ACTE DEUXIÈME
BALISTRAC.
Je voulais proposer au prince d'agrémenter la petite fête par quelques plaisanteries d'homme du monde.
JORDÀNE.
Il a raison, prince, nous sommes beaucoup plus spirituels que les comédiens et les auteurs, quand nous nous en mêlons... Voulez-vous jouer quelque chose, Balistrac?
BALISTRAC.
A nous deux, ce serait superbe.
LE PRINCE
A nous trois. Je ne déteste pas ces plaisanteries-là.
Alors, un succès colossal.
JORDANE.
Colossal!... Ah! autrefois, on faisait des charades... mais c'est démodé. Je le regrette, j'y étais très fort. Un mot : Politique, par exemple. Mon premier est un homme poli : « Excusez-moi, monsieur; agréez mes excuses, madame. » Mon second : un monsieur qui a un tic... Le tic du lorgnon, le tic du chanteur inspiré, le tic du monsieur qui ne comprend jamais : a Vous dites? » -- Mon tout : la Politique. Deux chauves qui se prennent aux cheveux, deux manchots qui se montrent le poing, une chaise qui n'a que trois pieds et où tout le monde veut s'asseoir. Celui qui est assis veut raccommoder le quatrième pied, mais ceux qui sont debout l'en empêchent pour lui laisser les chances de tomber. J'avais soixante-dix allégories. Mais c'est démodé, on joue la comédie maintenant. Que joueriez-vous, Balistrac?
BALISTRAC.
Les SaltimbanqiLeSy VOurs et le Pacha, M. de Pourceaugnac, avec les accessoires.
JORDANE.
Voilà une idée.
BALISTRAC.
Nous ne dirions pas le texte.
JORDANE.
Il ne doit rien valoir.
BALISTRAC.
Rien du tout.
JORDANE.
Et puis nous ne le savons pas. (Pcenant le prince à part et
montrant Clarisse.) Peut-on tout dire?... Ah! pardon, pardon, je suis indiscret. Je ne dirai pas tout.
LE PRINCE, à lai-mèrae.
C'est madame de Jordane.
BALISTRAC.
Je vous avoue que j'avais préparé autre chose. Tescamote assez bien ; à ma préfecture, le soir, j'amusais tout le monde : je prenais un de mes sous-préfets, je le mettais sur un fauteuil et je l'escamotais.
JORDANE.
Vous feriez un joli ministre de l'intérieur, vous.
BALISTRAC.
Le fauteuil avait un truc.
LE PRINCE
Il est très drôle, M. de Balistrac, il est très drôle.