la repartition. Celles-ci ne peuvent se trouver modifies que par celles-la.
En ramenant ainsi au collectivisme le systeme d'Owen, celui de Proudhon et le comptabilisme social, nous croyons avoir montre qu'il n'y a pas un socialisme de Techange independant du socialisme de la production, que tout socialisme de f l'echange est conduit par la logique de son systeme a la socialisation prealable de la production.
II n'est qu'un moyen, a notre sens, d'ameliorer les conditions de Techange sans agir sur la production, mais dans quelle mesure reduite et avec quelles precautions I C'est le systeme de Haeck, d'ailleurs presomptueux a d'autres egards,*qui nous a servi a le montrer. II s'agit cj'une amelioration de Techange par credit au travail. Mais nous avons montr6 par Tantithese du systfeme de Haeck a celui de Vidal, quelles erreurs fondamentales, sur cette question de Tamelioration des moyens d'echange par le credit, sont aveuglement adoptees par les socialistes, depuis Vidal.
A. — De Tanalyse de ces divers systemes resultent tout d'abord les conclusions critiques suivantes :
Theoriquement ou pratiquement, tous tendent h substituer la monnaie-signe a la monnaie-mar-
358 L£S SYSTtMES S0C1ALISTES D'fiGHANGE
chandise. D&s lors, tous peuvent 6tre convaincus d'avoir commis deux sortcs d'erreurs :
i° Une erreur de m6thode ;
2° Une erreur d'appr6ciation quant au resultat.
i. — Les socialistes onl commis une erreur de methode pour les deux raisons suivantes :
a) Tout d'abord, en faisant valoir les avantagesd'une monnaie-signe, les socialistes sont dans le domaine de l'imagination pure. lis ne constatent en fait aucune circulation de monnaie-signe. Nous avons dit, en effet, qu'on ne saurait consid6rer comme une monnaie-signe, au sens socialiste du mot, la monnaie de papier que, sous forme de billets de banque, de cheques ou d'effets de commerce, nous voyons circuler avantageusement.
Cette monnaie de papier ne supprime pas la monnaie mgtallique, elle la suppose. Derri&re elle, le m6tal est pr6t a apparaitre. Du papier-monnaie luim£me, on ne peut dire qu'il est une monnaiesigne au sens socialiste, car le papier monnaie est le titre de criance delivr6 par un Etat qui promet de payer en monnaie (sans determination d'echeance il est vrai). Aussi le papier-monnaie, d'ailleurs abandonne par la plupart des Etats 1 , ressource maladroite a laquelle recourentlesgouvernements sans credit, ne vaut que ce que vaut la parole de l'Etat qui l'^met.
i. Le papier-monnaie, de^aisse" par la Russie et l'Autriche, est encore employe* par PEspagne, et la plupart des R^publiques de PAmdrique du Sud.
Nulle part, en definitive, la substitution du papier a la monnaie ne se fait au detriment de la monnaie metallique, et nous pourrions refuser de discuter avec les socialistes sur de pures hypotheses, si nous n'avions la une occasion nouvelle de saisir sur le vif leur absence de m6thode scientifique et leur insouciance a l'egarddes faits 1 .
b) En second lieu, les socialistes de Techange commettent une erreur de m^thode quand ils se flattent d'instituer l'am^tallisme sans modifier les conditions de la production. On ne change pas, dans le m£canisme social, une pifece qui s'est p6niblement adaptee a l'ensemble sans disloquer tout Tappareil. De m6me qu'une organisation de la production commanderait une transformation du regime des echanges, de m6me celle-ci commande une transformation, mais prialable, du regime de la production. C'est le merite de Marx de Tavoir parfaitement reconnu.
2. — Au point de vue des resultats qu'ils escomptent, les socialistes commettent aussi une erreur. Tout socialisme de l'echange n^cessite un m6canisme collectiviste. Or le regime collectiviste de la valeur est la source de profondes injustices et d'autre part le m6canisme qu'il implique a pour
x. La monnaie-signe fut-elle th£oriquement acceptable, eut-on des exemples de sa bonne circulation, le probleme de son adoption par un Btat soul & vera it un grand nombre de questions dont les socialistes n'ont pas la moindre id£e. lis construisent dans l'abstrait. Seul d'entre ceux dont nous ayons parll, Haeck s'est pre'occupe des rapports internationaux.
360 LES SYSTfeMES SOGIALISTES D'tiGHANGE
consequence certaine d'amoindrir la productivity generale, en sorte qu'il donnerait aux hommes, m6me au sein de l'egalit6, une condition plus mauvaise que ne le fait, au sein de l'in^galite, le regime de la libre concurrence.
Hors du collectivisme, les systemes socialistes de T^change, incapablesde maintenir a la monnaie metallique 1'une de ses fonctions, quand ils lui retirent Tautre, aboutissent fatalement a l'inflationnisme, a Tincertitude des evaluations, a la faillite permanente. Rien ne vient plus maintenir l'equilibre de la production et de la consommation.
B. — Si nous donnons maintenant a ces conclusions une forme positive, nous pouvons dire :
i. — En ce qui concerne la monnaie-metallique. Elle reste essentiellement Tinstrument n6cessaire des echanges. G'est a son profit que revolution s'est toujours faite et elle ne cesse pas d'etre Tinterm6diaire indispensable, quand, enfouie dans les caves d'une banque comme elle tend a le rester de plus en plus, son ombre a defaut d'elle-m6me circule de par le monde.
Qu'a differentes epoques des erreurs aient ete commises et qu'une trop grande disproportion entre l'encaisse des banques et le papier emis par elles ait en pratique, et pour un moment, compromis le remboursement des billets en monnaie, il n'en r^sulterait qu'une chose : la demonstration
CONCLUSIONS 36i
d'une faute de la part des banques. II n'en r6sulterait pas la preuve de l'inutilite de la couverture monetaire puisque c'est l'absence de cette couverture qui dechalne la crise. Aussi les banques modernes renforcent-elles de plus en plus leur encaisse, nous 1'avons montr6.
La monnaie metallique est un instrument appropri6 a la nature imparfaite des hommes. Dotee d'une valeur propre, elle est une garantie directe et sure. Facile a manier elle permet a tous de s'assurer assez facilement de sa bonne quality. Bref, elle correspond, comme le dit M. de Foville, « aux exigences de la mentalite humaine l ». Et la preuve en est qu'elle apu convenir « a toutes les epoques, a toutes les races, a tous les etats sociaux ».
Owen, lui-m6me, disait de sa monnaie de papier qu'elle serait « une bonne et vraie representation de la richesse, si les hommes avaient ete dresses par T^ducation a l'honn6tete s ». II est done vrai de dire, une fois de plus, que les socialistes rSvent l'avenir, en Tedifiant sur la vertu, qui n'est pas de ce monde. Leur monnaie est fallacieuse et decevante comme leurs promesses.
La monnaie metallique, indispensable comme intermediaire des ^changes, constitue en outre, a titre d'etalon des valeurs, par le mecanisme des prix, Tinstrumentle plus sur de Tequilibre economique :
i. De Foville, La Monnaie, 1907, in fine, a. Millenial Gazette, a a mars i865.
362 LES SYST&MES SOGIALISTES D'fiCHANGE
a Le prix, ecrit M. Bourguin, dont les oscillations sont determines par Tintensite variable des besoins chez les consommateurs, est d'abord le regulateur de la production et de la distribution des richesses dans notre regime de concurrence individualiste \ »
On peut mfime dire du mecanisme des prix et de leur mouvement actuel qu'ils jouent le role d'une sorte de providence economique. Comme Tindique encore M. Bourguin, le mecanisme des prix incite le producteur a vendre le plus possible et a r6duire au minimum des frais de production. II le pousse par suite a rechercher tous les perfectionnements possibles dans les modes techniques de production. Mais ces perfectionnements trouves, il en resulte necessairement, par Teffet de la concurrence, une baisse du prix des marchandises. Ainsi les inter6ts des consommateurs et ceux des producteurs sont dans l'ensemble harmoniques.
Du mouvement actuel des prix, on peut dire d'autre part qu'il profite aux debiteurs, en allegeant progressivement le fardeau de leurs dettes. Par suite de la decouverte de nouvelles mines, ou de perfectionnements dans les modes d'extraction 2 , le stock mon6taire s'est accru dans les 5o dernieres ann^es plus que ne se sont accrus les besoins. En devenant moins pr6-
i. Bourguin, Systhmes socialistes, i pe £dit., p. 22. 2. V. de Foville, op. cit. Depuis 1881, il est vrai, les prix out un peu baiss£.
cieux, le m£tal monetaire a perdu de sa valeur. Ce resultat, defavorable aux titulaires d'une m6me somme nominale, peut 6tre eonsid6re comme assez heureux economiquement ; il maintient le cr6ancier, et notamment le rentier, en haleine, il aiguillonne son activite.
2. — En ce qui concerne le credit, nous concluons en disant que son organisation commerciale est la seule qui offre une r6elle securite. Qu'il se fasse sur garanties reelles, ou sur garanties personnelles, le credit ne peut 6tre donne a coup sur que par un intermediate interesse a ne pas perdre et qui prend des lorsd'extrdmesprecautions.
II en doit resulter, dira-t-on, que le salari6 r rtiomme qui vit au jour le jour, doit renoncer a l'espoir de trouver du credit. Non, car c'est alors que peut intervenir utilement la petite mutualite, la petite societe locale qui, au moment opportun, met a la disposition de ses membres les capitaux dont ils ont besoin. Ces capitaux proviennent de l'6pargne des membres ou de Temprunt k des capitalistes auxquels le groupe solidaire parvient a inspirer confiance. Sur ces petites mutualites peuvent se constituer ensuite des federations deversant des caisses riches dans les caisses pauvres l'excedent des capitaux de pr6t disponibles. C'est sur ce module que fonctionnent en France les caisses de credit agricole prevues et favoris^es par la loi du 5 novembre 1894, compl6t6es par des caisses r^gionales en 1899 (loi
364 LES SYSTEMES SOGIALISTES D'feCHANGE
du 21 mars). C'est sur ce type, faut-il le rappeler, que fonctionnent en Allemagne, avec une prosperity qui ne se dement pas, les societes federees du type Raiffeisen et du type Schultze- Delitzch.
Nous avons indique les services qu'elles rendent, moins il est vrai aux salaries, qu'aux petits commercants, aux petits industriels, aux petits cultivateurs. Elles ont, dans un pays ravage par Tusure, ramen6 le taux de l'inter6t a un niveau normal. En Italie, en Russie, la cooperation de credit rend aussi des services considerables. Qu'aux services rendus par les mutuality, s'en ajouteun autre, qu'elles puissent servirde banque a leurs adherents et que par suite du lien federatif qui les unit, elles puissent operer des paiements a distance, c'est une conciliation possible et desirable du syst&me de Haeck et du syst&me de M. Solvay.
Mais de m6me que Tusage de la monnaie de papier ne supprimait pas la base metallique de la monnaie, de m6me la mutualite de Credit ne supprime pas la Banque commerciale de Credit.
Tout d'abord, dans la mesure exceptionnelle ou elle escompte, c'est-a-dire credite a court terme, elle implique la Banque, soit qu'elle doive lui reescompter immediatement(parce qu'elle nerecueille que des capitaux de pr6t et npn des depots), soit qu'elle se borne a lui fournir une seconde signature.
Comme organe de credit a long terme, qu'est essentiellement la soci^te mutuelle, elle ne supprime pas davantage la Banque, elle la complete.
Elle rend en effet des services plus on6reux que ne le fait celle-ci, et c'est pourquoi ses services ne serout pas sollicites par ceux qui offrent desgaranties indiscutables.
La mutuality du moins, ne concentre pas encore, comme la Banque, des capitaux dont la masse permet d'etendre les operations et par suite de diminuer le profit a realiser sur chacune d'elles. Aussi son utility de fait n'est-elle point de rendre moins couteux le loyer des capitaux; elle est de penetrer dans des milieux ou ne penetrerait pas la Banque, de pr6ler sur des garanties qui paraitraient insuffisantes, de cr^diter par exemple la force de travail qui ne s'est encore acquis aucun produit.
Le service est reel d'ailleurs. II est le seul, repetons-le, que puissent attendre de Taction du credit les socialistes qui cherchent en lui le moyen d'ameliorer les conditions de Techange. Des qu'il se fait sur garanties reelles, le credit, comme Techange, suppose en effet la propriety du produit qui doit servir de gage. II suppose done une transformation du mode de production. C'est la conclusion fondamentale de toute cette etude : Le regime de la production doit Gtre transforme pour qu'une transformation du mode d'echange soit possible.
Mais cette condition de priorite logique et technique est, a nos yeux, la condamnation definitive de tout systfeme socialiste d'6change.