‹ Les tapageurs: comédieChapitre 30 sur 144 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

JORDANE, GARDONAT, seuls dans le salon de devant.

CARDONAT, à Jordane.

Je n'ai pas encore pu trouver le moment de vous remercier de l'hotineur extrême que vous m'avez fait...

JORDÀNE.

Ne me remerciez pas, je vous en prie.

CARDONAT.

J'ai passé cinq ans dans les provinces danubiennes, on m'a oublié, je reviens avec des projets gigantesques.

Et une exubérance toute méridionale. Je ne déteste pas ces natures-là. Si elles dépassent le but, c'est qu'elles ont de l'élan.

CARDONAT.

La conviction déborde en moi.

JORDANE.

Avec fracas. Il le faut. On juge une affaire aujourd'hui non pas à sa valeur, mais au bruit qu'elle fait en naissant. On n'a plus le temps de laisser un succès mûrir, on le force, — ça se mange en primeur. Et puis nous voulons qu'on s'occupe de nous. La faute en est à la presse, qui depuis quelque vingt ans s'amuse à fabriquer des rangées de petits grands hommes de toutes les dimensions. Chacun peut s'y caser. Il suffit de tirer un coup de pistolet à propos. C'est le règne du tapage.

CARDONAT.

Je n'aurais plus à chercher le tapage si je pouvais mettre à la tête de mon conseil d'administration un homme de votre importance.

JORDANE.

Oh ! non, non, ne me demandez pas cela, je n'ai jamais été un financier.

CARDONAT.

N'êtes- vous pas administrateur de trois compagnies?

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