ACTE TROISIÈME
RAOUL
Mon père!
CLARISSE, accourant.
Monsieur I
JORDANE, passant fiévreusement à la table.
Ne me dites rien. Ne me parlez pas. Je vais d'abord écrire un mot, un seul mot et ma signature, (ii écrit, laisse
le papier sur la table, se lève et vient vers sa femme.) Je VOUS demande pardon, madame : vous me disiez qu'en vous épousant je n'avais entendu vous donner que mon nom, et je n'ai pas su garder intact le nom que je vous donnais. Je vous demande pardon.
CLARISSE
Ce n'est pas moi seulement qui ai eu à soufifrir, c'est votre fils.
JORDÂNE.
Raoul 1
CLARISSE
C'est Geneviève.
JORDANE.
Geneviève I J'ai fait mon devoir I J'ai demandé la main de Geneviève à Bridier, et Bridier... (Devinant tout à coup.) Bridier ne veut pas que sa fille porte mon nom I Bridier, un ami de vingt ans... (ii retombe assis.) Bridier a cru, lui aussi, que j'étais complice. Notre existence est-elle donc si frivole et si peu consistante qu'on peut y admettre une accusation sans la discuter? Y jouons-nous si facilement avec notre honneur qu'on ne sait plus ce qu'il vaut? Et comment le saurait-on? N'ai -je pas usé ma vie dans le tapage et dans les plaisirs, sans voir les larmes que je faisais répandre autour de moi? (Se levant, à Raoul.) Que t'a dit Geneviève? Que lui as-tu répondu? Que pense Bridier?
Et toi, Raoul, et vous, madame, comment me jugez- vous?
RAOUL
Tu es toujours pour nous ce que tu as été, Thonmie le plus honnête et le plus loyal !
JORDANE.
Raoul, veux-tu m'embrasser?
RAOUL
Oh! mon père!
Il lui saute au cou.
JORDANB.
Et VOUS, madame, vous ne dites rien?
CLARISSE
Moi, je VOUS trouve assez malheureux pour vous dire ce que je n'osais pas vous dire dans les heures de joie : je vous aime de toutes les forces de mon àme 1
JORDANE, étreignant ses mains.
Clarisse! Tiens, Raoul, fais porter ce billet chez Bridier.
RAOUL, prenant l'écrit sur la table et y jetant les yeux.
« Je m'engage à désintéresser les créanciers de M. Gar- » donat. » Ah!
Le prince parait au fond. — Raoul fait porter le billet.