‹ Les tapageurs: comédieChapitre 142 sur 144 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

de sa femme, vous m'épargnerez à moi la honte de penser qu'on oublie tout pour sa maîtresse, jusqu'au souci de son nom.

JORDANE.

Je ne me bats, ni pour M. Cardonat, ni ptour madame Cardonat, je me bats avec le prince Orbeliani, parce que je le hais. Tout prétexte m'était bon. Si celui-là ne m'était venu, j'en aurais cherché un autre. J'ai joué, pour le prince et pour vous, un rôle dont le souvenir ne m'est pas facile à supporter. Je ne peux pas oubher... (s'arrêtant.) Ne vous méprenez pas à mes paroles. Ce n'est pas mon honneur que je défends ; ce n'est pas le vôtre, qui est au-dessus de toute atteinte. Je ne me bats avec le prince que parce que je le hais ; je le hais, voilà tout!

CLARISSE

Qui le croira? Il fallait donc attendre un prétexte meilleur. C'est M. Cardonat qu'on a insulté et M. Cardonat est le mari de la femme que vous aimez. Que ne lui devezvous pas, à ce mari complaisant ou aveugle? Je vous pardonnais tout... Je ne vous ai jamais demandé le sacrifice d'une fantaisie ; j'ai subi, seule, à mon foyer toutes les humiliations que vos succès bruyants m'imposaient, et vous m'avez toujours vue souriante!... Mais cette femme qui était là, chez moi, cette femme à qui je tendais la maki, à qui je viens de la tendre, cette femme que je n'ose pas maudire.. . parce que je la crois plus malheureuse encore que moi!... Non, je ne peux plus lutter, et devant cet effondrement de moi-même, je me demande ce qu'est la vie et ce qu'elle vaut!

Elle éclate en sanglots.

JORDANE, effrayé.

Clarisse! Clarisse! (Allant au salon.) Raoul! appelle quelqu'un!

Raoul entre.

N'appelez personne. Si vous tenez à vous battre avec le prince, si c'est à cause de moi, je vous supplie de m'épargner cette injure. Je n'ai rien à vous dire, si c'est pour madame Cardonat, que vous aimez.

RAOUL, s^élançant vers son père, et étouffant sa voix.

Madame Cardonat ! c'est donc cela? c'est pour elle, c'est à cause d'elle que tu as défendu ce banquier! Tu t'es laissé entraîner, tu n'as rien vu, tu n'as rien calculé, tu n'as rien compris, et tu t'es livré tout entier, comme tu te livres toujours !

JORDANE.

Que veux- tu dire?

RAOUL, élevant la voix.

C'est pour cette femme!... (a Clarisse.) Ah! pardonnezmoi, madame, je sens que je vous fais la plus cruelle des injures... mais songez donc qu'un instant j'ai douté de mon père!

JORDANE.

De moi! Que se passe-t-il? que dit-on? qu'est-il arrivé? je veux le savoir!... Vous vous taisez tous les deux!

RAOUL

Ton nom est compromis dans les entreprises équivoques de M. Cardonat. •

JORDANE.

Mon nom ! mon nom compromis ! mon nom peut tout défier. Cela ne se peut pas... cela n'est pas !

RAOUL

Tu es administrateur d'une société qui vole ses actionnaires.

JORDANE, foudroyé.

Moi!

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