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SCÈNE XIV

JORDANE, LE PRINCE, CLARISSE masquée,

puis BALISTRAC.

JORDANE, entrant gaiement par la gauche.

Me voici, prince. J'arrive un peu tard, comme c'était convenu. Les gens sérieux doivent être partis, n'est-ce pas?

LE PRINCE

Tout à fait, nous n'avons plus à garder aucune contrainte.

JORDANE.

Voilà ce que j'aime, moi. Je suis allé au Havre.

BALISTRAC, accourant par le fond.

Ahl Jordane!

JORDANE.

Bonjour, Balistrac... J'ai fait mon discours, jamais je n'ai été plus éloquent : comme je tenais à être court, je n'ai dû leur dire que des choses superbes ! Que fait-on en ce moment?

LE PRINCE

C'est notre grand comique. Il est sérieux ce soir.

Voilà le diable !

BALISTRAC.

Je voulais proposer au prince...

JORDANE, l'interrompant et regardant le programme.

Et la grande comédienne?

i20 LES TAPAGEURS

LE PRINCE

Pas encore.

JORDANE.

Trop de beaux vers, prince, trop de beaux vers. Elle va nous dire YÉléyie de VÉcorché, Il faut se faire entraîner pendant quinze jours, pour admirer ça... Parlez-moi de Muguette : « V'ià le cha... vlà le cha... via le chagrin d'Héloîse!»

BALISTRAC.

Moi, je ne comprends pas le succès de ces énormités-là.

JORDANE.

Ce raffiné de Balistrac!

BALISTRAC.

Je voulais proposer au princA...

JORDANE, l'interrompant toajours.

Vous ne voyez pas ce qu'il y a de piquant à entendre dire des choses de mauvais goût, en bonne compagnie? (Allant à Clarisse.) Pardonnez-moi, madame, j'avais cru reconnaître en vous une jeune femme... fort belle aussi, mais qui n'a ni votre distinction, ni votre élégance ; je vais prier le prince de me présenter.

LE PRINCE

M. de Jordane.

JORDANE.

Je ne sais, madame, si mon nom est arrivé jusqu'à * vous. Je vous demanderai alors de ne pas trop vous étonner du Jordane que vous voyez. C'est le Jordane de fantaisie, le Jordane amusant, le vrai Jordane. Je suis très grave chei? moi, même ennuyeux au besoin, je vous prie de le croire.

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