ACTE PREMIER
DESCOURTOIS.
En ne disant pas non...
MADAME DESCOURTOIS.
Sans me consulter ?
DESCOURTOIS.
Vous aimez toutes les situations qui me mettent en évidence.
MADAME DESCOURTOIS.
Mais là, il y aurait trop à perdre. Je vous ai pris pour votre fortune. Si vous la perdez,' qu'est-ce qui me restera ? Je vais arranger cela. Voici M. Gardonat, laissezmoi lui parler.
DESCOURTOIS.
Je suis désolé, chère amie.
MADAME DESCOURTOIS, allant à Gardonat, qui entre.
C'est bon, c'est bon. Monsieur Gardonat !
GARDONAT.
Madame ?
MADAME DESCOURTOIS.
Voilà bien longtemps que nous ne nous étions vus. Votre situation et la mienne, — la mienne surtout, — ont beaucoup changé. J'ai cru, en vous voyant entrer, ce soir, que vous alliez hésiter à me reconnaître.
CARDONAT.
Je vous ai tout de suite présenté madame Gardonat.
MADAME DESCOURTOIS.
Je vous en suis très reconnaissante, d'autant plus qu'on ne me gâte pas. Madame de Folny ne daigne pas me recevoir; ici, la glace esta peine rompue. Ge monde sévère ne me pardonne pas d'avoir épousé un millionnaire : on
dirait que c'est un vol que je lui ai fait. Mais j'y tiens, à mon millionnaire.
CARDONAT.
Vous avez bien raison.
MADAME DESCOURTOÏS.
Et je ne veux pas qu'il se ruine. Comment trouvez-vous M. Descourtois?
CARDONAT.
Très bien, parfaitement bien, c'est un homme de valeur.
MADAME DESCOURTOÏS.
Eh bien, M. Descourtois, c'est moi.
Je m'en doutais.
MADAME DESCOURTOÏS.
Il est ce que j'ai voulu qu'il fût. Ne pouvant en faire un homme brillant, j'en ai fait un homme profond.
CARDONAT.
Par quel procédé, madame ?
MADAME DESCOURTOÏS.
D'abord, il est chauve. . . pas naturellement, on le rase ; il écoute, il a l'air de comprendre, il réfléchit et il ne dit rien. Mais à la moindre crise politique, vous lirez partout : « On parlait devant M. Descourtois... et Ccnetera, et caetera, » de la question du jour. M. Descourtois n'a rien ré- » pondu. »
CARDONAT.
Je l'ai lu : ce « M. Descourtois n'a rien répondu » est énorme.