‹ Les tapageurs: comédieChapitre 109 sur 144 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

JORDANE, LE DOCTEUR.

Docteur, je viens de chez vous. Vous avez été appelé ce matin chez madame Gardonat.

LE DOCTEUR

Oui, on s*est effrayé d'une crise nerveuse assez violente : ce ne sera rien.

JORDANE.

Je voulais à tout prix avoir des nouvelles, je suis resté dans les bureaux de Gardonat, que je voyais troublé. Il me parlait de ses affaires, auxquelles je ne comprenais rien ; je n'y avais guère la tête . Je cherchais à lire dans les yeux de ce mari, que je trompe. Il m'a demandé des signatures, il m'a demandé je ne sais quoi, j'ai tout donné.

LE DOCTEUR

Il continue à ne se douter de rien ?

JORDANE.

De rien, je vous l'affirme.

LE DOCTEUR

Il rapprendra le dernier. Soyez prudent! J'ai été appelé aussi par M. Descourtois, qui se croyait malade, le pauvre homme ! Madame Descourtois ne m'a parlé que de vous et de la société du Danube,

JORDANE.

Descourtois y a engagé de gros intérêts, je crois.

LE DOCTEUR

Pourquoi diable n'avez-vous pas nommé madame Descourtois dame patronnesse, comme tout le monde, puisque vous aviez déjà la faiblesse delà recevoir? Vous vous en êtes bien inutilement fait une ennemie et je la crois terriblement méchante. Elle sait, je le parierais, que la belle Moldave était chez le prince, et qu'elle en est repartie avec vous.

JORDANE. •

Elle se trompe. J'ai abandonné madame Gardonat au moment même où je lui jurais de la défendre; je l'ai laissée seule.

LE DOCTEUR, étonné.

Pourquoi?

JORDANE, baissant la voix.

Parce que ma femme était là î

LE DOCTEUR

Madame de Jordane !

JORDANE.

Elle était là ; pendant une heure j'ai dit follement tout ce qui me passait par la tète ; elle m'écoutait sous le masque, au bras du prince Orbeliani. C'est la première fois que je me sens ridicule et que je rougis d'une gaieté qui n'est plus de mon âge. Quant au prince»;, qui a dû

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