ACTE DEUXIÈME i
Vous VOUS trompez, je n*ai aucune émotion.
LE PRINCE
Vous avez un masque, madame, qui me cache votre visage, mais il ne me cache pas vos yeux, et ils sont pleins de larmes.
CLARISSE
Regardez bien, voyez-vous des larmes dans mes yeux ?
LE PRINCE
Elles y ont laissé leur éclat, et je ne sais rien de plus sacré au monde que la douleur d'une femme.
CLARISSE
Vous vous méprenez à la surexcitation nerveuse dont je • n'ai pu me défendre en sentant sous la belle humeur un peu bruyante de M. de Jordaneplus d'ironie que de gaieté... mais sa conversation me plaisait et je ne sais pourquoi vous lui avez donné un tour sentimental, il n'y pensait guère. Quant à la déclaration qu'il a bien voulu m' adresser pour votre compte, elle est bien platonique, car vous ne m'avez jamais vue et vous ne me reverrez jamais.
LE PRINCE
Voilà ce qu'il me serait impossible de croire.
CLARISSE
Maintenant, vous seriez bien aimable si vous me permettiez d'entendre un instant votre chanteur comique. Je raffole de ces chansonnettes et j'ai vraiment grand besoin de rire.
A votre gré !
Il la conduit dans la salle.