AO
10 ans.
10 ans.
0 an.
10 ans.
Durée des trois générations :
90 ans.
Durée
moyenne :
30 ans.
Durée des trois générations :
130 ans.
Durée moyenne : 43'/,.
(3) Dans riiistoire du domaine de Sigy dont M. Marc de Haut a retracé Thistoire, on voit bien que 10 générations se sont succédé dans la possession de ce domaine de 1445 à 1847; mais on ne peut tirer aucunement de ce fait la conclusion que la durée moyenne des générations a été de 40 ans 5 car des puînés ont pu, par suite de la mort de leurs frères aînés, hériter très jeunes de parents vieux.
Je peux citer comme exemple ma propre famille, dans laquelle il y a eu, de 1635, époque à laquelle remontent les documents, jusqu'en 18G4, époque où j'ai perdu mon père, G générations. En supposant que le premier Levasseur connu ait perdu son père à trente ans (soit en 1665 par hypothèse), la survie d'une génération a été de 33 ans en moyenne.
La sui vie comptée par les héritages peut être très différente de la vie moyenne, si les pères, ayant perdu leurs fils de leur vivant, ont eu des petits-fils pour successeurs. Ainsi, de 1643 à 1775, il n'y a eu que deux rois de France ayant régné chacun 66 ans en moyenne; mais il y a eu, pendant ce temps, cinq générations de princes qui se sont éteintes et dont la vie moyenne a été d'environ 26 ans.
Comme exemple de la différence des résultais selon le procédé de calcul, on peut citer la famille des Capclicns. Les princes, sans doute, n'ont pas les mêmes conditions d'existence que le vulgaire: ils se marient en général plus tôt et, malgré l'abondance de biens dont ils jouissent, ils sont plus exposés par l'abus des plaisirs à des causes spéciales de mort. Cependant, la longue durée de neuf siècles et demi pendant laquelle l'histoire a enregistré leur généalogie donne à cet exemple une valeur qu'aucun autre ne saurait avoir.
De l'avènement de Robert, duc de France et grand-père de Hugues Capet, élu roi en 922, jusqu'à la mort du comte de Chambord en août 4883, il y a eu, dans l'espace de 9C1 ans, deux ducs de France (dont le premier, Robert, fut roi), trentequatre rois de la troisième race et un pi'éleiidant au trône, en tout 37 princes qui ont successivement possédé l'héritage de la couronne ducale ou royale : c'est, à une très petite fraclion près, une moyenne de 26 années ou d'un quart de siècle environ, de possession pour chacun, autrement dit 26 gins pour la durée d'une génération, calculée d'après les successions.
Mais la succession au trône ne s'e^t pas toujours faite régulièrement de père en fils. Robert est en ligne directe le vingt-neuvième ancêtre du comte de Chambord (1); or, les 961 années, divisées pai' 30, donnent en nombre rond 32 ans (2), ou environ un tiers de siècle, pour la durée moyenne d'une génération, calculée d'après le temps écoulé enti e la naissance du fils héritier et la mort de son père.
Les centenaires. — Loi'squ'il y a une case vide dans l'esprit, il arrive bien souvent qu'un préjugé s'y loge ; car l'homme est ainsi fait que, n'aimant pas à avoue^^/ son ignorance, il accepte volontiers une opinion sans fondement et s'en pare plutôt que de laisser voir son dénûment.
Je crains que l'opinion que beaucoup de gens se font de la longévité des hommes d'autrefois n'appartiennent à cette catégorie d'opinions; car, si l'on avait consulté les documents authentiques que nous venons d'étudier, mais qui ont le tort d'être encore peu nombreux, d'être récents pour la plupart et connus seulement d'un petit nombre d'hommes habitués à s'en servir plutôt pour calculer des annuités que pour philosopher sur la condition du genre humain, on aurait été conduit à une conclusion contraire.
Nous pouvpns aujourd'hui affirmer, pièces en main, que la société française perd moins d'enfants qu'autrefois : on le reconnaît d'ailleurs généi'alement.
On admet moins aisément qu'il y ait plus de vieillards, c'est-à-dire qu'une plus grande proportion d'individus de chaque génération survive jusque vers l'extrémité normale de la vie.
11 faut reconnaître que l'opinion contraire, quoique sans solidité, est fondée sur une iilusion naturelle à l'homme. De môme que les vieillards, dont les sens sont
(1) De la généalogie des Bourbons on peut tirer aussi un renseignement qui a quelquo intérêt pour la démographie. De Uobert de Glermont à Antoine de Bourbon, père de Henri IV, il y a eu 9 générations de princes qui n'ont pas été rois et qui ont eu en moyenne chacun 6 enfants 1/2. Cependant, quand Henri IV est monté sur le trône, il ne restait, si je ne me trompe, comme représentants mâles de cette nombreuse postérité que le cardinal de Bourbon (mort en 1594), François de Montpcnsier et son fils, Charles de Soissons, et un comte de Garency. Donc le nombre des enfants par mariage peut être considérable sans qu'il y ait un accroissement correspondant de population.
(2) M. Vacher, calculant à peu près sur les mêmes éléments, a trouvé 32.5.
émoussës et rimogination assoupie, sont portés à répétei^ que du temps de leur jeunesse la campagne élait plus verte, le soleil plus chaud et les femmes plus séduisantes, de même ils sont disposés à penser que les vieillards étaient plus vieux; car autour d'eux ils ne voient plus d'octogénaires dont le grand âge les étonne, étant à peu près leurs contempoi-ains , tandis que, lorsqu'ils avaient quinze ans, un homme de soixante ans — (\ui\s qualifient aujourcriiui d'homme mûr — leur semblait un Nestor. Et les Nesturs n'étaient pas disposés à les détromper. En effet, si les jeunes femmes, les fdles surtout dit-on, cherchent à se rajeunir et usent de dissimulation avec le recensement pour ne pas s'exposer à entcndi'e dii'e qu'elles ont coiffé sainte Catherine, les vieillards mettent leur vanité dans la réputation opposée, et aiment souvent à se vieillir, précisément parce que c'est leur grand âge qui est l'objet de l'admiration. Les gens (jui, à l'âge de quinze ans, les trouvaient déjà vieux et qui sont devenus à luur luur des vieillards, quoique ayant toujours une vingtaine ou une trentaine d'années de moins rpi'eux, ne sont pas portés à les démentir. Il s'ensuit cpie chaque génération, prônant la longévité du temps passé, il s'établit, par celle suite d'illusions conslammenl renouvelées, une opinion qui acquiei t la force d'une doctrine.
La foi religieuse contribue à entretenir ce préjugé, parce qu'on lit dans la Bible que les premiers hommes vivaient neuf cents ans et plus (1). La Bible comple-t-elle les lunes, c'esl-à-dire les mois, pour des années ou allribue-t-elle à un même individu la durée de toute une famille vivant sous le régime patiiarcal? La première supposition est peu vraisemblable ; car on remarque deux séries, celle qui précède le déluge et qui, remontant à une haute anti(juilé, allribue plus de 900 ans à pluurs patriarches et celle qui, postérieure au déluge, réduit de beaucoup la durée supposée de l'existence et n'attribue que 175 ans à Abraham ; les nombres de la seconde série sont plus modérés; quoi qu'il en soit, le problème n'est pas du domaine de la science démogra[)hique. Les Hébreux eux-mêmes, parlant au temps de David de leurs contemporains et par conséquent de ce qu'ils savaient, attribuaient à la vie humaine 70 ans en général et 80 pour les constitutions vigoureuses (2) : c'est à peu près ce qu'on dirait de nos jours.
Il n'y a que pour les lemps voisins de nous que nous possédions sur celte matière des renseignements que la critique puisse discuter et ces renseignements ne
(1) Voici l'âge que la Bible donne à quelques-uns de ces patriarches :
Adam .... 930 ans. Malhusalem. . 9G9 ans.
Seth 91-2 — Lamecli. ... 777 —
Jared .... 962 — Noé 9Ô0 —
Ilenoch. . . . 3G5 —
Après le déluge, la duriie de la vie est en '^énévdl moins longue et va en diminuant à mesure qu'on s'appi'oclie davanlage des temps historiques :
Sem. .... GOO ans. Abraham. . . 175 ans.
Ileber .... 46i — Joseph. ... 110 —
Sarug .... 230 ~
Dans la première période, les années ne peuvent pas élre des mois, puisque Adam engendra Seth à 130 ans et que d'autres ont eu des enfants avant 100 ans (iMalahel à 65 ans). Dans la seconde période, plusieurs patriarches ont eu des enfants à 30 ans.
(2) Le psaume de David (psaume 90), dans lequel il est dit que mille ans sont devant les yeux de Dieu comme le jour d'hier qui est passé, ajoute (v. 10.) : Dies annorum nostrorum in ipsis septuaginta anni. Si autem in potentalibus^ octoglnta anni.
sont pas concluants. Dupré de Saint-Maur avoil trouvé quelques centenaires ou gens qui passaient pour tels (environ \ sur o,000 docéclés), surtout à Paris; Deparcicux, qui travaillait sur des documents plus précis, n'en a pas trouvé parmi les tontiniers, les religieux et les reli^^ieuses, et il s'arrête à 95 ans dans sa table des tontiniers, quoique dans le détail on trouve deux tontiniers qui ont vécu jusqu'à 99 ans, tandis que la table de Beauvisag(^, celles des fonctionnaires retraités et des veuves pensionnées (1) en France, celle de Finlaison sur les rentières d'Angleterre, enregistrent des centenaiies. A une époque plus récente, Duvillard, qui ne possédait que des déclarations inscrites sans vérification ï-ur des registres de [)aroisse et, par consé(juent, des renseignements dont la valeur ne dépasse pas celle d'une opinion courante, prolonge sa table jusfju'à 109 ans et compte 5 centenaires par 1,000 naissances.
En Bavière, le recensement de 1871 avait inscrit 37 centenaires; le chef du bureau de statistique, M. Mayv, fit procéder à une en(îuêle individuelle et recliei^cher, à l'aide des registres de l'état civil, la date de la naissance de ces vieillards : il s'est trouvé que la plupai't n'étaient que des centenaires d'opinion et qu'une femme seule avait vécu en réalité plus d un siècle (2).
A la même éporjue, le Canada, (\u\ jouit depuis longtenq)s du renom de longévité, a procédé à une investigation du même genre. On y citait les noms de 421 personnes réputées avoir vécu ])lus de c^nt ans. L'admiin'stration a pu reconstituer, sur pièces authentiques, l'état civil de 82 de ces personnes; sur ce nombre, 9 seulement, 5 hommes et 4 femmes^ avaient été véritablement centenaires (o) ; les plus vieux étaient une femme morte à 109 ans et un homme mort à llo ans. A un vieillard de 101 ans, l'opinion en attribuait 110 et elle faisait des cetitenaires de certains individus qui avaient à peine 80 ans. Elle donnait jusqu'à 120 ans à un vieillard qui en réalité était à 90 ans. L'administration canadienne n'a pu retrouver de documents pour contrôler le plus grand âge que la légende ait fourni, celui de 130 ans attribué à une femme d'origine française, qui passait pour être née au Canada et qui était morte dans TÉlat de New-York (4-).
Conclusions. — 11 existe des centenaires, bien qu'ils soient en si petit nombre qu'on puisse considérer, sauf de rares exceptions, l'espace d'un siècle la plus longue
(1) Ce sont les veuves qui ont le taux le plus élevé. Sur 123,435 pensionnairos décédées de 187 1 à 1879, 9 étaient mortes à 100 ans. 4 à 101 ans, 1 à 102 ans; 1,000 pensionnaires âgées de 40 ans avaient 5 chances et demie de devenir centenaires.
(2) Gesetzmdssighcit im GeseUschaflslehen, von Mayr. p. 1G2.
(3) Ces centenaires étaient morts : les hommes à l'âge de 103. 102, 113, 101, 103 ans; les femmes à l'âge de 100, 100, 109, 100 ans.
L'homme mort à 113 ans, nommé Joubert, était un cordonnier, né le 15 juillet 1704, à Gharlesbourg ; il avait été marié en 1727 et il était mort le ÏG novembre 1814 à Québec. La légende ne lui attribuait que 105 ans. l>a femme morte à 109 ans, nommée Lizotte, était née à Saint-Roch-des-Aulnais^ le 20 février 1739; elle avait été mariée en 1759 et elle était morte à la Uivière-du-Loup le 5 mars 1847 ; Topinion lui attribuait bien 109 ans. (Voir le Recensement du Canada, en 1871, t. V.)
(4) A TExposilion universelle de Philadelphie, en 187G, se trouvait la photographie d'une femme, nommée senora Ulialia, née, disait-on, à Loretta (Basse-Californie), le 7 novembre 173G, âgée par conséquent de 140 ans, mariée à 13 ans, mère de 11 enfants, un peu sourde, se portant bien et faisant encore de petites promenades. Mais aucune preuve authentique n'était fournie à fappui de cette aflirmation qui mérite, jusqu'à preuve du contraire, d'être classée dans le chapitre des légendes de la vanité ou de la réclame.
durée de la vie d'une génération. Sur ceux du temps présent, il convient de ne se prononcer qu'après la production de leur acle de naissance. Sur ceux des siècles passés, il ne faut rien affirmer (1), parce.que la légende est trompeuse, que les pièces justificatives manquent et que, lors même que l'érudition parviendrait à exhumer des archives certaines pièces de ce genre, comme au Canada, l'existence de quelques vieillards ayant passé cent ans ne prouverait rien pour la longévité moyenne d'une population. Depuis que les recensements font connaître l'âge des habitants, on a observé que e nombre des individus de plus de soixante ans a augmenté en France : c'est tout ce qu'on peut dire avec certitude, en ajoutant môme que celte proportion plus forte des vieillards dans l'ensemble de notre population a pour cause non seulement l'augmentation réelle de leur nombre, mais la diniinution relative du nombre des entants qui figurent aujourd'hui pour une quotité moindre dans le total.
On a dit quelquefois que les soins grâce aux(|uels nous sauvons plus d'enfants avaient pour effet de prolonger dans l'âge adulte de frôles existences et nuisait à la solidité de la race en contrariant la sélection naturelle (jui s'opère dans le bas âge par la mort. Nous avons traité cette question dans un autre chapitre; il suffît de faire l emarquer ici que cette débilité, si elle existe, n'empêche pas une seule constitution robuste d'atteindre la vieillesse que, par conséquent, elle ne réduit pas notre longévité et ne nous condamne pas à compter dans nos rangs moins de centenaires que nos ancêtres.
Il ne convient pas que la science se fasse l'écho des préjugés populaires; quand elle ignore, elle s'abstient déjuger. Ce qu'elle peut dire, c'est que :
l*" La durée extrême de la vie humaine ne paraît pas avoir été dans les temps passés différente de ce qu'elle est de nos jours ;
2" La mortalité des enfants ayant diminué, leur vie moyenne s'est allongée depuis le xviii^ siècle en France et dans les autres pays où il est possible de constater le fait ;
S"* La vie moyenne paraît aussi s'être prolongée quelque peu en France dans l'âge adulte pour la masse de la population;
4"" La différence est beaucoup moins sensible pour les têtes choisies que pour la population totale ;
5° Les femmes ont une vie moyenne supérieure à celle des hommes;
G" La condition sociale influe beaucoup à tous les âges sur la vie moyenne.
Tableaux.
(1) La Suède, dont les recensements par âges datent de 1750, pourrait être invoquée comme une preuve de la diminution de la longévité-^ car jusqu'en 1770 elle comptait, par 10,000 habitants, plus de ô individus ayant passé 00 ans, et, depuis 1793, elle n'en compte guère plus de 3. Mais on peut penser que la mention des âges avancés était moins exacte au début, parce que le clergé ne pouvait pas exercer un contrôle sutiisant sur des actes de naissance remontant au xvii® siècle; c'est peut-être pourquoi, depuis 1795, il n'y a pas eu diminution dans la proportion des vieillards.
Calculées par la méthode indirecte ou directe {décès yar àjes) et jp or tant sur Vensemhle de la j^oimlation
de certains lieux ou sur des têtes choisies.
PORTANT SUR l'eNSEMBLE DE I