A.STE SUZANNE
iy P. Marmottan, à Paris.
Un des motifs de décoration est l'emploi de mots et de lettres sur les vêtements des personnages et dans le pavement des salles. Outre les banderolles avec texte, on trouve encore le nom de quelques personnages et en particulier cejui de Suzanne, écrits en travers d<1 leurs Yrtemont^.
Les tentures sont en laine, d'un grain assez gros avec quelques rehauts de soie.
Mutin, el c'est ici que la chose nous intéresse particulièrement, MM. Marmottan et Quiffrey'sont bien près de les déclarer d'origine to uraisienne.
Et de fait cette origine nous paraît certaine. Les tapisserie^, qui portent les armes de Cirey et de .lacqunt, deux familles de lînurgogne, semblent n'avoir pas quitté ce pays où elles ont été retrouvées récemment. Ces armes qui rappellent une alliance datant de la fin du X\T si<vle n'ont ccrtainenn-nt pas été faites en même temps que le travail général des panneaux et doivent avoir été ajoutées après coup. Le style de l'enfant tenant les banderoles avec la devise, tout autre que celui des personnages de l'histoire de Suzanne, et franchement renaissance, alors que ceux-ci sont gothiques, ne peut laisser de doute à ce sujet. C'était une pratique courante que d'ajouter sur les tapisseries les armoiries de celui qui en faisait l'acquisition. Bien plus on changeait souvent, sur une pièce, les armoiries qui s'y trouvaient pour les remplacer par d'autres. Nous en avons vu plusieurs exemples. (V. pages 62, 176.) (1).
(1) On peut encore citer le suivant : les Consaux voulant offrir une tapisserie A la femme du gouverneur (monsieur de Mellos?) font raccommoder ledit tapis, c'est-à-dire y font placer de nouvelles armoiries; ce sont les religieuses dp Sion qui se eharpVent de re soin. (Consaux du... octobre 1642).
Cette objection écartée, et à ne considérer que les tentures elles-mêmes, on est tout d'abord frappé par le caractère général de la composition qui indique l'art flamand, et sous ce nom, lorsqu'on parle de tapisseries il faut entendre l'art tournaisien nous l'avons démontré plus haut.
Mais ce caractère dit flamand n'est pas le seul qu'on observe dans les tentures.
Un sentiment plus délicat, plus recherché, indique l'influence française; or, Tournai est au moyen-âge le seul centre de fabrication de tapisseries où ces deux caractères peuvent se trouver confondus. Ville française, enclavée dans la flandre et siège épiscopal de ce dernier pays, elle possède un système artistique où se* mêlent d'une façon harmonieuse le réalisme flamand et l'idéalisme français.
Les détails de la composition viennent en outre confirmer cette attribution.
Les légendes sont écrites sur de larges banderolles, dans le haut des tentures, comme celles de l'histoire d'Esther à Nancy, et conformément à ce que stipulent certains contrats dont nous avons parlé. Ces légendes sont en français. L'emploi de cette langue sera évidemment un des éléments permettant de déterminer une origine. Pas la plus légère faute dans ces textes ne trahit qu'ils auraient été tracés par une main flamande; certains mots, au contraire, certains détails d'orthographe, la forme même de quelques lettres trahissent une origine tournaisienne. D'autre part aucune ville de langue française autre que Tournai ne fabriquait à cette époque.
Le nom des personnages écrit auprès d'eux ou en travers de leurs vêtements; des mots dénués de sens,
des lettres assemblées au hasard pour former une garniture à leurs vêtements et aux pavements des salles, sont encore des indires d'origine tournaisienne, ville où cet usage a été constant (voir page 201).
Enfin les colonnes et les arcatures en métal qui séparant les diiIV-rents sujets, rappellent une autre industrie tournaisienne, la dinander ie, si prospère au moyen-âge.
Les tapisseries de Suzanne ont un air de parenté indiscutable avec celles de Reims et de Nancy, MM. Marmottan et (iuiiïrey le déclarent et nous sommes bien loin de le contester, car certaines au moins sinon toutes les tapisseries conservées à Nancy sont tournaisiennes et nous croyons pouvoir affirmer que celles de Reims le sont également.
Enfin nous croyons avoir assez souvent signalé au cours de cette étude les rapports entre Tournai, la Bourgogne et la Champagne, au point de vue de l'industrie qui nous occupe, pour qu'il soit très vraisemblable que la plupart des tapisseries trouvées dans ces provinces soient d'origine tournaisienne.
Nos contrées et en particulier Tournai ont fait avec ces pays un immense trafic au moyen- âge. Chaque jour des découvertes nouvelles montrent qu'il en fût de même au point de vue artistique et signalent l'abondance des œuvres d'art qu'y ont envoyées nos peintres et nos sculpteurs. La part de nos tapissiers ne fut pas moindre.
M.GuilVrev a bien voulu nous autoriser à reproduire la planche ci-contre, extraite de la brochure qu'il a consacrée à V Histoire de Suzanne,
04 — 1509. Tapisseries conservées à la cathédrale et à l'église Saint-Remy à Reims. Voir plus loin
95 — «r 1510. Tapisserie du Triomphe de Jules César,
huit pièces formant une chambre complète et mesurant 400 aunes, achetées par l'empereur Maximiliefi I à Arnouid Poissonnier.
96 — 1510. Histoire de gens et bestes sauvages à la manière de Calcut (?) achetée entre les mêmes.
97 — 1510. Une chambre de « toutes choses plaisantes de chasse, volerie et autrement, - contenant 299 aunes (î).
98 — 1510. Tapisserie à L'image do Saint Christophe, olïerte à M* Anthonne le Yistre, seigneur do Frasnes et de Saint-Gobert, conseiller du Roi, par la ville de Tournai, œuvre de sire Jean Grenier, à qui elle fut payée 31 livres 10 sous ; elle était travaillée d'or et de soie (2).
99 — 1510. Un couvretoir de tapisserie. (Compte d'exécution testamentaire de Caterine Mesquine.)
Cet article isolé ne méritait certes pas d'être mentionné ici; nous le donnons cependant pour rappeler qu a côté des grandes tentures nos tapissiers ne dédaignaient pas de fabriquer des œuvres plus modestes telles que couvre-lits, couvertures de bancs et de bahuts, coussins, housses de meubles, etc. (3).
(1) Cette chambre et les deux suivantes vendues pour le prix de 1460 livres. (Archives du département du Nord à Lille, recette générale des tinances 1510.)
(2) T. Comptes généraux commençant le 1er octobre 1510. 8e somme de mises.
(3) Un comptoir de tapisserie (1514 compte Jehenne Croyn). Une sarge de tapisserie; une pieche de tapisserie (1516 compte Ydde Gossart). T'ng banequier de tapisserie 1524 compte Duquesnei. Six cous-
100 — 1511. « Je donne à Agniès Pipelart, ma fille, quatre sarges de tapisserie, les deux servans à lit et OOQChe ouvré à mourisque. et les deux autres samblablement servans a lit et couche, de grosse verdure, et douze coussins de tapisserie aïant au millieu de chacun d'iceulx ung cal (chat). » (Testament de Marie Caillette, veuve de Henrv Pippelart, du 2b avril 1511, empris le 15 août.,1511.) Voir page 205.
]()\ 1513. Chambre de tapisserie de l'histoire de
Judith iet Holopherne, olferte au comte de Suffolk grand maréchal de l'arma- d'Henri VIII, laite par Amould Poissonnier, h raison de 5 s. 6 d. de gros l'aune; elle comprenait six pièces, mesurait 387 aunes et fut pav»v fûîn livrer * sous '.» donirrs n.
Annoncée au grand maréchal dès 1513 elle ne lui avait pas encore été remise en 1516. Il écrivit alors au magistrat pour lui rappeler sa promesse et celui-ci communiqua 1rs lettres du comte aux Consaux. En leur séance du (> mai LMi». ceux-ci résolurent de lui donner satisfaction, mais n'ayant pas trouvé en ville une tapisserie confectionnée qu'ils pussent offrir de suite au comte ils décidèrent de s'adresser aux marchands ou courtiers de Bruxelles, Anvers ou Bruges pour en acheter une. C'est seulement plus tard qu'Arnould Poissonnier accepta de se charger de cette commande et il en lit livraison le 9 décembre 1516(2).
sins de tapisserie (1526 compte Villet). Ung couvretoir pers, ouvré de tapisserie. Ung banequier ouvré de tapisserie (1527 compte Jehan Gombaulti. Ung ooovretoir de tapisserie sur ledit drechoir: ung petit banequier de tapisserie (ibidem). Une pièoe de haultelice (1540 compte
Jeban de Torcoing) IVux kinrquiers de haulteliche vi lb. (1541 compta Jacques de le barre.
(1) T. Compto généraux commençant le 1er octobre 1516. Voir aux pièces justihVatives. n° 25 tout le détail des négociations.
(2) T. 17S, Consaai des 22 avril et 16 mai 1516. Le 26 mai 1517 les
103 — 1513. Six pièces de la cité des Dames par
Jean Grenier offertes par la ville de Tournai à Marguerite d'Autriche, douairière de Savoie. Elles mesuraient 463 aunes et trois quarts, à raison de 7 sous de gros l'aune (î). 11 lui fut alloué de ce chef 39 livres 2 sous 7 deniers de gros le 29 novembre 1513 (2). Ces tapisseries sont relatées comme suit dans l'inventaire de Marguerite d'Autriche, dressé h Malines le 18 juillet 1516 : * Six pièces de tapysserie appelée la cité des » Dames où il y a de la soie et sont esté données à n Madame par ceulx de la cité de Tournay quand elle v y alla devers le roy d'Angleterre » (3).
104 — loi 3. Cinq panneaux représentant le voyage de Caluce achetés à Arnould Poissonnier et offerts à Me Robert de Wict/ei conseiller du roi d'Angleterre. Ils coûtèrent 42 gros l'aune (4) et mesuraient 155 aunes.
105 — 1513. Chambre de tapisserie décorée de l'histoire d'Hercule présentée par la ville à monseigneur de Ponnmch (5) lieutenant- général du roi Henri VIII et son Bail I y à Tournai, estimée cinq cent livres de gros.
Elle fut commandée à Clément Sarrasin et mesurait 360 aunes à raison de 72 gros l'aune ; sa hauteur était de six aunes.
Consaux reçurent du duc de Sufiblck une lettre - les remerchiant du présent de six pièces de tapisserie qu'on lui a fait de par la ville comme promis lui avoit esté. » Au lieu du traditionnel « dont acte » de nos procès- verbaux modernes. On lit en marge de cette communication : » On est bien joyevlx de son gracievx remerchiment. »
(1) T. 178. Consaux du 13 décembre 1513.
(3) Houdoy. Les tapisseries de hautes-lisses, p. 154. (4iT. 178. Consaux du 13 décembre 1513.
Nous avons rapporté plus haut les conditions du marché de cette tapisserie. Nous donnons aux pièces justificatives (a* 24 ,) le contrat passé entre le magistrat de Tournai et le tapissier.
Clément Sarrasin étant venu à mourir avant d'avoir achevé la tapisserieen question, Etienne de Grvnauponi reprit son entreprise et acheva les tapisseries que Sarrasin n'avait pu terminer (l). Celui-ci légua les cartons derhistoired'Herculesà « Olivierson compère » (2).
100 — 1513. Chambre de tapisserie promise par la ville au maréchal de Chatillon (3). Voir n° 123.
107 — 1513. Tapisserie offerte par le magistrat de Tournai au roi Henri VIII. Mlle fut confectionnée par Amould Poissonnier. Le sujet n'en est pas connu, le comptable ne l'ayant pas mentionné dans ses écritures; et cette omission est d'autant plus regrettable que possédant l'inventaire des tapisseries délaissées par Henri VIII à sa mort, on y eut trouvé des détails sur cette tenture. Kile coûta 360 livres 8 sous 0 deniers(4).
108 — 1513. Douze pièces représentant les Douze mois de l'année achetées à Jean Devenins par le magistrat de Tournai pour rtre données à l'aumônier du roi d'Angleterre. Elles furent pavées 50 livres de gros (5).
109 1513. La levée du Siège de Dijon en 1513.
(1) T. 3318. Journal dos Prétest et Juréa du 17 décembre 1573.
(2) T. Son testament.
(3j Promise au maréchal avant la conquête anglaise, elle ne lui fut donnée qu'en 1510, après que la ville eut fait retour à la France.
(4) T. 178. Consaux du 3 décembre 1513. P, J. n° 26.
Superbe tenture conservée au musée de cette ville comprenant trois scènes encadrées sous une triple arcade. Le dessin que nous donnons d'une partie de cette tapisserie nous dispensera de la décrire. Son origine comme la date exacte de sa fabrication sont inconnues.
M. Wauters, se fondant sur la présence dans la tenture de trois écussons marqués d'un G surmonté d'une sorte de 4, la croit d'origine tournaisienne et confectionnée dans les ateliers d'un Grenier, famille qui a donné plusieurs tapissiers renommés. Tel n'est pas l'avis de Pinchart, qui se refuse à voir une marque d'artisan ou d'atelier dans cet écu posé d'une façon si ostensible. Peut-être bien serait-elle de fabrication brugeoise l Les éléments manquent pour élucider la question et nous devons nous borner à la poser sans chercher à la résoudre (i).
110 — 151 1. ClèmeM Sarrasin étant mort en 151:3 ou 1514 légua à l'église Saint-Jacques, pour la confrérie de Notre-Dame - ung rabateau de tapisserie
afïïn de le tendre devant elle au candeler et le jour de sainte Geneviève » (2).
111 — 151 1. Par \o même acte, Sarrasin qui se qualifie marcheteur lègue encore - ung drap de Turquie fait de nostre mestier - au procureur Loys de le Rue, et à une autre personne une - demy douzaine de coussins de verdure qui sont en Bruges, à la queue de vacque. »
(1) Voir la description de la tenture, au catalogue du musée de Dijon (1883) n° 1445.
(2) Voir son testament, sans date, mais classé parmi les actes de 1514, aux archives de Tournai.