‹ Les tapisseries de haute-lisseChapitre 1 sur 12 · M D CCC LXXI · texte numérisé non relu

M D CCC LXXI

ORSQUE, il y a quelques années ,

au point de vue spécial de l'hijioire de la céramique lilloise , j'entrepris des recherches dans les riches dépôts d' archives que renferme la ville de Lille y j'étais loin de prévoir à quel entraînement je m'exposais. Il faut , en effet , l'expérience des travaux de cette nature , pour comprendre par quels attraits ils retiennent les imprudents que n'ont point rebutés les premières difficultés.

"Dans les archives , les inventaires les mieux faits , quand il exifie des inventaires ! ne sont que des guides insuffisants ; comme les poteaux indicateurs placés aux carrefours d'une forêt , ils marquent les grandes voies & empêchent le voyageur

de s'égarer; mais il faut la connaifiance des lieux & Yentboufiasme du tourijle pour se lancer à travers les taillis , par des sentiers à peine frayés.

^/Jufli dans les études archéologiques une part doit toujours être faite au hasard, &, j'oserai dire, à l'instintl du chercheur. Parfois , fi l'on ne trouve pas précisément ce que l'on poursuit, on a la bonne fortune de mettre la main sur des documents plus intèrefiants que ceux que l'on espérait. De là un plaifir & un danger : un plaisir, car l'imprévu tient continuellement l'esprit en éveil; un danger, car la curiofiié, sollicitée de plufieurs côtés à la fois , dèlaifie souvent une veine inépuisée , pour s'élancer vers des recherches nouvelles qui éloignent du but que l'on voulait atteindre.

L'efientiel eft donc, une fois la première éducation faite, de se tracer un plan nettement défini , & de le suivre avec persévérance , avec opiniâtreté.

Voici celui que je me suis imposé : Comme point de départ , examiner & lire les livres de Comptes , en extraire textuellement ce qui me paraîtrait de nature à présenter quelqu intérêt ; puis compléter les indications puisées à cette source , à l'aide des nombreux documents , résolutions , requêtes . pièces judiciaires , livres de métiers, règlements , ordonnances, e7i un mot, de tout ce qui forme le fonds ordinaire des archives. Par cette méthode, j'avais l'avantage de partir sur chaque quefiion d'un fait authentique ; un projet peut n'avoir point été exécuté, une résolution n'avoir point eu son effet; mais dans les comptes, comme le dit M, de Laborde

vu

dans l'introduction de son ouvrage « les Ducs de Bourgogne » , ce qui ejî payé ejî un fait accompli acquis à l'biftoire.

Bientôt, j'espère livrer à l'imprefiion la première partie d'un long travail puisé dans nos archives municipales ; je l'intitulerai Les Comptes de la Ville de Lille : extraits concernant les arts , l'induftrie , les coutumes locales et l'archéologie , depuis les premières années du XIVe fiècle jusqu'à la mort de Charles-Quint. En attendant cette publication, je donne aujourd'hui l'Hiûoire de la fabrication des TapilTeries à Lille ; les documents que j'ai réunis sur ce sujet m'ont paru afiez complets pour motiver une étude spéciale dans le genre de celles que j'ai consacrées à la Céramique Lilloise & à la Halle Échevinale.

L'accueil bienveillant fait à ces deux ouvrages m'a décidé à éditer cette nouvelle monographie ; c'eft l'hommage pieux d'un enfant de la ville de Lille à l'activité induftrielle & artijîique qui a fait dans le paffè l'honneur de cette cité, comme elle ejî, dans le présent , sa fortune & sa gloire.

J. HOUDOY.

Lille, 1870-

Histoire de la Fabrication Lilloise.

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