‹ Les tapageurs: comédieChapitre 137 sur 144 · LE PRINCE, CLARISSE · texte numérisé non relu

LE PRINCE, CLARISSE

Je n'espérais pas, madame, le hasard qui me permet de vous voir un instant seule.

CLARISSE

Vous cherchez des félicitations. On m'a dit que votre fête avait été très brillante.

LE PRINCE

Oui, madame, très brillante.

CLARISSE

Et qu'on s'y était beaucoup amusé.

LE PRINCE

Oui, madame, beaucoup. Elle a eu surtout pour moi un très vif intérêt.

CLARISSE

Je le comprends, c'est un aspect de Paris que vous ne connaissiez pas.

LE PRINCE

J'ai passé hier les heures les plus douces de ma vie. Une femme qui ne laisse voir que ses yeux et ses lèvres n'a pas à composer son visage : tout est regard et tout est sourire. Quand je vous retrouve calme et sévère, je me demande si je ne vous voyais pas cent fois mieux, hier, sous le masque.

CLARISSE

Que voulez-vous dire? Et de quoi me parlez-vous?

Je ne vous forcerai jamais à reconnaître ce qu'il vous plaira de nier ; je sais le privilège des femmes ; mais n*avezvous pas compris que je serais le plus respectueux de vos admirateurs? Je n*ai plus rien à vous redire que vous n'ayez entendu... près de moi!...

CLARISSE

Je n'ai rien entendu, je ne sais rien, et personne encore n'avait osé me tenir un pareil langage.

LE PRINCE

Madame !

CLARISSE

Si une de mes paroles ou une de mes actions pouvait vous autoriser à me parler ainsi, je les ai oubliées, et je ne vous pardonnerais pas de vous en souvenir.

Page 1