LE SIEGE DE DIJON EN
112 — 15] 1. i'W'nn'nt Sarrasin lègue à son frère Jacques Sarrasin les cartons de l'histoire de Moïse (î).
1 1 ^ 1 ' . — On conserve à Vienne 9 pièces de l'histoire de Moïse, datant du WT siècle et originaires des Pays-Has. Kll«\s proviennent de la succession de l'empereur François I de Lorraine, mort à Inspruck le 18 août 17G5, et portent outre la croix lorraine deux marques, l'une composée de 4 lettres entrelacées dans
lesquelles on retrouve : gTai, l'autre d'une sorte d'X surmontée d'une croisette.
Sans vouloir identifier cette série avec celle du numéro qui précède, il n'est pas téméraire de la supposer tournaUienne. La croix le lorraine qu'on y rencontn» n'\ fait pas <»li>tarl«». On sait <*n elîet que fréquemment on a placé ou modifié après coup des armoiries sur des pièces de tapisserie ; quant à la marque d'atelier 00 peut très vraisemblablement y voir le O, lettre initiale du nom de (irenicr et les lettres Tai, indiquant la ville de Tournai.
IL'» — 1516. (Ja banquier de menues verdures à
bestes vendu par Jean Drrrnius a madame de Ponninch, la veuve du gouverneur de Tournai qui avait précédemment acheté à Clément Sarrasin l'histoire d'Hercule (2).
111 — 1516, I > i x pièces de tapisserie des Douze mois de l'an, confectionnées par le même tapissier, et vendues a Qeorges Lourdiau. Klles mesuraient
(1) Ibidem.
(2) Compte de tutelle de Manon Devenios 1516. P. J. a. 28.
250 aunes au prix de 36 gros l'aune, soit pour le tout 164 livres' 4 3 "sous (î).
115 — 1516. Chambre de tapisserie de l'histoire d'Holopherne et de Judith, achetée à Arnould Poissonnier, par monseigneur de Montjoie, gouverneur général de Tournai pour Henri VIII. La ville lui fit don de deux cents aunes de ladite tapisserie, ce qui à raison de 5 sous 6 deniers de gros l'aune, valait 385\livres tournois (2).
116 — 1516. Une pièce de tapisserie de verdure vendue par le même à un marchand de Paris, au prix de 26 gros l'aune. — Deux pièces de tapisserie grande verdure vendues à un autre marchand de Paris (3).
H7 — 1516. Diverses tables d'autel vendues par Devenins à Frans de Renières, à Arnould Poissonnier, et à un marchand de Paris (3).
Hg — 1516. Jehan Sezaire, tapissier, vend une pièce de tapisserie à Jehan Devenins (4).
119 — 1517. Vente de pièces de tapisserie par Ernoul du Prêt à raisou de 10 sous l'aune (5).
120 — 1518. Tapisserie donnée par la ville à monseigneur des Loges, gouverneur; ou plutôt, paiement fait au même, de * 500 francs monnaie royale,
(1) Compte Je tutelle de Manon Devenins 1516. P. J. n. 28.
(2) T. Comptes généraux commençant le 1er octobre 1516.
(3) Compte de tutelle de Marion Devenins 1516. P. J. n. 28.
(4) Son compte d'exécution testamentaire.
(5) Idem.
LA CONDAMNATION DE BANQUET ET DE SOUPER Tapisserie conservée au Musée Lorrain de Nancy.
20 patars pour le francq, » à valoir sur le prix d'une tapisserie qu'il avait achetée (1).
121 — 1518. Même libéralité de cinq cents francs, monnaie royale à monseigneur de Proisy, bailly de Tournai, « en advanchement d'une semblable chambre de tapisserie » (2).
122 — Tapisseries de l'histoire du banquet, « ten-
» dues à l'ostel de sire Jehan Grenier lorsque mons. le » marissal de chastillon estoit en ceste dicte ville. » — Elle ne nous est connue que par les actes relatés au numéro suivant.
123 — 1519. Huit pièces de tapisserie représentant l'histoire de Banquet confectionnées dans les ateliers de Colart de Burbure par sa veuve Jeanne le Francq et les ouvriers travaillant sous ses ordres et parmi lesquels figure Jean Martel, son gendre; elles furent offertes en présent par la ville à monseigneur de Chastillon maréchal de France.
Cette chambre qui fut payée à raison de 9 sous de gros l'aune mesurait 498 aunes.
Elle fut faite sur le modèle de semblable chambre qu'avait remarquée le maréchal chez Jean Grenier, lors du séjour qu'il fit à Tournai en 1513.
La veuve de Burbure livra d'abord cinq pièces en 1519 et les trois autres le 10 avril 1520.
On verra des détails intéressants, relatifs à cette commande, aux Pièces justificatives n° 29 et même le compte d'emballage et d'envoi des cinq premières
(1) T. Comptes généraux commençant le 1er avril 1518 avant Pâques.
pièces qui par son originalité nous a paru mériter d'être ici consigné.
124 — 1519. Chambre de tapisserie achetée par Me Jehan Hurault conseiller du roi « autrefois besongnant avec monseigneur de Proisy » et sur laquelle la ville lui fait don de deux cents écus d'or (i).
125 — 1521 . Tapisseries achetées à Adrien Lefebvre par la ville, pour être offertes à monseigneur de la motte lieutenant-général du gouverneur.
Elles mesuraient 233 aunes et furent payées 250 livres 5 sous (2).
126 — 1522. Tapisserie valant 50 livres de 'gros, offerte au gouverneur de la ville (3).
127 — 1525. Quatre pièces de tapisseries vendues par Jean le Vostre, tapissier à Pierre Poissonnier, aussi tapissier.
Voir le contrat aux Pièces justificatives n° 30.
128 — 1530. Tapisserie représentant le mariage de la Ste Vierge, léguée à l'église Saint-Quentin.
« Item je donne à ma dicte église paroissiale de » Saint-Quintin une pièche de tapisserie figurant le » mariage de la glorieuse Vierge Marie à Joseph, r> laquelle veul aux bons jours estre mise à la manière v accoustumée a la chaiere de lichené de ladicte
(1) T. Comptes généraux commençant le 1er avril 1519 avant Pasques.
(2) T. Comptes généraux commençant le 1er octobre 1521 , et archives du Royaume à Bruxelles. Chambre des comptes registre 39,939 f. 140.
(3) T. n° 181. Consaux du 29 janvier 1522.
» église. » (Testament Catherine de Mouchin, veuve de Pierre d'Ablain, 30 juillet 1530.)
129 — 1530. Histoire de la vie et de la mort de la Vierge Marie, en 17 pièces conservées à la cathédrale de Reims.
Ces tapisseries données à la cathédrale par l'archevêque Robert de Lenoncourt, qui occupa le siège épiscopal à partir de 1509, ne portent ni nom ni marque de tapissier, ni indication de la ville où elles furent confectionnées. Seule une inscription placée sur la 16e tenture (représentant la mort de la Vierge) indique le nom du donateur et la date de l'achèvement des tapis, 1530.
Nous n'en donnerons pas ici une description complète. On la trouvera dans la brochure que nous avons écrite sur les tapisseries de la cathédrale et de Saint- Remy à Reims (î); dans l'ouvrage de Charles Loriquet : les tapisseries de Notre-Dame de Reims (1876) et dans cet autre du même auteur les tapisseries de la cathédrale de Reims (Paris 1872; qu'accompagnent de superbes héliogravures in-folio.
Les sujets représentés dans cette admirable série sont les suivants :
1 L'arbre de Jessé.
2 Anne et Joachim renvoyés par le grand prêtre.
3 Rencontre de Joachim et d'Anne à la porte dorée.
4 La nativité de la sainte Vierge.
5 La présentation de Marie au temple.
6 Marie dans le temple.
7 Joseph et les prétendants à la main de Marie.
(I) Bulletin de la Gilde Saint-Thomas et Saint-Luc, (20e réunion, 1886), tome 6, avec 2 planches.
8 Le mariage de la sainte Vierge.
9 L'Annonciation.
10 La Visitation.
11 La Nativité de Notre-Seigneur.
12 L'Adoration des mages.
13 La présentation de Jésus au temple.
14 La fuite en Egypte.
15 Les trois Maries ou la famille du Sauveur.
16 La mort de la sainte Vierge.
17 L'Assomption.
Chaque tenture présente comme sujet principal, un épisode de la vie de la sainte Vierge. Il en occupe le centre et est généralement encadré par un portique richement décoré dans le style de la Renaissance. Dans le haut, à droite et à gauche, un sujet emprunté à l'ancien testament, qui est comme la figure du sujet principal et n'occupe dans la composition qu'une place secondaire et effacée. Au premier plan, dans chacun des angles inférieurs, un prophète qui annonce l'événement retracé par la tapisserie et lui sert en quelque sorte de témoin. Ces divers sujets sont juxtaposés; rien ne les sépare, parfois même ils se pénètrent réciproquement de telle façon qu'au point de vue du coup d'oeil ils ne forment qu'un tout. De nombreux textes en latin, inscrits sur des rollets, accompagnent chacune des scènes. Dans le bas de chaque tenture, deux quatrains en vers français en exposent le sujet. En plusieurs endroits de chacune d'elles, on trouve des bannières aux armes écartelées de l'archevêque et de l'archevêché.
Bien que les constructions figurées dans les panneaux soient franchement renaissance, la composition dans son ensemble est encore gothique. Pleine d'ampleur et de majesté, elle est riche et abonde en détails,
sans pour cela être confuse ; les figures sont nobles et traitées avec beaucoup de sentiment, le dessin est correct, le coloris brillant, les accessoirs nombreux et variés, comme il appartient à la peinture textile.
Les panneaux sont de forme carrée ou à peu près et mesurent pour la plupart 5 mètres 10 de côté, bordure comprise. Quelques-uns sont un peu plus larges, pour correspondre exactement à la largeur des travées du cho;ur auxquelles ils étaient destinés. Trois d'entre eux sont plus petits et ne mesurent que 3 m. 70 de hauteur sur 2 rn. r>0 de largeur.
Enfin, en ce qui concerne l'époque de leur confection, OU sait seulement que terminés en 1530, ils n'ont pu être commencés avant 1509 date de la nomination de Robert de Lenoncourt au siège de Reims.
Nous croyons pouvoir revendiquer ces tentures pour l'un OU l'autre des ateliers de nos grands tapissiers, tels que Grenier, Sarrasin, de Viscre, Poissonnier, de Burbure, Devenina ou du Moulin qui tous étaient
capables de les produire.
Aucun des éléments qui concourent à déterminer une origine ne repousse, remarquons-le d'abord, cette attribution. Tous au contraire semblent la confirmer.
Les auteurs de V histoire générale de (a tapisserie proclament cette série le chef-d'œuvre de la tapisserie française; loin d'y contredire, nous partageons leur opinion, en faisant remarquer dès maintenant que Tournai, ville de France, ne fut détachée de ce pays qu'en 1521; que profondément imprégnée de l'esprit français elle le garda longtemps encore après la conquête et que même après la séparation politique d'avec la France, son siège épiscopal continua à être sulïragant de celui de Reims.
M. Loriquet après avoir étudié avec le plus grand soin tous les détails de ces tapisseries résume son opinion dans les trois points suivants : Inspiration flamande, cartons français et confection flamande — puis cependant il hasarde cette opinion que peut-être elles pourraient bien avoir été fabriquées à Reims, tout en reconnaissant qu'aucun élément certain ne vient confirmer cette hypothèse.
Tenons-nous en donc à sa première opinion, la seule qui soit fondée sur l'examen des divers caractères des tentures que nous examinons.
Inspiration flamande, cartons français, confection flamande. Ces trois points que nous pouvons encore résumer en un seul, caractère franco-flamand, ne répondent-ils pas exactement aux œuvres des artistes tournaisiens?
Tournai, enclave de France dans les terres de Flandre, siège d'un évêché flamand et boulevard avancé de la France vers les Pays-Bas, ville flamande par ses tendances artistiques et française par la langue !
Quelle autre ville possède ce double caractère et français et flamand, ce style mixte si reconnaissable et si profondément marqué dans une foule d'œuvres. Et surtout quels autres ateliers de tapissiers que ceux de Tournai pourraient le réclamer.
N'était-il pas tout naturel que les français de Reims fassent leur commande aux français de Tournai; que l'archevêque de Reims s'adressât à son suffragant de Tournai pour lui demander un habile tapissier à qui il pût confier le soin de décorer sa cathédrale?
Nulle autre ville aussi proche ne fabriquait ces tentures de valeur que voulait l'archevêque, nulle autre n'avait autant de rapport avec Reims, une des douze
villes que des traités de commerce spéciaux unissaient a Tournai.
Notre fabrication était alors à son apogée; ses produits ornaient les palais rie Bourgogne, de France, d'Angleterre, d'Autriche et d'Eftpagne! Les Grenier seuls, puissante famille de tapissiers, avaient pour clients les plus grands seigneurs et plusieurs prélats de France.
Mais examinons quelques détails qui viennent confirmer cette attribution.
Nous avons vu plus haut combien étaient suivis les rapports de nos marchands avec ceux de la Champagne et de la lîourgo^ne.
Bn 1460 on trouve Pasquiec Qrenier plaidant devant nos Prévost et .Jurés contre un marchand de Reims, Ciérardin (ilaude, qui lui devait cent écus d'or (i). Nos tapisseries furent donc connues de bonne heure dans cette ville.
En 1512, un tapissier, Hermès de Viscre, plaidait à son tour, à Reims t contre nn autre tapissier. Ils soumettent leur différend à des arbitres tournaisiens.
En 1505, Môaull de Viscre, (ne serait-ce pas le fcnémef) vendait des tapisseries a un marchand de Nuys sous Beau ne (2).
Fn 1535, Jean du Moulin entreprend pour un chanoine de Reims la tapisserie de S. Symphorien qui devait comprendre six pièces. Le contrat fut passé devant notaire à Reims.
Qui sait si notre tapissier ne dut pas cette commande à l*efiet produit par les tapisseries de la cathédrale
(1) T. rr 3312, Prévost rt Jurés, 6 -Janvier 1460. (E) T. tt« 3228.
et de Saint-Remy, œuvre d'un compatriote sinon la sienne, peut-être?
En outre, plusieurs détails des tapisseries accusent les procédés de nos artisans.
Leurs caractères artistiques, leur aspect franchement franco-flamand, appartiennent à notre art et permettent de croire que comme pour les tapisseries de saint Symphorien les cartons sont dus à des artistes tournaisiens.
Ces textes nombreux sur des banderolles, en latin et en français, nous en avons constaté l'emploi fréquent dans les tapisseries authentiquement connues. Les mots et les assemblages de lettres garnissant les galons dans les vêtements des personnages et qu'on rencontre dans l'histoire de la vierge, en grande abondance, nous en avons relevé le caractère tout local et bien tournaisien. La bordure des tapisseries composée de fleurs de lys et de Dauphins alternant entr'eux, rappelle encore un des motifs décoratifs les plus fréquemment employés à Tournai à la fin du XVe siècle.
Concluons donc que tous les caractères des tapisseries de Notre-Dame de Reims dénotent une fabrication tournaisienne et que les rapports qui existaient entre cette ville et Tournai au moyen-âge permettent d'affirmer qu'elles ont dû être faites dans cette ville.
130 — 1531. La vie de saint Remy en dix pièces conservées dans la basilique de Saint-Remy à Reims, données à l'abbaye de ce nom par l'aichevêque de Reims, Robert de Lenoncourt en 1531.
Chacun des dix tentures comprend un sujet principal et deux ou trois sujets secondaires qui se groupent autour du premier. Celui-ci est presque toujours encadré par un superbe portique de style renaissance.
LA VIE DE SAINT REMY (10" pièce).
pÛStknt uîû 'i artrr pmfi roranflrr * JEomrrf i\n rjrjia/i fatri i?rmy Vfilaulli
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Tapisserie conservée à l'église Saint-Remy, à Reims.
Les légendes inscrites on caractères gothiques noirs sur dos rollets a fond rouge ou jaune, sont en français. Les noms des personnages sont fréquemment inscrits, sous leurs pas, en caractères romains.
Ces tapisseries, dont l'état de conservation est remarquable et dont l'éclat est encore surprenant, malgré leur âge, présentant les mémos caractères artistiques et archéologiques que celles de Yhisloire de la sainte Vierge, conservées à la cathédrale : composition des cartons, fabrication, coloris, costumes, accessoires; mais elles leur sont supérieures sous plusieurs rapports; la composition a plus d'ampleur et plus de feu; elle a perdu les dernières raideurs qu'on rencontre encore dans les cartons de l'histoire de la Vierge. Certains sujets offrent une grâce et une majesté vraiment remarquables. Le dessin est dû à une main déjà savante; les accessoires sont tout à la fois plus abondants et mieux traités.
Enfin par leur caractère historique, en même temps que religieux, elles otlrenl le plus vif intérêt (1).
Comme pour les tapisseries de X histoire de la Vierge Mario on ne connaît ni Tasiteur des cartons ni l'atelier d'où elles sont sorties ; mais elles présentent les mêmes caractères artistiques et industriels que celles-ci, nous nous croyons donc fondé pour les motifs que nous avons donnés au numéro précédent «à les revendiquer, comme elles, pour la fabrication toumaisienne.
Les dix sujets principaux des tentures sont :
L La naissance de saint Remy (au centre) et accessoirement trois scènes du miracle de saint Montain.
(1) Voir : G. Lrhlan. Monographie de l'abbaye et de l'église de Saint Remy de Reims, in-S. 1SJV7. Jubinal, les anciennes tapisseries historiées; et les autres ouvrages cités nu numéro précédent.