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à cens « un terrain à gauche du chemin de Nancy à Bon-Secours, pour y construire une manufacture de tapisseries en basse lisse ».

L'établissement de la maîtrise, le 15 juin 1717 (avec saint François d'Assise pour patron) achève de prouver quel développement la tapisserie avait pris à ce moment à Nancy (1).

(1) Lepage, les Archives de Nancy, t. IV, p. 183.

A côté des tapissiers spécialement attachés au service de la cour, il faut citer les entrepreneurs particuliers. J'ai mentionné plus haut l'entreprise des frères Nicolas et Pierre Durand (1699-1703). Par arrêt du Conseil, en date du 20 janvier 1715, ces artistes obtinrent une prorogation de vingt ans, mais sans privilège exclusif. Par d'autres patentes du 7 décembre 1725, ils furent confirmés dans la jouissance des bâtiments tout le temps qu'ils travailleraient à ladite manufacture. Le duc François III, enfin, confirma leurs privilèges, aux mêmes conditions, par deux arrêts en date des 19 mars 1731 et 20 septembre 1736 (1).

Nous reviendrons tout à l'heure sur cet établissement important ; il nous suffira d'ajouter ici qu'en 1732, Nicolas Durand fit aux autorités une fourniture de tapisseries provenant de sa fabrique.

La fin de la dynastie de Lorraine est marquée par un redoublement d'activité.

En 1726, Germain, tapissier, reçoit le prix du raccommodage de quatre pièces de tapisseries de Y Histoire de saint Paul (2).

(1) Lepage,- Inventaire sommaire, série B.

(2) Ibid.

En 1728, Poix, père et fils, et Lecoq, tapissiers, figurent dans les registres pour avoir raccommodé des pièces de tapisseries représentant Achille et Romulus(i).

Entre 1730 et 1733, les Jésuites de Nancy achètent 103 aunes de tapisseries fabriquées dans la ville.

Le 2 juillet 1734, des lettres patentes autorisent Jean Bellat, marchand tapissier d'Aubusson, à établir à Nancy une manufacture de tapisseries de haute et basse lisse, et lui accordent gratuitement « trente arbres chênes dans les bois de la gruerie de Nancy, pour la construction des métiers qui lui sont nécessaires » (2).

Quelques années auparavant, le garde-meuble de la maison de Lorraine s'était enrichi d'une suite précieuse de Représentations mythologiques , en huit pièces, d'après Goypel, données, le 4 février 1730, par Louis XV au duc François III. Cette suite , comme tant d'autres, se trouve aujourd'hui à Vienne (3).

Si la prise de possession par le duc François III de son nouveau duché, la Toscane (1737), porta un coup fatal à l'antique manufacture de tapisseries de Florence, créée près de deux siècles auparavant par les iMédicis, en revanche, la renonciation de ce prince à ses Etats héréditaires semble n'avoir que développé son attachement pour ses anciens sujets. On en jugera par le trait suivant: une des premières mesures de François III fut de fermer, l'année même de son avènement, la manufacture médicéenne ; on pouvait croire l'arf de la tapis-

(1) Ibid.

(2) Lepage, les Communes de la Meurthe, t. II, p. 205.

(3) Jahrbuch, p 219, 220.

série à jamais banni de Florence, lorsque, rers 1740, le même prince fit reprendre les travaux sous la direction du peintre Lorenzo Corsini : seulement, cette fois, des tapissiers lorrains avaient remplacé, sur presque toute la ligne, les tapissiers italiens. On remarque, parmi les productions de la nouvelle manufacture, une portière représentant Vulcain et deux Cyclopes (pièce de la suite des Quatre éléments), d'après un carton commandé en 1734 au peintre Bonechi.

En 1742, les métiers de haute lisse établis à Poggio Impériale, près de Florence, sont tous entre les mains de Lorrains. Ce sont des Lorrains également, Roch le jeune et Charles Depoix, qui s'occupent, au Palais Vieux, des travaux de rentraiture. Deux Lorrains enfin, Alexandre Germain (probablement le même que l'artiste mentionné ci-dessus sous la date de 1726) et Joseph Vauthier, président à ces différentes entreprises avec le titre de chefs du Garde-Meuble (1).

(1) Voir, sur la manufacture de tapisseries de Florence, mes Tapisseries italiennes, dans Y Histoire générale de la tapisserie, p. 76.

Je suis heureux, de pouvoir placer sous les yeux de mes lecteurs le texte, encore inédit, des renseignements qu'a bien voulu me fournir, au sujet des tentatives de François III, M. le chevalier Soldi, archiviste de la maison du Roi, à Florence: a Dal governo di Francesco Stefano di Lorena furono circa il 17i0 fatti venire a Firenze diversi arazzieri e diversi restauratori di arazzi Lorenesi ; mentre i primi ebbero officina nella suburbana Villa di Poggio Impériale, per tenerli separati dagli arazzieri fiorentini, che l'avevano in città presso laPiazza san Marco, gli altri, cioe i restauratori, lavoravano in Palazzo Vecchio. In oltre, codesti arazzieri e restauratori di arazzi Lorenesi erano pagati a lavoro, ricevevano il lavoro stesso e lo rimettev ano ad Alessandro Ger-

François III , d'ailleurs , paraît avoir eu en vue l'achèvement de quelques suites, antérieurement commencées, plutôt qu'une reprise sérieuse des travaux; en 1744, les ateliers furent de nouveau fermés, et personne depuis n'a songé à les rouvrir,

main, Lorenese egli pure, e capo délia guardaroba di Lorena in Firenze ; e dipingeva i cartoni per l'Arazzeria (probabil-, mente dei Lorenesi) un Girolamo Costner. »

a Rapporto agli arazzieri ed ai restauratori o rimendatori di arazzi Lorenesi, che lavoravano per la Guardaroba di Corte ai tempo del granduca Francesco, posso aggiungerle : 1° che Girolamo Costner dipingeva i cartoni esclusivamente per detti Lorenesi, montre per gli arazzieri fiorentini prestava opéra per ordinario il pittore Lorenzo Corsini. 2° Che Alessandro Germain , quantunque capo délia Guardaroba Lorenese dipendeva anch'egli, corne dipendeva l'arazzeria, da un Giuseppe Vauthier, pure Lorenese, e capo délia Guardaroba générale. 3° Che gl'arazzieri fiorentini lavoravano in basso liccio ed i Lorenesi in alto liccio. 4° Che tra i restauratori di arazzi Lorenesi dal 1739 al 1741 mi appariscono Roch le jeune e Charles Depoix. »

Mais revenons à Nancy, où, dans l'intervalle, Stanislas Leszczinski (1737-1766) a pris possession du trône.

La manufacture des Durand est toujours en pleine activité. Pierre étant mort, François, fils de Nicolas, lui succède. Nicolas meurt à son tour en 1755, à l'âge de 91 ans. Son acte de décès nous apprend qu'il était natif de Nancy, paroisse de Saint-Sébastien (1). A côté de François Durand, nous trouvons son gendre et associé, Sigisbert Mathieu.

En 1766, les chefs de la manufacture, inquiétés par les teinturiers, qui avaient obtenu, en 1762, des privilèges spéciaux, réussirent à faire confirmer les arrêts antérieurs, « pour par eux jouir des privilèges, franchises, exceptions et immunités attachés à ladite manufacture de tapisseries, tours de lit et bergames de laine, tant et si longuement qu'ils la feront travailler par euxmêmes, avec permission de teindre les laines et fils qu'ils emploieront dans leur manufacture (2) ».

Charles Léopold Andreu de Bilistein, dans Y Essai sur le duché de Lorraine et de Bar, publié à Amsterdam en 1782, caractérise comme suit les productions de l'éta-

(1) Lepage, les Archives de Nancy, t. III, p. 335.

(2) Lepage, les Communes de la Meurthe, t. II, p. 197.

blissement fondé par les Durand : « Nancy a une manufacture privilégiée de tapisseries de laines du pays. Elles ne manquent ni de goût ni d'agrément; elles sont de grande durée et d'un prix modique. Nos pères les estimaient beaucoup, s'en étant contentés pendant longtemps. J'ignore s'il yen a jamais eu d'exportation; mais je suis étonné qu'on en voye si peu dans la province, où il n'en manque pas de plusieurs sortes, comme bergames, points de Hongrie, verdures, hautes et basses lices de France, de Beauvais et de Bruxelles et enfin des Gobelins. Il est à souhaiter que le goût se porte davantage sur cette manufacture, que l'aisance, généralement répandue, en rende la consommation plus considérable. Les entrepreneurs deviendroient en état d'améliorer les fonds et les desseins: le débit les indemniseroit largement des nouveaux fraix, sans augmenter le prix des ventes. Au lieu d'un emplacement, il en faudroit deux à trois, où, au lieu de 80 à 100 ouvriers, le nombre monteroit de 200 à 300. Nous ne manquons pas de consommateurs, mais leur idée les porte à des choses étrangères, dont la supériorité consiste souvent dans le prix. Je voudrois qu'on se fît un devoir patriotique de meubler ses appartements de tapisseries nationales, dont on donnât soi-même les desseins et les goûts, ses armoiries, sa généalogie si l'on veut, pourvu qu'on en use. C'est un grand moyen pour les perfectionner et en espérer l'exportation. »

Les tapisseries de laine et fil, sorties de- la manufacture des Durand, furent presque les seules employées pour la décoration des appartements, et môme par les seigneurs dans leurs hôtels et leurs châteaux, jusque vers le milieu du siècle; à ce moment, les tentures de

Flandre et d'Aubusson prévalurent dans la décoration des appartements des personnes riches, tandis que celles de Nancy furent réservées à la bourgeoisie, qui n'en possédait pas auparavant (1).

Aussi Durival fut-il forcé de constater, dans son ouvrage publié en 1779, que la manufacture nancéienne avait beaucoup perdu de son activité.

A la même époque, en 1779-1780, nous voyons encore confirmer l'« acensement du bâtiment situé au-dessus des srrandes Boucheries de la ville neuve de Nancv, servant à la manufacture de tapisseries » (2) ; puis on perd de vue cet établissement, qui, certainement; ne survécut pas aux orages de la Révolution.

L'état des arts, métiers et professions et indication du nombre des personnes qui les exerçaient en l'an IX n'indique plus, pour le département de la Meurthe, que treize maîtres tapissiers et deux compagnons, et encore faut-il comprendre, dans ce nombre, des artisans qui n'avaient rien de commun avec les basse ou haute lissiers (3).

Que reste-t-il, aujourd'hui, de la production si considérable des ateliers nancéiens ? A ma connaissance,

(1) Lionnois, Histoire des villes vieille et neuve de Nancy, depuis leur fondation jusqu'en 1788, t. III, Nancy, 1811, p. 28, emprunté presque textuellement à Durival : Description de la Lorraine et du Barrois, t. II, Nancy, 1779, p. 30#

(2) Lepage, Inventaire sommaire, série B.

(3) Statistique générale de la France. Mémoire statistique du département de la Meurthe, par Marquis. An XIII. Tapissiers de haute et basse lisse, à l'aiguille, rentrayeurs, meublans, de peau, de lisières.

en dehors des suites conservées à Vienne, on serait embarrassé de citer une seule pièce se rattachant, d'une manière certaine, à la capitale de la Lorraine. M. Auguin, qui décrit plusieurs tapisseries exposées à Nancy, en 1875, n'en mentionne aucune qui soit de fabrication indigène (1). Puisse le problème, tel qu'il se pose aujourd'hui, solliciter l'attention des érudits lorrains et provoquer des recherches nouvelles auxquelles je serai le premier à applaudir (2).

(1) i81S. Exposition de Nancy. Impressions et souvenirs, p. 96.

Un membre distingué de la Société lorraine d'Archéologie, M. Morey, a vu, il y a quelques années, dans la maison n° 10 de la rue des Quatre-Eglises, à Nancy, une salle entièrement tendue de tapisseries assez grossières, ornées de sujets de bergerittesy comme, à l'origine, en représentaient les papiers de tenture, et qui provenaient, diton, de la manufacture de cette ville. On doit, suivant M. Morey, attribuer la même origine aux tapisseries désignées sous le nom de verdures, très communes en Lorraine, ainsi qu'à celles, à fleurs variées et même à sujets, telles que les fables de La Fontaine, qui recouvrent de vieux fauteuils.

(2) La première esquisse de ce travail a paru dans la Chronique des Arts. Nous la réimprimons aujourd'hui avec de nombreuses additions.

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