LES ENFANTS JOUANT ET LES GROTESQUES
asari raconte, dans la vie de Jean d’Udine, que cet élève de Raphaël peignit pour Léon X des cartons, des dosserets et des tentures d’appartement; que ces cartons furent tissés dans les Flandres ; enfin qu’ils ornaient, de son temps encore, le palais du Vatican. On y voit, ajoute-t-il, certains enfants qui jouent au milieu de festons ornés des emblèmes de Léon X, ainsi que divers animaux pourtraits d’après nature. Ces tentures, déclare en finissant le biographe, sont une oeuvre
sima ». Quelque formel que soit rain, l’invention des Enfants siècle jusqu’à nos jours, à peu à Raphaël lui-même, attribuinstant l’examen, suivre notre investigation, que gnalé par sa participation à Apôtres , la Pêche miracudoute possible, les coquillages et les trois grues du premier plan, ainsi que les poissons accumulés dans les deux bateaux.
En entreprenant d’illustrer les jeux de l’enfance, Jean d’Udine ne faisait que développer un thème cher à son maître: Raphaël ne comptait qu’une quinzaine d’années que déjà il se plaisait à célébrer l’âge dans lequel s’incarne le printemps de la vie: tour à tour il mettait en scène le bambino divin, tantôt grave, tantôt caressant, tantôt mutin; puis des « putti », dans toutes les situations imaginables: les uns, acteurs principaux dans quelque idylle, les autres servant de figures décoratives destinées à relier les différentes parties d’une composition. Le Livre d’esquisses de l’Académie des Beaux-Arts de Venise, que je persiste à attribuer au Sanzio, d’accord en cela avec une foule de connaisseurs autorisés, en déroule devant nous un grand nombre, en croquis rapides, parfois encore inexpérimentés.
Plusieurs pièces de la tenture des Enfants jouant ont figuré au Vatican jusqu’à la Révolution : à ce moment elles ont toutes disparu, sans qu’il soit possible d’en retrouver les traces.
•des plus belles : « cosa rarisce témoignage d’un contempojouant a été, depuis le xvi e près universellement attribuée tion qui ne soutient pas un Rappelons, avant de pour- Jean d’Udine s’était déjà sil’un des cartons des Actes des leuse, où il avait peint, sans
Devise du Pape Léon X. — (D’après Paul Jove.)
Heureusement, dès le xvn e siècle, le pape Urbain VIII, craignant pour la conservation de cette suite précieuse, chargea le peintre Pietro-Paolo de Gubernatis de copier les Enfants jouant,
au prix de 120 écus Ces copies devaient aux tapissiers de la ficale. Pour une autre, une seconde série fut commanmanelli, qui y traitées (1637-1642).
transportés sur le sier Jacques délia la mort de celuiet successeur Gas- II résulte du documents conser-
Les Enfants jouant (I). — (D’après la Gravure du Maître au Dé.)
romains ( 1 633) .
servir de cartons manufacture ponticause ou pour une copie de la même dée au célèbre Rovailla plusieurs an- Ses cartons furent métier par le tapis- Riviera, et, après ci, par son gendre pard Rocchi \ témoignage des vés aux Archives
d’Ètat de Rome que les Enfants jouant comprenaient, à l’origine, vingt pièces, et non pas cinq seulement, comme on l’a longtemps cru 2 .
C’est à reconstituer cet ensemble si intéressant que je m’appliquerai ici. Je m’aiderai soit
de gravures et de soit d’une suite ries appartenant à Mathilde, suite pas permis d’en pie exécutée par bain VIII, soit encontenues dans les ciens du Garde- Voici l’indicasenté sur chaque servations auxquelcompositions don- I. — Un A-
Les Enfants jouant (II). — (D’après la Gravure du Maître au De.)
dessins anciens, de huit tapisse- M me la Princesse identique, il n’est douter , à la coordre du pape Urfin des mentions inventaires an- Meuble pontifical, tion du sujet reprépièce, avec les obles les différentes nent lieu :
mour couronné te-
nant le sceptre et les clefs, tandis que deux autres Amours lui offrent un plateau chargé de pièces d’or.
1. — M. Ruland, dans son excellent catalogue des reproductions d’après Raphaël, conservées à Windsor Castle, ne mentionne que les gravures du maître au dé, un dessin de la collection royale de Dresde, un autre de la collection W. Russell, et enfin un dessin de la collection Wellesley à Oxford, attribué à Raphaël, mais, en réalité, de Jules Romain : des Amours tendant une guirlande sur une balustrade. ( The Works of Raphaël Santi da Urbino as represented in the Raphaël Collection in the Royal Library at Windsor Castle , p. 2 5 8. Londres, 1876.)
2. Pour de plus amples details sur les Enfants jouant, je renvoie le lecteur à mon Histoire de la Tapisserie en Italie, pp. 26- 28, 49-5 0.
Dessin de l’École romaine. — Musée de Rennes
Par un Artiste du xvii c Siècle. — Ancienne Collection Paliard