CHAPITRE IV
Tapisseries confectionnées à Tournai.
Nous avons indiqué dans notre avant-propos trois périodes bien distinctes pour la production des tapisseries de Tournai, périodes que nous avons retrouvées dans l'aperçu historique et dans l'étude de la fabrication de nos tentures.
La première, antérieure au XVe siècle, montre les débuts de cette industrie et ses produits encore peu déterminés; la seconde qui comprend le XVe et la première moitié du XVIe siècle est la grande époque de la fabrication; la troisième enfin, qui s'étend du milieu du XVIe siècle aux premières années du XVIIIe siècle est une période de décadence.
Tournai, rivale d'Arras, dès la première moitié du XVe siècle, prit, à la destruction de cette ville par Louis XI, la place qu'elle avait occupée jusque là dans le commerce des tapisseries. Bruxelles qui devait à son tour supplanter Tournai, dans La première moitié du XVIe siècle, était alors à ses débuts. C'est donc tout particulièrement des produits de la seconde période, la belle époque de fabrication à Tournai, que nous nous occuperons dans ce chapitre.
Chose étrange, nos artisans ont confectionné et vendu un nombre considérable de magnifiques tentures, dont l'existence est constatée par des actes authentiques; mais tandis que ces documents abondent, les œuvres reconnues et conservées de nos tapissiers sont d'une rareté insigne. Malgré l'excès démarques de maîtres et de fabrique prescrites par les règlements, marques qui ont disparu très rapidement il est vrai, nous en avons donné les causes, il ne reste pas une pièce qui dans le champ du sujet ou à l'intérieur de la bordure porte une signature ou marque tournaisienne authentiquement connue; très peu portent cette marque à l'extérieur de la bordure, où d'ailleurs elle était exposée à disparaître fort vite ; nous ne connaissons qu'un spécimen de ce genre, il figure au musée de Tournai et nous le décrirons plus loin. C'est donc par les documents d'archives et les inventaires que nous sommes arrivés à restituer à nos ateliers le plus grand nombre de leurs productions.
Que sont devenues ces tapisseries ? Bien qu'on en connaisse peu jusqu'ici, elles doivent être encore nombreuses, nous en sommes convaincu ; elles se retrouveront principalement parmi les belles séries conservées dans les églises et dans les musées de France, car ce pays fut le grand marché des tapisseries de Tournai, ville française à l'époque brillante de sa fabrication. On reconnaîtra d'ailleurs assez facilement nos produits parmi ceux d'Arras et de Bruxelles, les seuls avec lesquels on pourrait être tenté de les confondre.
Les tapis de Bruxelles en effet ont peu pénétré en France, et d'autre part ils sont faciles à reconnaître parce qu'ils sont presque toujours signés et marqués à l'intérieur de la bordure; ceux d'Arras, d'autre part
étant antérieurs aux nôtres, se distinguent par leur caractère franchement gothique.
C'est là, c'est parmi ces superbes séries que Tournai doit retrouver et revendiquer les œuvres de ses artisans. On en trouvera plus loin que nous avons restituées à nos ateliers, mais combien n'en reste-t-il pas encore à reconquérir. Pour ne citer qu'un exemple, est-il admissible que dans les centaines de pièces conservées à Paris, au musée des Gobelins, au Garde-meuble, au musée de Cluny, etc., il n'y en ait pas une qui soit originaire de Tournai? Cependant les inventaires de ces musées n'en signalent aucune expressément, et leurs conservateurs, à la science et à l'obligeance desquels nous avons fait appel, n'ont pu nous en renseigner aucune!
Presque tous les articles repris dans le catalogue qui suit sont extraits de documents reposant aux archives communales de Tournai, ou d'autres semblables dépôts. Leur existence est donc prouvée d'une manière indiscutable par l'authenticité des titres qui les relatent. Pour les autres nous avons indiqué avec soin les sources auxquelles nous les avons puisés.
A côté des pièces authentiquement connues comme tournaisiennes, nous avons décrit celles que des raisons sérieuses nous font considérer comme telles, de manière à présenter un tableau aussi complet que possible de notre fabrication ; il n'offrira cependant encore que trop de lacunes, nous en avons la certitude, mais nous espérons que les documents nombreux que nous donnons dans les pages qui précèdent et dans le
présent catalogue aideront à retrouver un certain nombre de pièces jusqu'ici indéterminées.
XIIIe SIÈCLE.
1 — 1278. As Beghincs des Prêts un des dras ki tendent en me cambre pour mettre deseure leur autel. (Testament Anies Wisse) (î).
xiv,; SIÈCLE.
2 — 1311. - Je donne à Ysabiel, femme de Jakemon Pourrait le cordewanier, une bourse sarazinoise. » (Testament de Marie de Velevaing.)
3 — 1316. Je donne à le suer Lotart de Bailli; un drap là u li Souffrance de Nostre Seigneur est (2). (Testament de Sainte Glachons, béguine.)
4 — 1335. Je donne pour l'ame de mi et pour l'ame de men marit, pour Dieu siervir, ij coussins de mousset à oisiaus (3) pour séir sus ou canciel de le paroce de le Magdelaine. (Testament Jeanne d'Estampes, veuve de Jehan le Patrenostrier.)
5 — 1340. « Je donne à l'ospital du Bruille j couvretoir à lionciaux rouges et gaunes. » (Testament de Watiers Horelore.)
( 1 ) A défaut l'indication contraire les pièces citées reposent aux archives de Tournai.
(2) C'est-à dire une tenture représentant la Passion.
(3) Plantes et arbustes avec des oiseaux.
6. — Avant 1343, époque de sa mort, le cardinal André Ghiny donna à la cathédrale de Tournai * deux » beaux tapis ouvragés d'or et historiés. »
Mgr Voisin, qui cite ce fait dans sa notice sur les tapisseries de la cathédrale, ne fournit pas d'autres détails sur cette donation.
7 — 1345. « Item je donne as frères de S. Augustin - ii carpitres escuchonnées pour mettre devant leur » grant autel as jours solempnels. - (Testament de Mehaut de Waudripont.)
8 — 1345. « Je donne à ij perroches de Tournav vj vers coussins à papegais. - (Testament de Katérine Musielle, veuve de Jehan Descaut.)
0 — 1346. * Je donne à Katherine, suer Ysabiel de Lannoit, x coussins dont li vj sont gaunes à noirs lions, et li autre bar et. » (Testament de Jeanne Colemers, veuve de Diérin Pourret.
10 — 1350. * Deux douzaines de coussins sarrazinois. - (Compte d'exécution testamentaire Jehan Danechin.)
1 1 — 1350. - Je donne à me suer j petit couvretoir cler bordet de rouge et semenchiet en le bordure de escuchons de Flandres. - (Testament de Willaume dou Kesne.)
12 — 1353. « Je donne à Jakèmes, men fil, une kieulte-pointe de cendal gausne armoyet des armes dou Park, et mes carpites armoyés des armes dou Park et de Hellemmes, et iiij vers draps de siège
armoyés de ces meismes armes; item, ij douzaines de coussins armoyés des armes de Hellemmes. » (Testament de Jehane dou Park, veuve de Jakemon de Hellemmes et de Gillon Mouton. j
13 — 1356. « Deux carpitielles ouvrées de haulteliche escuchonnées ; deux dras de siège d'œuvre sarrazinoise de xx aunes de lonc; une douzaine de coussins d'œuvre sarrasinoise. » (Compte d'exécution testamentaire de la veuve Mahieu de Maire.)
14 — 1360. Deux douzaines de taies de haulteliche et les parges. (Compte d'exécution testamentaire Colart Hokait.)
15 — 1361. « Je donne à demiselle Catherine, me sereur, femme Roghe de Noyelle, v fuellais de coussins ouvrés de œuvre sarasinoise. » (Testament de Marie de Néchin, béguine.)
16 — 1363. « Ung couvretoire en haulteliche sous œuvre de camocas ; xii coussins de parge en hauteliche. » (Compte d'exécution testamentaire Ysabiel le Clauweteresse.)
17 — 1364. « Je donne à Jehan Maket, mon exécuteur, ij draps de banquier ouvrés à escus des armes de Flandres. « (Testament Jakèmes dou Casteler, prêtre.)
lg — 1365. Un drap de kevech sarrazinois ouvret. » (Compte d'exécution testamentaire Jehan dou Park.)
19 — 1381. « Six coussins d'œuvre de Tournay, xxii sous. (Compte de tutelle Gallet.)
20. — Sire Henry Prevos donne le 30 septembre 1385 à leglise Saint-Piat « quatre draps de haulte- » liche lesquelz il avoit accoustumé de prester pour » parer lad église, par condicion que iceux draps ne » fuissent vendus ne enwagiet, mais demorassent à » lad. église pour parer icelle en la manière accous- « tumée tant que durer poront.
» Et avecq ce donna et laissa un aultre drap piers * armoyet de ses armes pour parer le grant autel de » laditte église (i).
Le testament d'Henri Prevos, empris le 15 juillet 1386, fournit un détail curieux sur la nature du drap qu'il donna pour orner le maître-autel « je donne, » dit-il, à l'église S. Piat mes couvertures de cheval r> qui sont de drap, pour parer le grand autel d'icelle » église. r>
21 — 1300. - Une chambre vermeille à papegais
contenant iiii pièces. » (Compte d'exécution testamentaire de Jehanne Polet.i
22 — 1392. « Un vollekin de haulteliche, xii sous; une jaque de haulteliche x s. iiii d. » (Compte d'exécution testamentaire de Jehan Darras.)
23 — 1392. « Deux draps de Tournai » loués par les magistrats de Bruges (2).
24 — 1400. « Item, je vœl et ordonne que Valen-
(1) A. de la Grange. Obituairc de la paroisse Saint-Piat nn 17.
(2) Voir p. 213.
tine et Catron, mes ij filles, aient sys coussins qui sont ouvrés de hautelice à hommez sauvages, lesquelz don Jehan Bernars, leur oncles, que Diex pardoinst, leur donna quant il s'en ala à Rome. »
(Codicille de Sainte Gahide, dite de Moussin, veuve de Piérart Bernart, fait le 25 octobre 1400, empris le 28 du même mois.)
25 — 1400. « A Jaquemon son frère, une espee, une buvette et un jaque ouvrée de haute liche. » (Testament Jacques de Lannoit.)
XVe SIÈCLE.
26 — 1401. « Un drap gaune d'oeuvre de hautelice xv s. (Compte de tutelle le Marissiel.)
27. — 1402. Citons ici, mais pour mémoire seulement les tapisseries d'Arras, offertes par Toussaint Prier à la cathédrale de Tournai en 1402; elles donneront une idée de ce qu'étaient les tapisseries de Touinai à cette époque.
27 — 1403. « Item je donne audit Jacques de Hellemmes mon neveu iiii pièces de carpitres armoyés
des armes des Gargattes que je ai accoustumé a prester à Saint Nicaise, Sainte Caterine, Sainte Marguerite et Sainte Aimé à nostre Dame.
r> Jy voel et ordonne que ledit Jacques soit tenu de prester lesiis dras asdites esglises comme je ai fait de piecha.
» Item je donne à demisielle Marie Wettine, v piè-