II. Tout maître ne peut avoir qu'un apprenti à la fois
(1 | T. Registre aux publications, 307 g P 80 (P. h 5).
12. Défense de faire travailler un apprenti sur l'ouvrage commandé par un autre maître.
13. Défense de travailler hors de la banlieue et juridiction de la ville.
14. Défense aux ouvriers et marchands de conserver chez eux des hautes lisses fabriquées à l'étranger si elles n'ont été visitées et scellées par les eswars.
Le reste de l'ordonnance vise la fabrication des « Draps appelés de Bourges * ou bourgeteries et leur impose l'obligation du scel, en fixe la composition, les dimensions etc.
Enfin tous ouvriers de haulteliche et de bourges sont tenus, aux termes du § 2G de l'ordonnance, d'ôtablir leur atelier dans des chambres situées à front de rue, pour qu'on puisse s'assurer plus facilement de l'exacte observation des règlements sur la matière (î).
Le 6 mai 1410, les Consaux réglementaient de nouveau le « mestier et marchandise des draps de haulteliche allemarche et tapisserie (2); » le 5 janvier 1411 ils ajoutaient des dispositions visant spécialement les haulteliches (3); le 9 décembre 1410 ils avaient encore légiféré au sujet des « ouvriers de tapisserie sarrasinoise appellée a le marche (4). » Il sera parlé de nouveau de ces ordonnances dans les chapitres II et III qui traitent de la réglementation du métier et de la fabrication.
A. Pinchart dit que les hautelisseurs formaient dès 1423 une des trente -deux bannières ou corps de
(1) Pour les draps de Bourges, voir chapities 2 et 3.
(2) T. Registre aux publications, n° 397 B( (3 Ibid. P J. 8.
(4) Ibid. f° 116. P. J. 7.
— tj —
métiers de la ville de Tournai. Ils eurent alors leur féte patronale le jour de la Transfiguration de Notre- Seigneur. Avant cette date, ajoute-t-il, ils dépendaient du corps des merciers et comme eux avaient saint Maur pour patron. On trouve en effet dans une liste des corps de métiers, dressée le 10 juillet 1429,1a bannière des haultelicheurs et sargeurs. — Quant aux tapissiers, ils étaient sans doute à cette époque, encore confondus avec les hautelisseurs et compris dans leur bannière dont ils formaient l'une des branches, car ils ne sont pas cités nominativement dans la liste des métiers.
Le métier était déjà puissant à cette époque : plusieurs de ses membres émigrèrcnt à l'étranger où ils établir, nt «les fabriques devenues célèbres par la suite.
En 1480 on signale à Avignon la présence d'un tapissier de Tournai nommé Jean Hosemant. L'archevêque de Narbonne, camérier du pape, lui confie l'exécution d'une chambre de tapisserie qui devait être ornée de paysages avec figures d'oiseaux et de quadrupèdes (î).
Les tapissiers qui ont établi les ateliers d'Audenarde venaient pour la plupart de Tournai (s). En 1441 la corporation audenardaise était déjà florissante.
(In peu plus tard 1 164) on trouve à Ferrare deux hautelisseurs ou plutôt doux tapissiers tournaisiens travaillant pour les ducs Borso et Hercule I [z)\ les fondateurs des ateliers de Mid.lelbourg en Flandre ( \ 165) forent encore des tournaisiens, Brice leBacquere
(1 K. MOnte. La tapiaêriê, p. 146.
(8) (iuitVivy. Histoire de la tapisserie, p 93. [3) Mvintz Loco ci lato.
et Melchior de le Wede (1). Ils fabriquaient des verdures et des tapisseries à personnages (2).
En 1475 on trouve deux tapissiers tournaisiens établis à Paris (3); plus tard, en 1492 ce sont des hautelisseurs tournaisiens qui ont implanté cette industrie à Amiens (4); enfin dans plusieurs localités, notamment en Angleterre, en France et en Allemagne, on rencontre des hautelisseurs originaires de Tournai.
Dès le premier quart du XIV'1 siècle nos inventaires accusent une progression croissante dans l'achat des tapisseries et des étoiles de hautelisses et dans l'importance comme dans la valeur des pièces fabriquées.
Dans un compte de 1427 on trouve « quatre pièches de drap figuré ; - — le compte d'exécution testamentaire de Pol de Lannoit, sans cloute un hautelisseur, dressé en la même année, mentionne des draps do hautelisse de plusieurs espèces. Leur haut prix indique qu'il s'agit d'étoffes de valeur. — Jehan du Gardin lègue en 1433 à l'église Saint-Nicaise « quatre pièces de drap contenant la passion de Notre-Seigneur les deux de broqueterie et les autres deux de toille. » — Marguerite Le Ruddre lègue des banquiers, une sarge, un drap de couche « ung drap pour ung huis » et dix-huit coussins, « lesquels sont tous compassés de coulions (pigeons) sur branches de fleurs et est la campaigne (le fond) piersse.... à prendre toute ladite tapisserie après
(1) La fabrication de la tapisserie de hautelisses à Middelbourg. Annales de la Société d'émulation de Bruges, 4e série tome v, p. 387.
(2) Dehaisne, Archives départementales du Nord. B. 2082, année 1 470.
(3) T. Echevinage de saint Brice.
(4) Guiffrey, Histoire de la tapisserie.
le décès dé.... (1434) — une douzaine de coussins de hautelisse ouvret de personnages (1438) — une plalte bourse d'ouvrage sarrasinois (1445). — Marie du Mortier lègue « une cambre tendue de sept pièces de drap sanguin armoyé des armes des Ooquevillain et des Mortier - (1440) etc., etc.
Ces œuvres sont pour la plupart des tapisseries proprement dites, faites sur des carions peints par des artistes de valeur tels que Robert Campin et Henri de Beaumetiel (1438) (i); Jacques Daret (1441), Robert Darv, Simon Marmion et autres peintres répuiés qui ont pria une si large part au mouvement artistique du XV* siècle.
Nos magistrats communaux H6 ménageaient pas leurs encouragements à cette belle industrie, qui, quelques années plus tard, devait porter au loin la réputation de nos ateliers.
Le 10 février 1438 ils rendent une nouvelle ordonnance pour la branche n,arc)tcfc\rrs, afin d'assurer la bonne exécution de leurs ouvrages. Dans < tte ordonnance, dont nous reparlerons plus loin, on distingue nettement les - menus ouvrages tels que de banequiers, coussins et oouvretoirs * et les « ouvraiges de personnages - fabriqués les uns et les autres par les mêmes artisans, comme le prouve le compte d'exécution testamentaire de Jehan Dupret tapissier, où Ton voit que celui-ci, à côte de tapisseries proprement dites, tissait aussi des couvertoirs.
Quelques années après on trouve des achats importants faits par le plus illustre des clients de nos manufactures, le fastueux Duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon.
(\) Sur 061 artistes, Voir de fa Qrtmfft I t Cloqurt, Tart à Tournai, t . "J .
En 1446, il achète à la veuve de Jehan Baubrée un
tapis de muraille à histoire de personnages, coûtant quarante-deux sous l'aune.
En 1449, Robert Dary et Jean de l'Ortie lui vendent la tenture de Y Histoire de Gédéon ou de la Toison d'or, destinée à décorer la salle des assemblées de la Toison d'or, la pièce la plus fameuse sortie des ateliers tournaisiens et qui existe probablement encore aujourd'hui, sans qu'on sache exactement en quel en dr o i t . P u i s ces 1 1 a t ap i sser i e d e Y Histoire dA l cxa nd) *€ , non moins fameuse et non moins remarquable que Pasquier Grenier vend au même prince (1 159).
Celui-ci lui acheta encore six grands tapis de muraille représentant la passion de N otre-Seigneur — puis une chambre de tapisserie « toute emplie de bosquaille et de verdure et portant esdites pièces plusieurs grans personnaiges comme paysans et bûcherons » (1461) — l'année suivante il lui achète Y Histoire dEsther, qu'on voit encore aujourd'hui au Musée lorrain de Nancy, et Y Histoire du chevelier au Cygne. En 1466 il acquiert deux chambres de tapisserie « Yune d orangers f autre de buc/terons » dont il fait présent cà de grands personnages.
Les ducs de Bourgogne firent encore d'importants achats à Tournai, mais ils n'étaient pas les seuls étrangers qui vinssent s'y fournir. C'est ainsi que Pasquier Grenier envoyait ses produits à Puy en Auvergne (i) et à Lyon sur le Rhône (2); à Reims (3) en Champagne et en bien d'autres lieux. Les autres tapissiers et marchands, s'ils avaient une clientèle moins illustre ou
(1) Journal des Prévost et Jurés, 1449. T. n° 3310.
(2) Ibid.
(3) Ibid. 1460, n° 3312.
moins lointaine, étaient cependant tout aussi actifs.
Ils travaillaient pour ceux de leurs confrères qui à leur qualité de fabricant joignaient celle de marchand. Pasquier Grenier par exemple u'eut pu produire dans ses seuls ateliers toutes les tentures qu'il livra aux seuls dues de Bourgogne; il faisait encore travailler d'autres maîtres pour son compte comme le permettaient les règlements du métier.
C'est ainsi encore que Qillart Derosne fournit des tapis à Robert Dary (1) ; que Nicaise Gaudin travaille pour Philippe le Scellier (2), etc.
Nombreux sont les contrats passés entre tapissiers devant la juridiction des Prévost et Jurés. Malheureusement ils sont généralement très laconiques, et se bornent à constater les sommes dues sans décrire en aucune façon les marchandises vendues.
Nous sommes assez bien renseignés au sujet des tapisseries vendues aux princes souverains, par les comptes de leur maison conservas dans les archives publiques; des achats faits par les particuliers au contraire, il ne reste généralement pas trace; leurs livres de dépenses ont disparu, si tant est qu'ils en ont tenu; et quant aux tentures elles-mêmes, le goût de la nouveauté, les caprices de la mode, les revers de fortune, les accidents quotidiens les ont fait disparaître. Seuls les contrats d'achat, passes devant les magistrats, les testaments, les inventaires révèlent l'existence de quelques tentures ; mais ces actes sont peu nombreux et ne donneront qu'une faible idée de la quantité et de la valeur des produits d'une époque; car le plus souvent on ache-
(1) V. 1458. Ibid. 3312. i (2j Ibid, 1400.
LKS TAPISSKR.
tait la tapisserie toute faite, on la payait comptant et alors il n'était pas besoin de passer acte du marché ; quant aux legs testamentaires ils ne peuvent être que l'exception ; enfin les inventaires, outre qu'ils sont trèa laconiques ne relatent généralement qu'une partie du mobilier, l'autre appartenant d'après les règles de l'ancien droit sur la communauté matrimoniale au conjoint survivant. Ajoutons que très certainement le plus grand nombre des testaments et des inventaires du XIVe au XVIIe siècle ont aujourd'hui disparu, et on comprendra ainsi la difficulté de trouver des documents relatifs aux tapisseries possédées par des particuliers.
Pour ce qui est des tapisseries acquises par les églises, outre toutes les causes de destruction qui leur sont communes avec celles des particuliers, elles ont encore été anéanties en grand nombre lors des troubles du XVIe et du XVIII6 siècle, et les archives qui les mentionnaient ont péri avec elles.
Ces pertes sont éminemment regrettables ; mais que dire de la destruction froide et volontaire de tentures du plus haut prix qui a certaine époque a été ordonnée. Ne lisons-nous pas qu'en l'an V de la République, sous le Directoire, on décida de brûler seize des plus belles séries de tapisseries conservées en gardemeuble (en tout 180 pièces) à Paris, pour en retirer les fils d'or et d'argent qu'elles contenaient (1)! Qu'on juge par cet exemple illustre, des autres attentats perpétrés dans l'ombre contre nos belles tapisseries !
Pour l'époque qui nous occupe, on sait que Guillaume Fillastre, évêque de Tournai de 1401 à 1473, fit
(1)/. Guiffrey. Histoire de la tapisserie, p. 450.
faire rU-s tapisseries « contenant X Histoire du ciel et nouveau testament, si comme la passion de nostre Srignrirr - rju'il fit tendre au chœur de la cathédrale de Tournai, et donna plus tard à l'abbaye de Saint- Berlin, à Saint-Omer (i).
Philippine d'Escamaing, dans son testament (1455) lègue * un gardinet ordonné de fleurs de soye auquel » est la pourtraiture de nostre Seigneur. ■
Nicolas Dimanche fait aussi un legs de tapisserie (1 W^) - item je donne à Arnoul mon Al, ma verde
- chambre de tapisserie, telle que je l'ai fait faire, par « condition que, se aucuns de mes autres enfants en
- ont afaire pour aucuns honneurs, je veut qu'elle leur » soit presté (2). -
Dans l'inventaire dressé au décèl de Jehanne Despars (1 M)i>t, <.n trouve « une chambre de haultcliche, •* le sarge, xn coussins, m banquiers et ung drap de » couche qui sont tout d'un ouvrage. »
Six coussins royés de marcheterie (14G7. Compte Jehan du Masich).
Les tapisseries devaient être abondantes a Tournai à cette époque, car 60 toute circonstance on en décore les monuments et même les mes.
Lors de l'entrée de Louis XI, roi de France, clans cette ville (1 183), les magistrats recommandèrent aux habitants d'en parer leurs maisons ■ item sera com-
(1) Voisin. Les tapisseries de la cathédrale do Tournai.
(S) La forme do ce legs est intéressante. La tapisserie donnée défait être prêtée a chacun des enfants du défunt, s'il en avait besoin pour décorer exceptionnellement un appartement. On remarquera en passant que les tapisseries à cette époque étaient des draperies mobiles, faciles
A démonter et I transporter pai tout où on voulait sa faire usage, et non
dos tentures tendues sur p:mneaux et fixées a ix murailles, comme cela se pratique depuis le XVIIIe siècle
mandé aux bretesques que les demourans es rues par où il passera ayent leurs maisons parées de tapisseries, linges ou autres aournemens riches et notables (i).... »
Le nombre des tapissiers et des hautelisseurs s'était fortement accru pendant la première moitié du XVe siècle. On en trouve environ cent vingt cités dans des actes appartenant à différents fonds, parmi lesquels on rencontre une soixantaine de hautelisseurs, (ouvriers de haulteliche, hautelisseurs sarrazinois, ouvriers de haulteliche à le broque, etc.), trente tajtissiers (tapisseurs et ouvriers de tapisserie) dix-sept marcheteurs, deux tisserants de velus, etc.
Les plus grands industriels étaient désignés de la façon la plus modeste, c'est ainsi que Pasquier Grenier est appelé parfois marcheteur et parfois tapissier; Jean de l'Ortie, s'intitule simplement marchand ouvrier de tapisserie.
En 1470 le magistrat de Tournai voulant faire présent d'une tapisserie à un seigneur de la cour et n'en trouvant pas en ville qui fut convenable, la fait acheter à la fête d'Anvers ; mais comme nos fabricants avaient l'habitude à cette époque déjà, d'envoyer leurs tapisseries à la foire d'Anvers, il est à présumer que c'est l'un d'eux qui livra les tentures acquises par la ville. C'était une chambre complète « contenant neuf » pièches estofîees de fil de soye ouvrées et employées » de personnaiges dômes (d'hommes) et de femmes « sauvaiges (2). »
Deux ans plus tard c'est le magistrat de Bruges qui
(1) de la Grange, les entrées de souverains à Tournai.
(2) T. Comptes généraux. 1er avril 1469, 8° somme de mises.
achète à un de nos fabricants, Pasquier Grenier, pour l'offrir à Charles le Téméraire, la tenture de (à instruction de Troie.
Kn 1 175, l«i ville de Tournai commande à Jean le Bacre, tapissier, une chambre de tapisserie, destinée à Philippe de Commines, seigneur d'Argentan, qui lui avait rendu service.
Kn 1 tTCi, Marie Despares lègue « une chambre ■ estoiïée de coussins, banquiers et sarges enseignéz de * poplicans, » c'est-à-dire décorés de guerriers turcs et mores. Par le même acte elle lègue encore des coussins semés de verdure.
I /inventaire dressé en 1480 à la mortuaire de Simon Savary, riche bourgeois de Tournai, mentionne : une sarge de tapisserie — une sarge de bourgette — une pièce de tapisserie — six parqueaux de OOOSSins verdurés, — deux sarges, une de couche et une de lit, et trois banquiers, tout de tapisserie — une pièce de satin figuré, et*-.
Kn coite même année le magistrat commande pour Poffrir plus tard au seigneur de Daudricourt, - une » tapisserie de verdure à soie, aussi bonne et de telle - valeur que celle que Mgr du Kude a fait faire en n cette ville (0.... ■
Cette tapisserie, donnée à M du Lnde, maréchal de France et gouverneur du Dauphiné avait été fournie par Willaume Desreumaulx, tapissier. Elle lui fut payée par la ville en 1481 (*).
Un tapissier nommé le Scellier vend - une sarge de l'Histoire de Nabuchodenosar ; » il meurt avant qu'elle soit terminée et un mareheteur demeurant à
(1) T. Journal des Prévost et Jurés. n° 3324
(2) T. Comptes généraux commençant le l°r avril 1480.
Bruges, Jehan Glisous. vient l'achever chez lui. On voit au compte de l'exécution testamentaire dudit le Scellier (1481) que plusieurs particuliers lui avaient acheté des tapisseries.
Les transactions entre tapissiers sont nombreuses : en cette même année 1481, Willaume Desreumaulx vend à Gilles Descamaing, marchand, « une tapisserie à soye de X Histoire de Tébbes - en plusieurs panneaux. Le même Desreumaulx qualifié cette fois, marcheteur, vend en 1482, à Pierre Rôgier, aussi marcheteur, « deux tappis de Yllisloire de Joseph estant de pré- » sent en la maison dudit Desreumaulx sur les hostilles » encomenchiez. » Willaume Desreumaulx fabrique pour Gilles Descamaing (1 181) et il paie deux livres de gros à Jehan de Vremont qui lui a fait obtenir la commande d'une tapisserie (2).
Le 7 avril L489 Gilles Descamaing et Adrien Binois, tapissiers, établissent des arbitres pour vider un différend (3). Guérard Renières et Gilles de Ilornes, marcheteurs, font de même (1490) (1), et encore Jean Trouet et Jean du Casteller en 1 193 (:»), Fierai t Rogier et Druon le Gay en 1404 (g).
En 1483, Haquinet le Scellier vend « une cambre r> ung tappis de verdure à soye à petits enfans, qui » monte à la somme de vingt-trois livres six sols deux » deniers de gros (7). »
Le Scellier faisait parfois travailler pour son compte
(1) T. Journal des Prévost et Jurés, n° 3324
(2) Ibid, n° 3324.
(3) Ibid, n° 3323.
(4) Ibid, n*> 3315.
(5) Ibid, 3326.
(6) Ibid.
(7) T. Son compte d'exécution testamentaire 1483.
un tapissier d'Audenarde ; Desreumaulx au contraire, écoulait ses produits à Lille; en 1484 le magistrat de Tournai achetait à un tapissier de Paris une chambre de tapisserie laine et soie, pour en faire don i un seigneur de la cour du mi de France à Pan8, Deai ans plus tard c est encore un tapissier d'Audenarde qui s'engage a exécuter pour un tapissier de'I\»urnai divers travaux. Kn 1 VJ] Jacques Descamaing emploie de même Pi0tre Van Acfat, tapissier à Louvain (i).
Que prouvent ces transactions fréquentes entre tournaisiens et étrangers, si ce n est l'importance et l'activité d'une industrie dont la réputation était grande et les produits fort recherchés. On se figure volontiers qu'a cette époque du moyen-âge le commerce était peu actif et que chaque ville s'isolant en quelque sorte des autres, produisait par elle-même tous les objets nécessaires à sa consommation. On voit au contraire combien étaient faciles et fréquentes les relations de ville à ville, et les transactions avec des étrangers.
Citons encore quelques œuvres dues à notre industrie locale.
En 1 18 1 Jean Lecesne lègue - ung drap de quevech
- ou il y a ung blancq Jhésus en tapisserie. - — Jeanne du Casteler lègue à Béatrice du tlocq - ung
- Jhesus ouvret de broqueteric. . . . n (1496 .
Kn 1489 la ville offrit à Philippe de Cleves, une tapisserie, pour les services qu'il lui avait rendus, ou plutôt qu'elle en attendait.
L'histoire est assez jolie pour que nous en disions un mot. Par suite des démêlés entre le roi de France et le duc île Bourgogne; celui-ci avait fait confisquer «à Bru-
(I) T. Journal ta Prtrost et Jurés, vfi 3326.
xelles les marchandises de quelques marchands tournaisiens. Philippe de Clèves s'entremit pour les leur faire restituer sur la promesse qui lui fit la ville de lui donner une tapisserie. Mais plus tard on ne se trouva pas d'accord sur la valeur de cette tapisserie. La ville ne voulait payer que mille francs ou deux cents écus, Philippe de Glèves en exigeait trois cents et menaçait, si on ne donnait pas satisfaction à ses exigences « de r> faire procéder à la prinse et arrêt de plusieurs manans » de ceste ville pour leurs marchandise à Courtrai. - Après plusieurs délibérations, nos magistrats finirent parcéder et nommèrent des délégués chargés de traiter avec le seigneur de Clèves, au mieux des intérêts de la commune et de concéder les trois cents écus s'ils ne pouvaient s'en tirer à moindres Irais. Les négociations avaient duré du 1 1 juin au 27 octobre 14S(J (î).
Comme précédemment cette période d'activité donna lieu à la publication de nombreuses ordonnances sur le métier et la fabrication.
A la demande des hautelisseurs eux-mêmes, les Consaux portent le 4 août 1472 une première ordonnance.
1. Les femmes et filles de maître pourront seules être reçues dans le métier en qualité d'apprentis. Si elles marient un artisan n'appartenant pas au métier, elles perdent le droit d'en faire partie.
2. La durée de l'apprentissage est portée à quatre ans. Les maîtres ne peuvent avoir qu'un apprenti à la fois.
3. 4 et 5. Tout nouvel apprenti doit être inscrit sur les registres du métier.
(1) T. Consaux vol. 175.
g DtfenM da travailler la Doit Obligation de teindre de bonnes couleurs les draps d or et de soie
Défense de travailler hors de la juridmtmn de la rflle et obligation de laisser visiter on tout temps les
''TCrnc à payer lors do l'entrée dan. lo métier ,,„;„. ,/àro,. d!- visite des cswars et lesécuuon du
'TSe'do ,„Mior est rendu plus facile pour les
f,^;^-:;!m^do.mnrnlUéctd-hn„ornhmté^
des suppôts du métier.
,, c„n,litions d'admission au métier.
l£. Dimensions à donner aux draps velus, et signes
indiquant leur qualité.
13 QtfenM le travailler pendant les pelées.
1 1 Des cswars du métier.
15. Défense de travailler le jour de sainte Anne , la translation do saint Nicolas ot colu. de
JLicaco dos élises No.ro-l»a * £
Le même collège porte le 5 novembre L476 une pn* ancc défendant a chaque .ravoir plus do quatre métiers ; .1 la complète le o an 1(,r J479 en stipulant que ces mét.ers pourront e Couver dans la maison du mai. re qui les occupe mais dans des chambres à front do rue.
Un difficulté avant surgi entre le. bourgeteurs et ln l lissours d'une part et les telliors d autre par. M iv mont à certaines étoffes que chacun dee deux .nétiers prétondait fabriquer, les Conaaux sont appelés à la trancher. (5 janvier 1478).
{l) 4 août 1.172. Ordonnance fa la chambre .les arts c, méliers T. P. J. n° 12, nn 4232.
Le 28 novembre 1486 ils font défense de travailler hors de la ville (i).
Le 12 juillet 1496 les Doyens des arts et métiers rendent une ordonnance au profit « du mestier de marcheterie et tapisserie. » Ils réduisent à trois ans la durée de l'apprentissage et permettent à un maître d'avoir deux apprentis en même temps ; ils admettent à la maîtrise quiconque a fait son apprentissage dans une franche ville et élèvent les droits d'entrée ; enfin ils défendent de fabriquer en même temps « de fines estofFes et de flocon, qui est ouvrage frauduleux (?). »
En 1491 les marcheteurs et les tapissiers d'une part, les sargiers et les hautelisseurs d'autre part ont des différends que les mêmes magistrats sont encore appelés à trancher. Nous en reparlerons à l'histoire du métier.
Les tapissiers et les marcheteurs marchaient alors sous la bannière des teinturiers et les hautelisseurs formaient une bannière séparée.
En 1493 mourut à Tournai Pasquier Grenier, un des plus célèbres tapissiers du moyen-âge. Il laissait quatre fils entre lesquels il partagea tous ses patrons de tapisserie (3).
La fabrication, à Tournai était alors dans sa période la plus brillante et la plus prospère. Les magistrats de Bruges invitent nos tapissiers à aller y vendre leurs tentures et leur promettent de réduire pour eux les droits de courtage (1495) (4) ; le magistrat de Tournai fait renouveler les tentures qui parent l'hôtel de ville; elles avaient le fond rouge avec un serais d'ai-
(1) Cbambre des arts et métiers, T. n° 4232.
(2) Ibid. P. J. n° 19.
(3) T. son testament empris le 24 juillet 1494. (4, T. Consaux 1495.
moiries (i); il achète à Jean Grenier pour la chapelle de l'hôtel de ville, « deux cappes de drap d'or à tout orfrois composés à or et argent en tapisserie * (2), et BU 1 197 il fait une commande beaucoup plus importante, six chambres de tapisserie, qu'il offre à Philippe le I ;oau pour obtenir le retrait de la défense qui prohibait dans ses états la vente des tapisseries fabriquées I Tournai ,
La môme année, Antoine Grenier, un des fils de Pasquier Grenier, vend au cardinal Georges d'Amboise, archevêque de Rouen, des tapisseries destinées à son paléis épiscopal, et plus tard [1508) il lui en vend iMimro p«»ur le château de Gaillon, propriété de rarchcvr.jiip.
Colart, ou Nicolas Blovart vend à Philippe le Beau, archiduc d'Autriche, quatre grandes pièces de tapisserie de laine et de soie à personnages où se trouvait représentée l'Histoire de la condamnation de banquel et de soujter, si populaire au moyen-âge (s).
Le même prinre adieu a .Iran Grenier, fils de Pasquier Grenier, comme Antoine, - une riche tapis-
« série bien richement faite à la manière de Portugal - et de Indie - qu'il lit offrir à nn seigneur de la cour de France.
11 se traita l'année suivante entre les mêmes parties un marché beaucoup plus important. Philippe le Beau se rendant des Pays-Bas en Castille, prend soin de s'approvisionner de lapisseries qu'on ne trouve pas en Espagne, et c'est à Tournai qu'il s'adresse pour cette acquisition. Il achète - pour faire mener avec lui et
(\) T. Comptes cvn-M-anx «In lrr octobre 1497
(2. .tournai «les Prévost et .lurés, T. n° 3326 (1498).
(3) Houdoy, Histoire de II tapi»ene nY hautelisse de Lille, p 141.
» s'en servir en son voyage d'Espaigne, premiers six y. grandes pièces de tapisserie richement ouvrée de v YHistoire du Banquet, contenant deux cent soixanter> dix aulnes au prix de xlii sous l'aulne; item une » chambre de tapisserie faite de personnaiges de Vigne- » rons. Item une autre chambre de tapisserie faite de « personnages de Bûcherons.... et six grands tapis » velus de Turquie.. . *>
Le tout fut payé à Jean Grenier la somme énorme de deux mil quatre cent soixante-douze livres.
Clément Sarrasin, non moins fameux dans son art que les Grenier, vend, à la même époque (1501) à Charles du Hautbois, évéque de Tournai, des tapisseries destinées cà recouvrir, selon la mode du temps, les meubles du palais épiscopal, et des tapisseries représentant saint Martin et saint Nicolas que le prélat donna à l'église Saint-Laumer, à Rlois.
Comme on Ta déjà constaté, la grande activité dans la production amène régulièrement une augmentation de réglementation, aussi les lois sur la matière furent-elles très abondantes à cette époque où la production atteignit son plusgrand développement. Toutes ces mesures avaient pour but d'assurer la plus grande perfection possible des produits fabriqués et de les protéger contre les contrefaçons qu'on serait tenté d'en faire, le tout dans l'intérêt de l'acheteur; tandis qu'aux époques de décadence on verra au contraire que la préoccupation constante des magistrats, sollicités par les gens du métier eux-mêmes, est d'accorder à ceux-ci toutes sortes d'immunités et de faveurs, souvent aux dépens du trésor public et par conséquent de la masse des citoyens.
Dans ses belles périodes, l'industrie ne demande
qu'à être protégée contre la concurrence malhonnête ; dans les périodes de détresse, au contraire, elle ne cesse de réclamer des privilèges et des faveurs.
Une ordonnance du 2i juillet 1499 au profit des hautelisseurs insiste sur la nécessité de marquer les produits et à coté de la marque du maître exige celle de la ville. Il en sera parlé plus loin.
Le septembre d<- la même année, cette ordonnance est complétée par une autre sur la teinture des fils; enfin pour garantir la bonne qualité de leurs marchandises, les maîtres n'hésitent pas à prendre la responsabilité des fautes que pourraient commettre leurs valets et serviteurs, et les Consaux, à leur demande, proclament cette responsabilité (26 mai 1503).
Lnc autre ordonnance publiée le 1<» mars ir>02 établit un impôt levé au profit du trésor communal sur les lapisseriei fabriquées en ville ou qui y sont amenées, et ce droit est différent selon qu'il s'applique à une des trois catégories de tapisseries suivantes : la 1er espèce, composée de mol il 1 est imposée deux deniers tournois l'aune; la 2°, ou tapisserie à vmage ou personnage, sept deniers ; la 3e, ou tapisserie à or et soie, de même.
Le 2 mai 1503 les Consaux défendent aux hautelisseurs demeurant à Maire près de Tournai, à l'extrémité du faubourg de ce nom, de faire apprêter leurs ouvrages en ville.
Le nombre des maîtres s'étaient considérablement accru : pendant la première moitié du XVe siècle, nous en avons rencontré cent vingt environ; pendant la seconde moitié on en compte le double. Les actes divers mentionnent comme artisans dont les noms n'avaient pas encore été relevés précédemment : quatrevingt-dix hautelisseurs, cinquante marcheteurs, douze baurgeteurs et soixante-dix tapissiers proprement dits.
L'établissement de nos tapissiers, ou plus exactement alors, de nos hautelisseurs à 1 étranger continuait toujours et les lois portées contre les hérétiques accélérèrent dans des proportions inquiétantes pour l'industrie locale, ce mouvement d'émigration.
Peu prévoyants et ne consultant que leur intérêt particulier, nos hautelisseurs pour faire obstacle au retour des émigrants demandèrent aux Consaux de décider que ceux « qui vont ouvrer hors perdent la franchise dudit stil » (1500).
Après avoir relaté les grandes ventes de la fin du XVe siècle et des premières années du XVIe, il ne sera pas sans intérêt de pénétrer en quelque sorte dans l'intimité de nos tapissiers et de constater leurs occupations journalières, leurs ventes plus modestes, et les relations qu'ils avaient entr'eux.
Le compte d'exécution testamentaire de la veuve d'un tapissier, Jacques de l'Arcq, rendu en 1505, révèle dans son atelier la présence de patrons de tapisserie, en papier; de métiers de tapisserie et leurs accessoires ; enfin une table servant audit métier et un treillis. Jacques de l'Arcq laissait des tapisseries inachevées. Elles furent terminées après son trépas et vendues à un marchand de Lyon. Il en avait déjà vendu à un marchand de cette ville, nommé Leuridan qui paya de ce chef 230 livres à ses héritiers. Le vicomte de Gand leur versa au même titre 50 livres, qu'il devait « de reste du plus grant somme, à cause » de tapisserie qu'il avoit achetée — »
D'autre part, chez un haultelicheur, Jehan Cappelier (1505) on trouve des laines, des soies, des fils et des étoffes telles que baudequins, royés, flocons, colora-
bettes, damassés, trippes, dont nous reparlerons au chapitre III; des métiers et leurs accessoires, verges, lissoirs, navettes; on y voit encore que Cappelier, vendait ses marchandises cà Paris, Lyon et Ath... sans compter sa clientèle locale.
Signalons rapidement quelques marchés faits entre tapissiers au commencement du XVI* siècle.
I).' le Haze avait vendu à de Vus une pièce de tapisserie; eo dernier la lui restitue en échange de trois banquiers de Gand (1505.)
Mais voici un acte plus important et plus curieux. Henry Remont, marchand, demeurant «à Xuvs sous Beaune en Bourgogne reconnaît devoir à Meaulx de Visquere (ou de Viscre) tapissier à Tournai, 17 livres de gros à cause de tapisserie qu'il lui a achetée, et en garantie du paiement de cette somme, il cède à de Viscre une créance qu'il avait sur un marchand de vin de cette ville. 20 novembre 1505 (î). Ce marchand de vin bourguignon achetant nos tapisseries en échange de ses vins n'est pas un cas isolé. On savait que les vins de la Champagne et de la Bourgogne étaient un article de vente courante chez nous; nos tapisseries trouvaient de même dans ces pays une vente facile, comme l'établissent plusieurs actes.
La veuve de Colart Bloyart et son dis Henry reconnaissent une dette envers le trésorier de Notre-Dame au sujet d'une tapisserie que le dit Bloyart devait fournir et n'avait pas livrée U505) (2).
Jean Poissonnier vend une tapisserie à Arnoul Cou-
sart corneteur (a) (£3 mai 1 507). Jean Flamenq, ci-
(1) Journal fa Prévost , t Jurés, T. a« 3328. (P. J, 23).
(2) Journal «les Prévost et Jurtfs, T. n° 3328.
(3) Ibid.
devant sergent bâtonnier, vend à Jean de le Barre sayetteur 44 aunes de tapisserie (17 février 1507 (î) — il vend encore 32 aunes de tapisserie à un autre sayetteur, Jean de Flandres, le 25 août 1508 (2). Meaux de Viscre, tapissier, vend à Antoine du Rieu, libraire, une tapisserie pour trois livres' de gros, le 18 septembre 1508 (3).
Nous pourrions encore citer de nombreux actes du même genre, des années 1510, 1512, 1515 et suivantes, mais pourquoi nous arrêter plus longtemps à ces détails; des achats beaucoup plus importants sollicitent notre attention.
Nous entrons dans une période particulièrement agitée et intéressante de l'histoire tournaisienne. Du commencement du XVIe siècle à l'année 1521, la ville vécut successivement sous la domination française, anglaise et impériale. Tour à tour elle eut pour souverain Louis XII de France, Henri VIII d'Angleterre, puis François Ier et enfin Charles-Quint. Ces changements continuels de domination la mirent dans la nécessité de solliciter fréquemment la faveur du souverain et de ses officiers auxquels elle fît des cadeaux répétés. L'industrie des tapisseries était trop florissante pour qu'on ne s'adressât pas à elle pour ces cadeaux, et par une conséquence toute naturelle elle ressentit les heureux effets de la réclame qui fut ainsi faite à son profit et vit les souverains acheter à leur tour ces belles tentures qu'ils avaient eu l'occasion d'apprécier et d'admirer.
(1) Journal des Prévost et Jurés. T. n° 3328.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
Parmi les chefs-d'œuvre diïs au premier tiers du XVI" siècle, — citons d'abord les tapisseries de Notre Dame à la cathédrale de Reims et celles de Saint- Remy dans la même ville, deux séries* admirables et hors de pair, que nous croyons pouvoir revendiquer pour nos ateliers (1) et qui ont dû être confectionnées entre 1509 et 1580.
Puis viennent les tapisseries achetées en 1510 à Arnould Poissonnier par l'empereur Maxirnilien I. Huit tentures du triomphe de Jules César ; une chambre « à yttoire de gens et de bestes sauvaiges a la manière de mUeui; - une autre chambre - de toutes choses plaisantes de chant volenc et autrement - le tout payé 1460 livres.
En la même année la ville offre à Me Anthonne le Vistre, conseiller du roi, - une pièche ouvrée d'or et - de soie ou est ti purée l'image de saint Christophe, » livrée par .Jean (1 renier.
Eu 1513 elle fait don à M. de Ponninch, gouverneur de la ville pour le roi Henri VIII. d'une - chambre de * tapisserie ystoriée de la vie de Hercules, * achetée à Clément Sarrasin. On conserve le contrat passé entre la ville et l'habile tapissier pour l'exécution de cette commande. C'est une des pièces les plus curieuses concernant le métier. Nous la donnons plus loin aux pièces justificatives 12».
Les Consanx offrirent plus tard une tapisserie au roi Henri VIII lui-même, mais nos archives ne disent pas quel en était le sujet. Elle fut achetée à Arnould Poissonnier (1513).
C'est lui encore qui, la même année, fournit cinq
(1) Videbitar infra.
(2) Pièces justificatives n. 24.
pièces de tapisserie représentant le Voyage de Caluce, offertes par la ville à Robert de Wytfel, conseiller du roi, et encore une chambre de tapisserie de Y histoire de Judith présentée au comte de Suiïblk, grand maréchal de l'armée d'Henri VIII. L'aumônier de ce monarque fut aussi gratifié de douze pièces de tapisserie, représentant les douze mois de Vannée, achetées à Jean Devenins.
On trouve dans les délibérations de nos magistrats communaux une liste d'une éloquente concision intitulée « des tapisseries et aucuns présents qui ont esté » fais de par la ville à plusieurs seigneurs et dames » en 1513 (1) et qui permet de juger ce que coûtèrent cà nos pères les événements qui en cette année les firent passer de la domination française sous la domination anglaise, ainsi que l'importance du tribut de tapisseries payé par Tournai au souverain anglais et à ses conseillers.
Cette liste ne comprend pas la tapisserie offerte au roi lui-même; par contre on y trouve mentionnées des tapisseries données cà madame de Savoye, sœur de Charles-Quint, à l'occasion de la visite qu'elle fit à Tournai au roi d'Angleterre.
Elles sortaient des ateliers de Jean Grenier et sont ainsi décrites dans un inventaire du mobilier de Marguerite d'Autriche dressé à Malines le 18 juillet 1516 : « Six pièces de tapisseries, appelée ta cité des dames, » où il y a de la soie, et ont esté données à Madame » par ceulx de la cité de Tournai quand elle y alla r> devers le roi d'Angleterre. »
Mais voici qu'en 1518 Tournai est rendu à la France, et à leur tour plusieurs grands seigneurs fran-
(1) Pièces justificatives n. 26.
r ais reçoivent (les présents do la cité pour lui être favorables. I)o, nouveau aussi c'est «à nos tapissiers qu'on s'adresse pour fournir ces présents.
Monsieur des Loges, gouverneur de la ville pour le roi de France et monsieur de Proisy son conseiller et baillv de Tournai, reçoivent chacun cinq cent francs, monnaie royale, (c'est-à-dire 500 écus d'or) à valoir sur le prix d'une chambre de tapisserie qu'ils ont achetée (1518), et maistre Jehan Hurault, « autrefois besongnant avec M. de Proisy - reçoit 200 écus d'or ou soleil (1510).
En février 1523 (v. st.) les Consaux décident d'otïrir au gouverneur 400 « eus d'or ou soleil ainsi qu'une tapisserie de 50 livres de gros, et a sa femme - 50 écus d'or ou soleil pour une robe de velours - ; à monsieur de Chastillon, maréchal de France, la ville fait don de huit pièces de tapisserie représentant Y histoire du banquet ^ confectionnées dans les ateliers de Colart de Burbure, sur des modèles fournis par Jean (irenier (1518).
Enfin elle donne à monsieur de la Motte, lieutenant général du gouverneur, 2'S.\ aunes de tapisserie, coûtant 850 livres 5 sols, achetée à Adrien Lefebvre, tapissier (16S1).
A coté des tapissiers vivent les hautelisseurs. Leur nombre devient considérable au XVI" siècle, leur métier très florissant ; ils ne nous intéressent cependant que d'une façon secondaire car leurs produits sont dépourvus de caractère artistique. Ils fabriquaient des étoffes excellentes peut-être, mais qui ne ressemblent en rien à des tapisseries.
On conserve quelques pièces provenant des archives de leur métier, qui ont été publiées par Mgr Voisin
dans les Bulletins de la Société historique et littéraire de Tournai, tome ix.
L'une d'elles qui contient la liste des maîtres et des apprentis reçus dans le métier de 1513 à 1544, signale environ 500 maîtres pour ce court espace de temps (î).
En 1522, les hautelisseurs de Tournai, unis à ceux de Lille demandent aux Consaux d'édicter en leur faveur certaines mesures de protection.
En 1524, on distrait de la Corporation des hautelisseurs, les savetteurs, qui formeront dorénavant une bannière particulière, tandis que les hautelisseurs avec les sargeurs en formeront une autre.
En 1524, 1527, 1528, 1531, 1533 et 1534 les divers corps de magistrature rendent des ordonnances relatives au métier. Il en sera parlé plus loin.
Les démêlés avec les hautelisseurs des villes voisines étaient fréquents. En 1528, ceux de Tournai sont en conflit avec ceux d'Orchies ; en 1531 c'est avec ceux de Douai et les hautelisseurs de Lille se joignent aux nôtres. La contestation avec les hautelisseurs d'Orchies fut terminée par une transaction avenue en 1535 (2). Quant aux hautelisseurs de Roubaix ils furent en lutte presque perpétuelle avec les nôtres.
Le nombre des maîtres et labondance des produits fabriqués s'accrurent tellement qu'on dut en 1534 ouvrir un jour de plus par semaine la maison où étaient
(1) Nos relevés d'après les actes divers n'en donnaient que 250 environ pour les 50 premières années du XVIe siècle. D'où il suit que le chiffre fourni pas les actes divers est an chiffre réel des réceptions des maîtres comme 1 e t à 3; et si cette proportion a été la même pour les périodes précédentes ce que nous ne pouvons affirmer, à défaut de points de comparaison, il faut multiplier par 3 tous les chiffres que nous avons donnés jusqu'ici pour déterminer le nombre vrai des suppôts du métier à une époque déterminée.
(2) T. Pièces diverses à l'appui de comptes, non inventoriées.
scellées les pièces de hautelisses. Dans son exposé des motifs L'ordonnance dit * que le mestier et stil des hau-
- telisseurs serait et est l'un des plus florissant et sutïi- » sant mestier, en augmentation de tous les autres stils » et mestiers de la dite ville, ayant et soutenant plus
- de six cens hostilles ouvraus en icelle ville (1)... *
Revenons aux tapissiers et signalons certains actes relatifs à la vente et à la fabrication des tapisseries, dont nous avons retrouvé la trace dans nos archives locales.
L16 29 novembre \~>'2ïi par devant les Prévost et Jurés, Jean le Vostre, tapisseur, vend à Pierre Poissonnier, aussi tapisseur. quatre pièces de tapisserie encore sur les métiers, au prix de trente gros rie tondre l'aune (2).
Un acte de 1684 nous montre le même Poissonnier vendant six tapisseries (3).
Kn 1527, à une époque où l'on devait trouver à Tournai des tapisseries en abondance, la ville en achète à Alldenarde; on ne peut cependant conclure de cet achat que Tournai ne fabriquait plus à cette époque, puisque le contraire est manifeste. De même, nous l'avons dit plus liant, on ne pouvait induire de l'achat de tapisseries fait à Arras en 1 102 que Tournai n'en fabriquait pas encore à cette date.
En 1530, Catherine de Mouehin lègue à l'église paroissiale de Saint-Quentin - une pièche de tapisserie
(1) Journal des Prévost et Jurés, T, Inventaire n. 8319
(2) Ibid.
(3) Ibid,
v figurant le mariage de la glorieuse Vierge Marie à » Joseph (1). »
En 1533 Gilles Pasquier, tapisseur, vend une tapisserie à Me Jean Godebrie (2).
Celui-ci étant décédé en 1534, on trouve mentionnée à son inventaire une tapisserie, vendue à monsieur de Bellain, qui fut achevée par le même Gilles Pasquier.
Une tapisserie, faite de fils de laine de soie et d'or, représentant YBcce Homo, et conservée à la cathédrale à qui le chanoine Nicolas Pothier la donnée, paraît être de fabrication tournaisienne. C'est une belle œuvre du XVe siècle, rehaussée de broderies au fil d'or.
L'année suivante, par devant notaire, Jean du Moulin tapissier demeurant à Tournai , s'engage envers un chanoine de Reims, à confectionner en fils de laine, de soie et d'or une pièce de tapisserie de la vie de saint Symphorien, dont le patron devait être fait par un peintre de Tournai.
En 1536, il passe un contrat pour la confection de cinq autres pièces de la même série. Elles lui étaient payés à raison de cinquante sols tournois l'aune (3).
Au compte de la ville de 1537, ligure Jean de Rossert (probablement Drosset,) tapissier, pour « cent » deux aunes de tapisserie composée de fillet de » sayette, armoyée des armes de l'empereur, Flandre » et ceste ville pour le prétoire des prevost et jurez au « prix de 40 sous l'aune. » Première mention d'un genre de tapisserie plus industrielle qu'artistique, et que nous rencontrerons fréquemment par la suite.
(1) T. Son testament.
(2) Journal des Prévost et Jurés. T. n. 3319.
(3) Loriquet, les tapisseries de Notre-Dame de Reims, page 194.
Le même Drosset, fournit cette année une tapisserie à l'église Saint-Piat (i); Jean Martin, tapissier,' en avait vendu une a la mépe église quelques années auparavant.
Jean de Rocotte fournil 184 année de - tapisserie rouge semé des armes de l'empereur et de chastelets de Tournai, - pour la chapelle et le prétoire des Prévost et .lurés (2).
Arnould Poissonnier, l'un des plus grands fabricants de tapisserie qui aient été établis à Tournai, étant venu «à mourir, son compte d'exécution testamentaire dressé en 1539 révèle l'importance de ses ateliers et celle do la fabrication tournaisienne à cette date.
Nous aurons l'occasion d'en parler plus loin en détail, c'est pourquoi nous nous bornons cà donner ici un extrait de llnrentaiw qui relate de nombreuses pièces trouvées dans ses magasins.
- Chy sensieult l'inventaire faictede la tapisserie par
- Jehan de le Biecque, sergent des feherins, Jehan
- Mallet, prispur et Jean le Sueur, rlercq en l'an 1522.
- Une histoire du triomphe de Julius César (con- ■ tenant 7 pieches contenant 320 aulnes).
- Aultre histoire d'holoferne, (7 pieches Ml aulnes).
- Aultre histoire de oloferne. (Six pieches 24G aulnes).
- Aultre histoire du .Julius César. (8 pieches 289
- aulnes).
-Aultre histoire de Carvenc(«). (<) pieches 480
- aulnes).
- Aultre histoire de Calcou. pieches 865 aulnes).
- Aultre histoire de Carrabara dit des EgipUens]
- (dix sept pieches 445 aulnes).
(1) Comptes de lVirliso Saint-Piat.
(2) T. Comptes généraux 1538-39.
r> Aultre histoire de Hercules, (quatre pieches 120 » aulnes).
» (Cinq) aultres pieches de tapisserie (72 aulnes 3 r> quartiers).
» (Trois) aultres pieches de spalliers (66 aulnes).
y> (Deux) « ?» de tapisserie (32 aulnes).
» Cinq prentes et aultres pieches et une aultre r> pieche d'imaige ensemble 69 aunes et demie.
» En rabateaux 45 aulnes.
» Une pieche de verdure de G aulnes.
v Aultre pieche des Martirs de 6 aulnes et demie.
n En plusieurs pièches de coussins 83 aulnes.
» Une table d'autel contenant quatre aulnes et demie.
» Ungrabateau de prentes 3 aulnes.
» Porte la totalle somme de l'inventaire 2871)
» aulnes et ung quartier.
Le reste de l'inventaire abonde en détails précieux sur le nombre et le genre de tentures trouvées à la mortuaire de Poissonnier, son industrie et ses débouchés. Nous y reviendrons longuement plus loin.
En 1540, René de Nouveaulx et Jacques Pinés, tous deux marchands à Paris viennent s'approvisionner de tapisseries à Tournai (i) ; d'autres marchands également de Paris font la même année d'importants achats chez des hautelisseurs de cette ville (2).
Mgr de Croix fait acheter en 1540, chez Jehan de Cassel, tapissier, 268 aunes de tapisseries au prix de 18 gros l'aune (3).
Deux ans plus t?rd, au décès de Lucq Carlier, tapis-
(1) Journal des Prévost et Jurés. T. n° 3334.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
sier ei marchand de tapisseries, on constate dans son atelier la présence de plusieurs tapisseries : Yhistmredu Saint-Stn-remcut l exemplaires . YJnsfoirf de Grise ? . des verdures, des patrons, des métiers de tapisserie...
Dix ouvriers sont cités dans le compte pour avoir travaillé a des tapisseries laissées inachevées par le décès de Carlier.
Quatre inventaires de \7>\~> a lôjs mentionnent des pièces de tapisserie trouvées chez ddfl particuliers et Ton sait que Michel de Cambrv, bourgeois de Tournai mort en l.V>| possédait deux pi. •ces de tapisserie à personnages, dont une représentait X histoire des Mochàbéêê*
Enfin, en 1564, lôvéque Charles de Croy fit don à la cathédrale de deux séries de tapisseries dont l'une représentait l'histoire de Jacob et l'autre l'histoire de Joseph. Mlles ont été fabriquées par Jean Martin le jeune, tapissier à Tournai. Deux pièces entières et quelques fragmente de ces tentures existent encore et sont conservées à la cathédrale (p..
Ce sont les dernières œuvres de valeur appartenant à la première moitié du \\T siècle. Elles clôturent la balle période de la fabrication tournaisienne.
A partir de cette date l'industrie des tapisseries Végéta dans notre ville; elle produisit encore quelques pièces intéressantes, mais peu nombreuses, puis disparut en quelque sorte pour faire place a l'industrie des tapit, exercée par les hautelisseurs, et aux produits plus inférieurs encore tels que les étoîïes de laine, de soie et de velours.
(1) VMéb. mfr.i.
L'histoire du métier des tapissiers pendant cette dernière période est peu fournie. Le seul acte intéressant, qui eut une importance considérable pour de nombreuses manufactures, mais qui exerça bien peu d'influence sur la fabrication tournaisienne puisqu'il n'entra en vigueur qu'à l'époque où celle-ci était à son déclin, fut le célèbre édit de Charles-Quint sur la fabrication des tapisseries publié en 154 L
Plusieurs années auparavant l'empereur avait ordonné une enquête sur les besoins du métier.
En 1539, il s'était fait remettre par les tapissiers d'Enghien, Audenarde, Bruges et Tournai les ordonnances réglementant leur corporation.
Puis il écrivit au magistrat de Tournai qui se réunit le 3 mai 1540 pour « entendre la lecture de certaines » lettres missives envoyées auxdits consaulx par la r, majesté impérialle touchant la tapisserie composée » es pays de pardecha afin de y mectre ordre et police r> pour éviter aux habus qui s'y comectent. » L'empereur invitait nos magistrats à envover à Bruxelles deux ou trois délégués afin d'arrêter de commun accord avec les commissaires nommes par lui, un règlement général pour toutes les villes des Pays-Bas où l'on fabriquait des tapisseries.
Ces délégués qui furent nommés le 4 mai, étaient Antoine Dauthie et Jacques de Bary, échevins .
L'édit impérial ne fut promulgué que le 26 mai 1544, après quatre années ne pourparlers et de travaux. C'est un monument des plus curieux et des plus intéressants pour l'industrie qui nous occupe. Il établit pour elle l'unité de législation dans tous les Pays-Bas,
alors ([lia sur presque toutes les matières, chacune des provinces et même des villes avait sa législation particulière. 11 fut comme la codification de toutes les ordonnances et de toutes les coutumes particulières sur les tapisseries, codification faite avec critique, cependant el dans laquelle on n'admit que les prescriptions dont la pratique et l'expérience avaient démontré l'utilité. Il règle la fabrication et l'emploi des matières premières, les conditions d'admission au métier, les rapports entre maîtres ouvriers et apprentis, les droits si obligations du métier, les cartons ou patrons, les maïques de fabrique, le courtage des tapisseries, etc , etc.
Revenant un peu en arriére, on trouve en ir>:>(> les tapissiers marehant sous la bannière des teinturiers de wedde et de boullon, avec lesquels ils sont en contestation pour l'élection du doyen. D'autre part les sargeurs forment une autre bannière avec les hautelisseurs. Ceux-ci qui étaient devenus fort nombreux obtiennent en 1637 l'autorisât i» »n d'acheter une maison pour y traiter les atlaires du métier et y établir le scel. Cette maison était située à la rue de Marvis (1).
Diverses ordonnances sont rendues sur le fait du métier : on augmente les droits des eswars pour les visites domiciliaires à faire chez les suppôts du métier; (1538) on règle les conditions dans lesquelles les nouveaux maîtres devront faire leur chef-d'œuvre (1540).
En la même année les membres du métier décident que la caisse commune n'interviendra plus que pour trois fêtes de la corporation qui sont : l'élection des dignitaires; - quand on tyre l'oiselet dudit mestier; -
(1) T. Consaux «lu 80 novembre lôoT.
et « la Transfiguration qui est la feste d'icelluy mestier, » et ce aussi longtemps que dureront les procès que le métier soutient entre les sajeteurs et contre la chambre des Doyens des métiers.
Les hautelisseurs tout en restreignant les dépenses de la caisse du métier ne perdaient cependant pas l'occasion de s'amuser. En bons voisins ils allaient chaque année faire à Lille « la feste des folz » organisée par les hautelisseurs de cette ville (1).
Le procès dont les frais privaient le métier de certaines de ses récréations, et qui était pendant devant le conseil de Flandre fut sur le point d'être tranché par une transaction. Les hautelisseurs y avaient consenti par une délibération du 29 septembre 1541, mais le 9 octobre suivant ils retirèrent à leurs délégués les pouvoirs qu'ils leur avaient donnés à cette fin. Ils décidèrent de plaider de plus belle et pour soutenir les frais de la guerre ils imposèrent une contribution spéciale sur chaque outil ou métier (2).
Cette belle ardeur ne dura pas longtemps car le 1er août 1542 ils acceptèrent de soumettre le différend à un arbitrage.
Le 5 janvier suivant ils consentent un nouvel impôt sur chaque métier pour payer les frais de réclamations qu'ils portent au tribunal de l'empereur pour le bien du métier (3).
Le G mai 1543 on décide de frapper chaque pièce de hautelisse d'un droit proportionné à sa qualité et à sa valeur (4).
Au cours de l'année 1544 une grosse difficulté fut
(1) T. Consaux 25 juin 1540.
(2) Prévost et jurés. T. n° 3334.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
soulevée entre les hautelisseurs d'une part, les teinturiers, les tondeurs et les rappareilleurs d'autre part. Il y eut un long échange de requêtes et de mémoires sans que les parties parvinssent à se mettre d'accord.
Plusieurs nouvelles ordonnances furent portées en 1545, la première sur les ehefs-d'o^uvre, les autres sur la composition du collège des eswardeurs et l'élection de ses membres.
La caisse du métier devait se trouver alors très obérée, car en 1546 pour faire de l'argent on reçut en bloc un grand nombre de maître* qu'on dispensa de toute condition d'âge, d'apprentissage et de chefdVeuvre, pourvu qu'ils payassent de suite et d'avance, les droits de maîtrise. On exigea seulement des nouveaux élus qu'ils fussent fils de maître, et il leur fut défendu d'avoir des apprentis avant l'âge de 1 ( > ans. On en reçut ainsi une centaine, dont le plus âgé avait 4S ans, les autres une dizaine d'années en moyenne, les plus jeunes A, '2 et même 1 an et demi! Ces fils de maître élaient censés avoir appris le métier dans l'atelier paternel, tel fut le motif de la dispense qu'on leur accorda, car pour tous autres cet apprentissage était strictement exigé et avait une durée de 3 ans (î).
Les hautelisseurs étaient très nombreux à cette époque; dans une requête adressée aux Consaux le (.) octobre 1554, ils se disent plus de huit cent.
La question des eswards ou inspecteurs du métier est encore soulevée en 1555; en 1559, les Consaux défendent d'acheter* pour les revendre, les fillets de sayette et de lin, qui sont indispensables à la fabrication des hautelisseurs. Ceux-ci d'ailleurs paraissent avoir été de tout temps fort jaloux de leurs privilèges
(1) T. n» 4232 f° 356. Fonds des arts et métiers.
et prêts à les défendre par tous les voies de droits, notamment par les voies judiciaires.
Ils plaident en 1561, contre les sayetteurs de Tournai ; deux ans plus tard ils procèdent devant le conseil privé du roi à Bruxelles, contre les hautelisseurs champêtres et ils empruntent pour faire face aux frais de ce procès, 300 carolus d'or.
C'est à cette campagne que se rattache la convention conclue entre les hautelisseurs tournaisiens et ceux d'Arras en 1560. Cet acte mal interprêté dans les écrits de l'abbé Proyart et du chanoine Van Drivai sur les tapisseries d'Arras, avait été cité par eux comme relatif à un procès entre les deux corporations et comme établissant la preuve qu'on avait continué à fabriquer des tapisseries à Arras au XVIe siècle ; double erreur relevée par monsieur A. Guesnon qui cite les pièces originales desquelles il résulte qu'il s'agit dans cette affaire non de tapisseries mais de hautelisses, non d'un procès ou d'une contestation mais d'une alliance conclue entre une quinzaine de villes parmi lesquelles figurent Arras et Tournai, contre les hautelisseurs des bourgs et villages (î).
Nous avons vu les hautelisseurs s'imposer des contributions volontaires pour soutenir en maintes causes, les droits de la corporation. Ils procèdent même contre leurs propres magistrats, pour faire réformer leurs ordonnances dont ils croient avoir à se plaindre (2) mais leur plus grands efforts se tournent contre les
(1) Le dossier relatif à cette affaire repose aux archives municipales d'Arras. Il a été publié en 1863 dans le cartulaire de la commune d'Arras par les soins de monsieur Guesnon. Voir : réplique à l'auteur des tapisseries d'Arras au sujet de sa dernière brochure par A . Guesnon. Lille 1884.
(2) Journal des Prévost et Jurés. T. vol. 3321.
sayetteurs. leurs rivaux et leurs concurrents avec lesquels ils finiront cependant par se confondre.
Les hautclissrors tenaient leurs assemblées générales au cloître de la cathédrale et parfois aussi, depuis qu'ils avaient acquis un local spécial, audit local, rue de Marvis. Ils créèrent, dès 1577 aux frais delà corporation un refuge où furent reçus les membres du métier tombés dans la misère. On l'appelait le refuge OU « recran des hautelisseurs, ■ et il était situé à la rue Barre Saint-Brice (1).
IVu de métiers reçurent autant d'encouragement* et de subsides que celui qui nous occupe et qui fut il est vrai, l'un des plus importants de la ville. Dès 1585, le magistrat subventionne un liautelisseur qui montait les outils du métier. Plus tard on le verra payer des peintres pour fournir des dessins à la corporation ; il accordera enfin DU subside par chaque outil en activité; toutes mesures qui permirent au métier de se soutenir dans les circonstances difficiles où il se trouva.
L'industrie des hautelisseurs embrassait une grande variété d'étoiles dont on trouvera les noms et la désignation au chapitre III; mais il parait que malgré les règlements du métier et les ordonnances des magistrats la perfection des ouvrages laissait parfois «à désirer ce qui motivait les plaintes de certains marchands étrangers. Pour les engager à mieux faire le Procureur général de la ville fit venir de Lille une demi « pieche de tripe de haulteliche tin ouvrage bien taint ■ et accoustré » qu'il leur donna pour modèle, (2) en les engageant à y conformer leurs travaux.
(1) Dans une délibération des Consaui (lor février 1611) il est question «le l'achat de « cinq demeures gisans en la rue Codeau. paroisse de Saint-Brice » pour ce refuge.
(2) T. Comptes 1590-91.
Le moyen était un peu naïf, et l'histoire ne dit pas si l'industrieux Procureur général atteignit le résultat qu'il se proposait.
Dans la seconde moitié du XVIe siècle, les lapis siers jouent un rôle fort effacé; leurs œuvres deviennent rares et sont bien inférieures au point de vue artistique à celles qui les précèdent; sauf quelques essais de restauration dont nous parlerons en leur lieu, la fabrication des tapisseries prend de jour en jour une tournure plus industrielle.
La distinction si nette au XVe siècle et pendant la première moitié du XVIe siècle, entre les tapisseries et les produits de la hautelisse, s'efface en partie dans cette seconde période; insensiblement et sans qu'on puisse déterminer exactement à quelle date, les tapissiers reprennent et ajoutent à la fabrication qui leur est propre celle des étoffes de hautelisses, comme ils l'ont fait au début de l'organisation du métier.
En 1565, le 29 avril, les Doyen, Jurés, maistres et suppôts du stil et mestiers des tapissiers adressent une requête aux Consaux. Ils la renouvellent le 24 mars 1566. Nos archives communales en 'mentionnant ces requêtes ne nous en donnent pas le contenu, regrettable lacune car ces actes eussent présenté un grand intérêt en faisant connaître les plaintes et les vœux du métier à l'époque où il se sentait atteint et où il voyait décliner sa prospérité.
Le Ie' juin 1566 ils demandent à être distraits de la branche des teinturiers, retordeurs et filletiers, mais leur requête est rejetée « comme incivible et déraisonnable. »
C'est une des dernières mentions qui soient faites des
tapissiers, en tant que métier; on rencontrera encore par la suite quelques tapissiers isolés, mais le métier, la corporation disparaît. L'effondrement fut complet : co\u> grande industrie apn-s avoir jeté un vif éclat 86 trouva subitement réduite à fort peu de chose et s'éteignit après une longue agonie à travers tout le XVIIe siècle et jusque vers 1720.
En 1566 la ville voulant oflKr un présent à un seigneur de la cour s'adresse à Arnould Hennocq marchand hautelisseur, cette qualité est à remarquer, qui lui livre un tapis de sayette, mesurant dix aunes un quart.
C'était maigre pour une ville qui avait autrefois donné de si magnifiques tentures aux princes, à leurs ambassadeurs et à leurs conseillers!
Pendant son épiscopat( 1505-1574) Gilbert Doignies, évôque de Tournai, donna à sa cathédrale des tapisseries (î); peut-être les acheta-t-il à Jean des Ruyelles dit Ual.ages.hautelisseurquien 1508 raccommoda vingt huit pièces de tapisseries appartenant a ce prélat (2).
In autre industriel, Jean LefVbvre, qualifié tapissier, répare également deux chambres de tapisserie appartenant à Jean Criquélion (1566).
La ville devant offrir lin banquet au seigneur de Noircarmes en 15G0 loue des tapisseries que lui procure Jean Martin, un tapissier; deux ans plus tard elle fait acheter une tapisserie à Audenarde par la veuve de Jean RozerJ dit Martin tapissier, à l'occasion de l'arrivée du comte du Rœulx, gouverneur de la ville (3). C'est encore celle-ci qui à partir de 1568,
(1) Voisin. Les tapisseries do la cathédrale.
(2) Fonds de L'Evéohé de Tournai aux archives du royaume, à Bruxelles. Registre 366.
(3) T. Consens, 31 août 1508.
LES TAPISSER. x
loue chaque année à l'église Saint-Brice les tapisseries nécessaires pour la fête de l'Adoration du Saint- Sacrement (1).
A la même époque Pierre Droset dit Martin, tapissier, fournit à la ville plusieurs tapisseries; ce ne sont plus des tentures à personnages mais de simples draperies d'ameublement; « vingt huit aunes de tapisserie v rouge contenant par place les armoiries du roy d'Es- » pagne avec plusieurs signes de Tournay y semez » destinées à recouvrir les sièges de la salle échevinale de Saint-Brice (1568); quatre aunes de tapisserie de plusieurs figures de Tournay pour les sièges des Prévost et conseillers (15G9); neuf aunes et un quart de tappis mis sur le banc des Prévost et Jurés (même année) (2).
Les archives de l'église Saint-Piat signalent en 1579 et 1582 deux tapissiers portant le même nom avec les prénoms de Melchoir et Gaspard.
En 1583 et 1592 Jean Casselle et Pierre du Moulin, tous deux tapissiers, fournissent le premier quinze aunes, le second six aunes de tapisseries ornées des armes de la ville, pour couvrir les bancs des greniers.
Dans les dernières années du XVIe siècle, on tenta, à l'aide d'artisans venus du dehors de restaurer cette industrie des tapisseries à Tournai, où on ne rencontrait plus alors, dit une requête, que deux tapissiers.
Michel Vandebek et Jacques de Cassel, tous deux tapissiers et originaires d'Audenarde, offrirent aux
(1) Comptes de l'église Saint-Brice années 15G8 et suivantes.
(2) T. Comptes généraux.
magistrats communaux, de venir s'établir à Tournai, moyennant l'obtention de certaines faveurs.
Yandebek fut le premier autorisé à se fixer en ville. Il promettait d'amener avec lui cinq ou six ouvriers et de son côté le magistrat lui garantit la jouissance d'une maison pour le terme de trois ans, 2G mai (1598) (i). Il est encore question de lui en 1601, et dans un acte de 1000, il est dit qu'il travaillait avec sept ouvriers.
Quant à Jacques de Çassel, il demandait des faveurs plus considérables mais s'engageait à s'établir à Tournai avec quinze ou vingt ménagers.
La ville lui accorda seulement la dispense de guet et garde et s'engagea à lui procurer une maison dès qu'il justifierait avoir amené quelques ouvriers, (17 novembre 1548).
Il s'établit en effet à Tournai et le magistrat lui fit verser annuellement quatre livres de gros, A valoir sur le loyer de la maison qu'il occupait. Plusieurs ouvriers travaillaient avec lui (2).
Sur sa requête présentée le ;.Y> juillet 1005, le magistrat lui continue sa pension, après s'être rendu compte de la situation de sa fabrique, par une visite faite chez lui. Le second procureur de la ville déclare y avoir trouvé « trois hostilles l'une chargée d'une
- grande tapisserie à laquelle travaillaient deux
- ouvriers, et les deux autres chargiés de kaines pour
- faire rabatcaux de cheminées sans estre ouvrées. » En même temps on lui donne le conseil « d'estre
- plus assidu en ses ouvrages de tapisserie. » L'année suivante Yandebek avait quitté Tournai, et
(1) T. Cods.iu x . :*i sa date.
(2) T. Consaux, 31 juillet 1G0I.
de son côté de Cassel tout en continuant à travailler « s'appliquait fort peu audit stil » à ce qu'il paraît. La tentative faite par les Consaux pour relever la fabrication des tapisseries ne produisit donc que peu de résultats.
Nos comptes communaux mentionnent la fourniture faite en 1606, par Jacques de Cassel marchant tapissier, « de dix-sept aunes de drap de tapis rouge avecq v des Tournay d'autre couleur qu'il a vendu et livré » pour le prix de six livres dix-sept sols l'aune pour 9» emplire et couvrir deux bancqs au porcq et conclave v de Messieurs les Prévost et Jurés. *
Un tapissier d'Audenarde, Antoine Robins avait fait pour cette fourniture des offres qui ne furent pas accueillies.
De Cassel livra encore en 1609, les tapisseries nécessaires à la décoration de la chapelle de la ville et du conclave des Prévost et Jurés.
Les premières consistaient en trente neuf aunes trois quarts et demi de « tapisserie de fond rouge avecq » des lyons et Tournay entre semez » pour lesquelles il reçut deux cent quatre-vingt-deux livres, trois sous, neuf deniers ; les secondes en « grande quantité de » tapisseries rouges avecq des Tournay et armoiries » de leurs altesses, et celles de la dite ville avecq des » lions rampans » Il reçut de ce chef neuf cent dixneuf livres, sept sols, six deniers.
L'année suivante il fournit des tentures du même genre pour les Echevinages de la Cité, de Saint-Brice et du Bruille.
« Quatre vingts aulnes de tapisserie rouge portant » les armoiries de leurs altezes, les armes de flandre » et de ceste ville, au prix de vu lb. chacune aulne » caret. »
0,, voil par un document .le 1613 que Jacques de C^o\ ici qualifié haultelicheur, employait comme ^.'.vriers son beau-pere, Pasquier Lemaire et son frère Philippe de Cassel, qui est, lui, appelé tapissier. Le magistrat lui avait prêté - deux hostilles de .ter . lesquels estoient en la grange de la vil o ... -
Au décès de Jacques de Cassel. son frère Philippe lui succéda en qualité de tapisseur de la ville (1010) [»).
N(,s archives communales mentionnent encore un tapieeier qui sans jouir de subventions de la ville parait avoir exercé modestement mais avec certain succès son art. C'est Jacques Descobecq, qualifié auss! quelques fois hautelisscur.
Le magistrat lui achète en 1603 une tenture de lit de camp. ,,..r l'offrir an fonse.ller Cambry g agent on cour en 1007 une seconde tenture semblable pool M. de Roblano. trésorier-général des finances, et en lCcT. deux lapis ,1e table de diverses couleurs.
On fabriquait fort peu à cette époque, mais la ville, lea marchanda e< même beaucoup de particuliers,
conservaient dans leurs magasins bon nombre de
^^'nnauguration des archiducs Albert et Isabelle (1600) les estrades et le théâtre où leurs Altesses prêtèrent serment en étaient couverts.
La ville en avait en réserve dans son garde-meuble; elle' les employai! a décorer les monuments publics dans les circons.ances solennelles ; elle en donna parfois à certains personnages et en prêta même a des
(1) T. Consaux du 20 décembre 1616.
particuliers qui célébraient jdes fêtes de famille (1).
En 1625 la ville voulait offrir une tapisserie à M. de Cronendale. Elle en choisit une chez un marchand et décida d'y faire apposer les armes du donataire. Mais « pour ce faire, conviendrait faire grandes mises r> (dépenses) pour dresser un harnas exprès à cest efFect « seulement, « on y renonça et au lieu d'acheter une tapisserie neuve on décida de « luy envoyer le tapis de v réserve estant en la tour des Six (2). »
Les églises étaient abondamment fournies de tapisseries, ce qui ne les empêchait pas, dans les circonstances solennelles, d'en louer encore pour la décoration du sanctuaire.
Les comptes de l'église Saint-Brice nous montrent cette paroisse empruntant chaque année, à l'occasion de l'octave du Saint-Sacrement, des tapisseries aux particuliers et en louant chez les marchands.
Lors des fêtes publiques les façades des maisons en étaient couvertes. Cette mode a persisté plus longtemps peut-être qu'ailleurs, à Tournai, où pendant la première moitié de ce siècle on suspendait encore des tapisseries devant les portes des maisons, au passage des processions. On peut voir dans certaines façades les crochets destinés à les recevoir.
En 1627, noble Dame Anne Marie de Lannoy veuve de Messire Jean de Henin-Liétart, lègue à l'église Saint-Piat une tenture de tapisserie en huit pièces.
(1) De la veuve Gilles de Bachv qui requiert vouloir lui accorder en prêt la tapisserie de la ville pour s'en servir durant le banquet nuptial de sa fille Franchoise, avecq Damas. On est d'assens d'accorder à ladite veuve -de Backy son requis. (T. Consaux 16 avril 1602).
(2; T. Consaux du 9 septembre 1625.
En 1G31 , le comte de Vertain, gouverneur de Tournai, donne aux Dominicains une tapisserie représentant l'assomption et le couronnement de la Vierge, que conserve le musée de la ville, et qui très probablement fut confectionnée à Tournai (i).
En 1(>^.">, un tapissier de Bruxelles, Jacques du (las! in (f) offre aux magistrats de se fixer à Tournai avec sa famille et des ouvriers (2); en la même année un tapissier tournaisicn, Pierre Tatté demande ûYétre reni - tapissier de la ville... comme autrefois a été Casselle. - Il lui est répondu : « La ville n'a pas besoing d'un tapissier (3). »
C'est ce même artisan qu'on rencontre plus tard (1638 et 1G44), réparant des tapisseries de la ville avec un autre tapissier du même nom, sans doute son parent, Claude Tatté.
Il est encore employé à la môme besogne en 1052 (4).
Cependant les Consaux craignant de voir disparaître cette industrie, qui avait faite la gloire de Tournai, tentèrent de nouveau de la restaurer, comme ils l'avaient fait quelque cinquante ans auparavant.
Ils entrèrent en pourparlers avec François Pannetûaker, maître tapissier de Bruxelles, et s'engagèrent
(1) Bulletin de la Société hist. et litt. do Tournai, tome 22, p. 303. Note do M. do l:i Grande.
(2) T. Consaux du 31 juillet.
(3) Ibici . , 1 1 décembre.
(4) Vers le même temps, la confrérie de Notre-Dame de Bonsecours, a Saint-Bricc, se fournit dos tapisseries à Audenarde. Elle achète trois pièces en 1066, une en 1668, deux en 1 672 et trois en 1674. — Deux de ces tentures existent encore aujourd'hui.
à lui payer une pension annuelle de cent patagons pendant six ans, s'il voulait se fixer à Tournai.
Pannemaker accepta, s'établit en cette ville, et y travailla à partir de 1671 (1).
A la même époque les Consaux traitèrent encore avec Jean Œdins, maître tapissier d'Enghien. Par convention en date du 16 mars, ils s'engagent à lui fournir pendant six ans une pension annuelle de 240 florins (2) au cas où il s'établirait en cette ville. CEdins s'y transporta aussitôt avec sa femme, ses enfants et huit ouvriers.
Avec Œdins on vit se rouvrir un atelier de véritables tapisseries. C'est chez lui que fut confectionnée la tapisserie que le magistrat offrit en 1675 au gouverneur de la ville, M. de Saint-Sandoux (3).
En 1677 il offre ses services aux mayeur et échevins pour confectionner les tentures destinées à leur salle d'audience, qui devaient être semblables «à celles delà halle des prévost et jurés, « des tapisseries par- » semés de fleurs de lys. » Il fut chargé de leur exécution (4).
En cette année la ville cesse de lui payer une pension annuelle, mais elle le dispense, pour 6 ans, du logement des gens de guerre, de guet et de garde.
La fabrique ne marchait qu'à moitié, Œdins se plaignant beaucoup de la rareté des affaires, et la ville se plaignant de son côté, du peu d'activité du fabricant.
Celui-ci mourut la même année. Sa veuve continua la fabrique, avec ses enfants et les ouvriers qu'avait
(1) T. Consaux des "22 mai et 5 juin 1674.
(2) Ibid. , 4 mai 1677. (Pinchart fait de Pannemaker et d'Œdins un seul et même homme.)
(3) T. Consaux du 19 février 1675.
(4) T. Comptes généraux de 1677-78.
formas son mari. Ktiennc Œdins, un do ses fils, reçut plus fard [1687) une pension de la fille, à laquelle il fit plusieurs fournitures. Il avait six métiers dans ses ateliers et des ouvriers exercés. Il produisit des ouvrages de laine et de soie, sans doute des verdures (i).
Une requête de lf>XX, qu'il adressa aux magistrats communaux pour obtenir une augmentation de pension donne de curieux détails sur sa fabrique située à La rue de Peut. Il se vante d'être en mesure de « contenir
- la noblesse et même le public, ayant le remontrant
- eu l'honneur de livrer quelques pièces de prix aux
- personnes de qualité et serait encore en état de ce
- faire, s'il n'avait épuisé les deniers de sa bourse par
* lachapt de quantité de soies et sayettes, montement » d'outils, paiement de travailleurs et principalement
* pour les dessins... - il ajoute qu'il emploie en ce moment 15 ouvriers (2). Malgré les bonnes raisons qu'il alléguait pour obtenir de nouvelles faveurs, la ville ne consentit pas a augmenter les avantages qu'elle lui faisait, et sa demande réitérée en 1001 ne reçut pas un meilleur accueil que la précédente.
Œdinscst le premier «à Tournai qui ait qualifié sa fabrique du nom de manufacture de tapisseries. C'est ainsi qu'il l'appelle déjà en ICi'.U, et plus tard en 1G97 il l'appelle manufacture royale.
A cette époque notre tapissier s'il faut l'en croire (s), avait une fort belle clientèle parmi laquelle il cite le marquis de Vignacourt, l'abbé de Clermont, M. de Pontmarin lieutenant du roi à Douai, l'église Saint-Jean et l'avocat Panard à Saint-Omer.
(1) T. Consaox.
(2) [bld., 23 mars 1688.
(3) [bld., 23 avril 1697.
Pendant un voyage qu'il fit dans cette dernière ville, sa femme quitta, paraît-il, le domicile conjugal, emportant avec elle les meubles, l'argent et même une partie des marchandises, laines et soies.
La fin des aventures de notre tapissier ne nous est pas connue; à partir de 1G97 on perd sa trace.
En même temps qu'Œdins père, un autre tapissier, Behagle, demeurant à Tournai, proposa aux magistrats d'établir en cette ville une « manufacture de v tapisseries d'hautelisse des plus fines et exquises y> qu'il s'en fabrique dans les Pays-Bas. »
Sa demande fut accueillie favorablement, et par contrat en date du 30 juillet 1G78 il obtint de la ville une pension annuelle de deux cents écus qu'on lui garantit pour le terme de six ans. Sa fabrique devait être de quelqu'importance, car il employait, à ce qu'il déclare lui-même, cinquante ouvriers (1).
A l'expiration de la période pour laquelle il s'était engagé, (1GS4) il sollicita une augmentation de pension et le refus qu'il éprouva le décida à s'expatrier pour aller s'établir à Bauvais. Ce fut une perte fort regrettable pour Tournai car Behagle était un homme de talent qui serait arrivé .à donner à l'industrie qu'il dirigeait une importance véritable. M. Mùntz en parlant de lui s'exprime comme suit : * La manufacture " de Beauvais ne prit son essor que sous l'habile y> direction du tapissier tournaisien Philippe Behagle, » à partir de 1684... (2). »
Mais Behagle avait, paraît-il, l'humeur changeante,
(1) T. Consaux, 14 novembre 1679.
(2) La tapisserie p. 284.
car en 1704, il quitta Boauvais comme vingt ans auparavant il avait quitté Tournai (1).
Après Bchaglc, un tapissier d'Audenarde, François Baert vient s'établir à Tournai où il obtient l'habitation gratuite d'une maison (t). L'année suivante il marchait avec cinq métiers et se disposait à en monter encore cinq autres.
Quelques années plus tard (1097) nos registres mentionnent Joannes Baert; c'est le même homme, san s doute, avec un autre prénom, comme cela arrivait souvent, car il déclare qu'il habite Tournai depuis environ six ans. 11 se qualifie enfre/jreneur de 1" manu. facture des ta/nssrries à la façon dFAudenarde, ce qui indique un établissement d'une certaine importance. En 1699, il se vante de foire marcher dix métiers avec une trentaine d'hommes et d'avoir des commandes importantes à exécuter. 11 demande à la ville un prêt d'argent et otïre en gage deux tapisseries.
La ville lui avait acheté précédemment (1093), « quatre petites pièces de tapisserie à usaige de fau-
- teuils, qui ont été présentés à M"10 la maréchalle
- de Boufflers, à sa première venue en la ville de
- Lille (3). »
On le voit faire encore d'autres ventes du même genre à Tournai et à Lille, puis à Bruxelles et à Audenarde. Kn 1697 il raccommode les tapisseries de ta ville.
En 1700 il est à la tête de vingt-deux métiers travaillant la laine et la soie.
(1) Ibid
(2) T. Connu», 24 avril 100-2.
(3) T. Comptes généraux 1G93-94. Elles ont été payées 180 florins.
Ses ateliers étaient bien organisés. Il avait établi entre ses ouvriers une caisse de prévoyance en faveur de ceux d'entr'eux qui devenaient malades et de leurs femmes. Ses deux fils l'aidaient et travaillaient sous sa direction.
Cependant la manufacture ne fit pas de brillantes affaires et en 1707 le nombre des métiers descendit à huit.
Baert cependant affirmait sans cesse sa confiance dans l'avenir, comme l'indique une requête qu'il adresse à cette époque aux Consaux. Il a fait un contrat avec quatre personnes de Paris, dit-il, pour une commande très importante. Il espère trouver des débouchés en Hollande. Ses produits sont recherchés et sont bien supérieurs à ceux d'Àudenarde qu'il qualifie de tapisseries communes. Baert sollicita souvent des avances de la ville à qui il remit plusieurs fois en gage des produits de sa fabrication. Celle-ci détenait à ce titre en 1710 deux pièces de tapisserie et deux garnitures de fauteuil également en tapisserie.
L'année suivante Baert était dans la plus fâcheuse position. Il partit avec sa femme à Paris pour chercher un nouvel établissement laissant à Tournai ses enfants sous la garde de son fils aîné, Jean.
Celui-ci obtint des Consaux une pension annuelle de deux cents florins à condition d'avoir au moins trois métiers travaillant.
Baert père toucha une pension jusqu'en 1709 et Baert fils jusqu'en 1712, époque où on la lui supprima, vu qu'il ne faisait plus travailler, dit une délibération du magistrat. On retrouve cependant le père en 1718, sollicitant de nouvelles faveurs de la ville et déclarant qu'il « a dessein de pousser cette affaire plus que jamais. »
I)'après M. fiuilfrev (n Baert se fixa dès 1711 a Torcy, près de Paris, où il établit une manufacture de tapisserie. Son établissement à Torcy semble coïncider avec l'absence qu'il fit de Tournai à la même époque. N'ayant pas réussi dans cette dernière entreprise il revint sans doute alors à Tournai, où nous l'avons retrouvé en 1718, et de là seulement passa à Cambrai. Sa présence dans cette dernière ville est constatée on 17^1. Avant de Rétablir à Tournai, Baert avait été successivement à Audenarde et à Lille.
On conserve à Amsterdam, au Rykfl Muséum plusieurs pièces de tapisseries, grandes verdures, portant la marque d'Amsterdam et la signature Baert, qui sont attribuées à Alexandre Baert, un frère ou un fils de notre tapissier.
La fin du XVII* siècle et le commencement du XVI II" ne furent donc pas improductifs au point de vue de l'industrie qui nous occupe.
Pannemaker, Œdins, Behagle et Baert dirigèrent Successivement des ateliers qui pendant une cinquantaine d'années eurent une certaine importance et produisirent un assez grand nombre de véritables tapisseries (2).
La fabrication des étolïes de hautes-lisses continua, au commencement du XVII* siècle k être très florissante à Tournai ; à coté des pièces de soie, de laine et de coton, unies ou damassées, on voit apparaître des produits fabriqués concurremment avec elles par les
(1) Histoire <le la tapisserie, pape 369, 383 et suivantes.
(2) On les retrouvera en particulier parmi les tapisseries à personnages trop généralement attribuées à Lille et les verdures que sans hésitation jusqu'ici on a toujours considérées comme étant d'Audenarde.
hautelisseurs, qui sans être des tapisseries dans le sens relevé du mot, sont cependant supérieurs aux simples tentures ou draperies, et dont la fabrication relève tout à la fois de l'art du tapissier et du métier du tisserand. On les désigne à cette époque sous le nom de tapis de hautes-lisses; c'est ce que nous appelons aujourd'hui des tapis de table et des tapis de pied.
Souvent on les a confondus avec les tapisseries proprement dites, bien qu'ils en diffèrent sensiblement. Dans les tapisseries, l'artiste trace sur la chaîne le dessin à reproduire et l'exécute à la main avec une grande liberté, ce qui donne à son travail le mérite d'une œuvre originale ; dans les tapis dont nous allons parler, au contraire, le dessin est arrêté et tracé sans l'intervention de l'ouvrier, qui le répète et le reproduit mécaniquement. Les tapis de hautes-lisses sont des étoffes tissées à la main et non plus comme les tapisseries, des tentures composées à la main sur un modèle interprété librement par l'artisan.
L'aspect de ces derniers produits rappelle fort celui des tapisseries mais ils sont l'œuvre des hautelisseurs ou des sayetteurs, et non des tapissiers.
Signalons quelques pièces de la nouvelle fabrication qui prirent dans le commerce le nom d'ouvrages ou dCestoffes de Tournai).
Nous avons déjà parlé des deux tentures de lit de camp faites par Jacques Descobecq et qui appartiennent à cette catégorie.
En 1609 un ouvrier d'étoffes damassées, Antoine de Lauwe offrit en vente aux Consaux « un tapis de » table mignardement façonné de soie orangée et « violette auquel estoient représentées les armoiries » du roi d'Espagne avec celles de cette ville aux quatre
r> coins, et les effigies de saint Eleuthère et de saint n Piat patrons de Tournai, et autres figures délica- » tement élabourées (1). »
On le lui acheta pour l'offrir à la comtesse de Solre, qui résidait alors à Tourcoing (2).
La même année, la ville avait également offert à la princesse d'Aremberg « une tenture de lit des ouvrages » de Tournai, meslée de soye et de sayette m — et à la comtesse de Fontcnoy, « un grand tapis de table * a branchages vers en champ noir composé en tissu » de sayette et de soie ; une pièce de quarante-cinq ■ aunes à branchages blancs à fond incarnadin, et 1 une autre pièce de quarante-cinq aunes à fleurettes - orangées à fond bleu, toutes trois de soie et sayettes > meslées, ouvrages de Tournai. -
Et l'écrivain qui relate ces dons ajoute ce détail précieux pour l'industrie tournaisienne, à cette époque :
« Nous luy eussions bien fait plus riche présent » mais celui-ci fut jugé plus propre, comme étant r> manufacturé de la ville qui le lui donnait (3). 0
En 1613, Antoine Calme livre à la ville « ung verd » tapis de table d'ouvraige de haulte-lisse » pour la salle des mayeur et échevins.
En 1G15 Simon Bedoret, hautelisseur, fabrique * des » ouvrages nouveaux de hautelisse qu'il a inventé et n qu'on appelle tapis sandre » l'année suivante la ville lui accorde une gratification de cent florins pour sa nouvelle invention de « tapis a la guise et fachon de tapisserie (4). »
(1) Mémoires d'échevin do Tournai par Philippe de Hurges.
(2) Ce présent ne lui fut remis qu'en 1614. (Consaux 17 juin 1614).
(3) Mémoires d'échevin de Tournai.
(4) T. Consaux 18 juillet 1615 et 17 mai 1616.
En 1618 et 1620 la ville ayant des présents à faire, offre des tapis et une tenture de lit de camp.
En 1636 la châtellenie de Furnes fait acheter à Tournai trois tapis de table, dont deux ont été conservés, spécimens précieux d'un genre de tissu fabriqué sur nos métiers à cette époque. Nous en reparlerons plus loin.
C'est encore un tapis de table qu'offre le magistrat à la femme du gouverneur du château, en 1642. On y avait fait placer ses armoiries en or et en argent (î).
Un inventaire de 1654 dressé à Enghien mentionne « un tapis velu de Tournai, de fond vert ; - « une table couverte d'un tapis velu de Tournai, le fond bleu (2). »
Un autre inventaire de 1675 renferme des pièces de même espèce « ung couvert de table d'estoffe de » Tournay verd travaillé avec des oiseaulx et Heurs
» de jaulne couleurs ung grand tapis de table
» d'estoffe de Tournay avec des Heurs rouge et bleu (3). »
Le grand tapis de table aux armes du tournaisis, sur fond bleu avec guirlandes de lleurs, conservé aujourd'hui au palais de Justice de Tournai et qui provient de l'ancien palais des Etats du Tournaisis appartient à ce dernier genre de fabrication.
En 1684, Jean Duquesne, hautelisseur, invente
« une espèce de tapisserie où il entre diversité de
» figures » à usage de tenture de lit et sollicite des magistrats une sorte de brevet d'invention (4).
Ce Jean Duquesne est-il le même qui en 1694 proposa aux magistrats de Gand d'établir en cette ville
(1) T. Consaux 20 mai et octobre 1642.
(2) E. Mathieu. L'ameublement de la veuve d'un bailli d'Enghien.
(3) Inventaire des meubles de l'hôtel de Bergheyck à Bruxelles en 1675.
(4) T. Consaux 3 octobre 1684.
une ■ teinturerie et une manufacture de tapis d'un » genre tout à fait nouveau (1)? »
André Ouquesne, le jeune, un autre hautelisseur fabriquait - des ouvrages de carpette, moucade, point - d'Hongrie - qu'il dérlare une invention nouvelle, et qui nous paraissent être les premiers essais de tapis de pied, faits à Tournai (2).
Quant à l'histoire du métier, elle est peu accidentée pendant nette période.
En 1611 on retrouve les hautelisseurs composant une môme bannière avec les tisserands de toile et les lilleti'Ts; les savetteurs formaient une seule branche avec les hautelisseurs, ce qui amenait entr eux de fréquentes contestations. Ils furent ensuite séparés. En 1627 on trouve sous des bannières distinctes — les teinturiers et tapisseurs — les sayetteurs — les hautelisseurs ; et cette division se maintint par la suite.
En 1G24 les hautelisseurs firent codifier les ordonnances qui régissaient leur métier, par les soins du conseiller du métier, Me Léon Duquesne. Nous aurons l'occasion de citer de nombreux extraits de ce travail dans les chapitres suivants.
L'élection «les officiers du métier avait donné lieu fréquemment à des difficultés qui furent portées jusqu'au tribunal des Archiducs. Ceux-ci rendirent en 1621 un décret traçant les formes suivant lesquelles se feraient à l'avenir lesdites élections (3).
(1 ) Messager des sciences historiques 1888, page 476.
(2) T. Consaux. 5 mars 1686. et jours suivants.
(3) Voir plus loin, page 104.
Le plus ancien registre relatant les assemblées du métier remonte à 1669. Il ne fournit guère de détails intéressants.
En 1671, le magistrat paie 240 florins à Antoine Ternois, maître hautelisseur, pour l'indemniser des frais qu'il a faits pour établir en cette villle des métiers à faire baracans.
Un peu plus tard, 1688, ce sont Jean Fourré et Roland Odolf, qui, ayant été apprendre à l'étranger la fabrication des pannes, étoffes de velours qu'on ne fabriquait pas à Tournai, demandent un subside pour y établir cette industrie.
Dès 1693, la ville paie une pension à un artiste sculpteur et dessinateur, Jacques Foucquet, qui fournissait des modèles aux liautelisseurs pour la fabrication des moucades, carpettes, damas et autres étoffes fleuragées....
Il faisait encore des dessins pour la tapisserie de basses-lisses, dite d'Audenarde, la broderie, point à l'aiguille et dentelle... (î).
Foucquet fut pensionné jusqu'à l'époque de sa mort, arrivée en 1722. Son fils, Valentin Foucquet, lui succéda. André Brébar, un autre sculpteur fournit aussi des modèles aux hautolisseurs.
Vers la fin du siècle, le métier était fort en décadence, ainsi qu'il résulte d'une déclaration faite par le Doyen en 1696, où il est dit qu'il ne comptait que cinquante maîtres et vingt apprentis. Il était administré
(l) T. Consaux, 20 janvier 1693. Voir : de la Grange et Cloquet, l'art à Tournai. Tome 1, page 228.
par un doyen et un sous-doyen, deux jurés, deux commis et dix esgards (1).
Comme leurs prédécesseurs du XVI6 siècle, un bon nombre de hautelisseurs émigrèrent au XY1II siècle et allèrent chercher au dehors du travail que la décadence de l'industrie à Tournai ne leur permettait plus d'y trouver.
Pour soutenir la corporation, les Consaux résolurent de lui accorder un subside annuel, calculé à raison de 20 patars par métier travaillant.
En 1701, elle reçut :>15 florins, ce qui représente le même nombre d'outils (2). En 1715 on en comptait 15:3, et pour chacun d'eux la ville paya 10 patars, au lieu de 20 comme précédemment ; en 1717, 128 outils seulement et 90 en 1720. En 1738 on signale 207 métiers pour chacun desquels il est payé 50 patars.
La ville payait encore un artisan Pierre Lherbier chargé de - monter les ouvrages des hautelisseurs - tant en mouvement des vieux desseins que nou- » veaux... (3). 9 Le même fournissait les plombs destinés à marquer les ouvrages de hautelisses.
Le chef-d œuvre d'un hautelisseur en 17 10 consistait à faire un tapis en sandré.
En 1750 deux marchands hautelisseurs, Louis Verdure et François Sellier établissent une manufacture de cordons. Il leur est accordé une gratification annuelle de deux pistoles par métier. Ils en tenaient douze en 1757.
Les hautelisseurs tentent de nouveaux efforts pour
(1) Registre des assemblées des hautelisseurs, T. n° 4272, f. 5i,
(2) Le florin valant 20 patars.
(3) T. Comptes généraux 1708-1709 et suiv.
relever leur industrie. Malgré le concours actif du magistrat, ils n'y parviennent guère.
Ils sont en 1774 réunis aux tisserands et aux sayetteurs et on les autorise tous trois à faire concurremment les ouvrages des trois métiers.
Un nouveau règlement est porté en 1775 et encore un autre en 1790, mais toutes ces mesures ne réussirent pas à relever une industrie qui s'éteignait.
Jetons maintenant un coup d'œil sur les dernières mentions que nous possédions relativement à des tapisseries proprement dites.
Après Pannemaker, Œdins, Behagle et Baert, on ne connaît plus de tapissier qui aurait certainement fabriqué à Tournai.
C'est à l'un de ces maîtres qu'appartenait très vraisemblablement la tapisserie donnée en gage à la ville et qu'elle acquit en 1G79, pour garnir la salle de l'échevinage (î). En 1683, Jacques Dernicourt tapissier, visite, nettoie, raccommode et retend les tapisseries de la salle d'honneur de l'hôtel de ville, dite la belle salle.
Plusieurs fois, au lieu d'acheter des tapisseries, la ville en loue pour meubler les appartements de haut fonctionnaires dont elle reçoit la visite. Ainsi fait-elle en 1690 pour MM. de Calvo et ia Villette ; en 1694 pour le marquis de Monrevel ; en 1699 pour la décoration des estrades élevées sur la grand'place à l'occasion de la publication de la paix entre la France, l'Espagne, l'Angleterre et la Hollande.
(1) T. Consaux. Volume 223, f° 156.
On vit sur le théâtre « un dais tendu de tapisseries » d'hautelisse à grands personnages, » précieuse épave de la fabrication de la belle époque, des tapisseries de verdures et des tapis de Turquie (1).
En 1700, un maître tapisseur nommé Baron restaure les tapisseries de la ville. Il fut aussi employé par le chapitre de la cathédrale.
En 1707 la ville achète une tapisserie d'occasion à la mortuaire de la veuve du Procureur Simon, « pour » s'en servir dans les occasions pour les logements des r> généraux et par là éviter d'en louer à cher coût. »
N. Delraarle et plus tard Jean Lohée et N. Sauvage tapissiers, jouirent dos - ga<res, honneurs, profit, et émoluments * attachés a la qualité de tapissiers de la ville. En 1727, Guillaume Jamart, dit Baron, leur succéda. Ce tapissier, est-il le même que Baron qui, en 17(K). travail lait déjà pour la ville?
En 1732, Joseph Lambert nettoie de nouveau les tapisseries de la halle. C'est la dernière mention qui en soit faite.
Les particuliers possédaient à cette époque un grand nombre de tapisseries, que font connaître les inventaires contemporains en des termes malheureusement trop laconiques. On sait d'ailleurs la grande quantité de tapisseries qu'on trouvait encore au commencement du XIXe siècle dans les maisons de cette ville d'où elles ont malheureusement presque toutes disparu.
Signalons seulement quelques pièces : une tapisserie contenant l'histoire de Samson, — un tapis de moucade, ouvrage de Tournai, — une grande tenture de hachement d'Italie. (Inventaire d'Aubermont 1633). Six coussins dont quatre de tapisserie, — cinq pièces
(U Registre de cuir noir, n° 39, f. 279.
de tapisserie de l'histoire d'Abraham — deux autres petites pièces de tapisserie. (Inventaire d'Ayemberghe 1636). Cinq pièces de tapisserie de feuillage. (Inventaire de Nédonchel 1636) (î).
En 1675 on rencontre pour la première fois à Tournai le mot tapissier dans son sens actuel et usuel de tapissier-garnissa ir.
François Desnoyers, tapissier, domestique de Monseigneur l'évêque de Tournai, expose dans une requête adressée aux Consaux - que dans cette ville de Tour- » nay il n'y a nul mestier qui fasse profession expresse » et spéciale de s'occuper à ce qui compose le sien, qui r consiste à faire des licts de toutes sortes avec les » choses nécessaires pour les garnitures d'iceux, comme » sont contre-pointes, couvertures piquées, matelas, y» licts de plumes, etc., accommoder, garnir, nettoyer - et raccommoder les tapisseries, faire sièges garnies » de toutes façons et travailler à toutes sortes d'ameun blement de maisons, comme aussy faire des pavillons » tentes de licts de camp de toutes les façons.
» C'est pourquoi le suppliant a recours a vous, Mes- « sieurs qu'il vous plaise de luy permettre de travailler « de son dit mestier librement et sans opposition pour » tous ceux de la dite ville qui se voudront fournir de » lui, tant ainsi que font ceux du stii des tapissiers, à » Paris, et dans les autres bonnes villes du royaume. »
Sa demande est accueillie dans les termes suivants :
« On est d'assens de permettre par provision au
(1 ) Extraits d'un manuscrit contenant des inventaires et procès-verbaux de ventes de meubles de chanoines, appartenant à Mr. E. Desmazières.
- supliant ce qu'il requiert, puisqu'il y va de l'utilité
- publique et que la fonction qu'il prétend ne se trouve r> dépendre de quelque stil particulier, et qu'il n'y a » personne qui l'exerce présentement (1 . -
En 1682, semblable requête de Paul Tison, né à Paris, qui se qualifie également tapissier et énumère comme suit les travaux auxquels il se livre : faire
- des tentes, des Mets de toute sorte de manière, pavil-
- Ions a la romaine et pavillons à la queue, garniture
- de chaises et autres choses servantes a l'ameublement
- d une grande maison, ensemble matelas, couvertures » piquez soit de taffetas, satin, ou autres estoffes.... -
Sa requête fut communiquée aux tisserands, couturiers et chaussetiers, et - considéré que l'exercice
- que prétend faire le suppliant est mixte sans estre
- absolument de l'un ni l'autre desdits stils et que ce
- qu'il exerce est chose nouvelle, » on l'autorise à exercer sa profession à Tournai (2),
En 1742, (Guillaume-François Josson, « maitre » tapissier en fond pour chaise, fauteuil, tapis, raccomn modeur, retresseur en tout ce qui regarde tapisse-
- ries.... - appartient au même groupe de travailleurs. C'est d'eux que parle le mémoire de la Chambre des arts et métiers du 2 octobre 1775 qui les appelle tailleurs-tapissiers, nom qui parait très juste puisqu'ils taillent les étoffes d'ameublement, à la manière des tailleurs d'habits bien plus qu'ils ne façonnent des tapisseries k la manière des tapissiers.
(1) T. Consaux 18 juin 1675.
(2) T. Consaux, 10 mars et 28 avril 1682.
Vers 1750 et même antérieurement à cette date, un hautelisseur nommé Favrot fonda, avec le concours de Guillaume Delescolle aussi hautelisseur, originaire de l'Artois, une petite fabrique de camelots qui prospéra en peu de temps. Delescolle étant venu à mourir, son fils Nicolas reprit toute l'affaire pour son compte moyennant une indemnité qu'il paya à Favrot et s'associa à son tour dès 1756 avec Piat Lefebvre, son gendre, et Jean Caters, tous deux de Tournai (î).
Tels furent les modestes débuts de ce qui devait devenir plus tard la grande et célèbre manufacture royale de tapis de Tournai.
L'alFaire marchant bien, les associés résolurent de lui donner plus d'extension; ils acquirent d'abord une maison située près de l'église Saint-Jacques et plus tard une autre grande maison, autrefois habitée par un hautelisseur nommé Verdure, et sise vis-à-vis de l'église Saint-Piat.
Ils se proposaient k cette époque de joindre à la fabrication des camelots celle des calemandes sorte d'étoffe de laine, ayant le grain du satin, unies ou damassées, et sollicitaient pour les soutenir dans leur entreprise l'intervention pécuniaire de la commune. Celle-ci leur accorda pour neuf ans une pension annuelle de 300 florins à condition de faire marcher 25 métiers et de payer a Favrot à la décharge de la ville, la pension annuelle de 18 livres de gros qu'elle s'était engagée à lui servir (2).
(1) Piat Lefebvre, né en 1722, épousa en 1755 Marie-Rosalie Delescolle. Il en eut douze enfants. Jacques, Nicolas, Agnès, Auguste, Marie, Rosalie, Anastasie, Léopold, Jean-Baptiste et Piat.
(2) T. Consaux, 19 octobre 1756.
Quatre ans plus tard, les associés avaient « 40 outils battans » et avaient adjoint à leur fabrication une teinturerie et un moulin à retordre les fils; pour installer C68 nouveaux ateliers ils avaient loué une seconde maison à la rue Merdenchon ; enfin ils étaient sur le poini d'acheter un h'siroirc ou machine à lustrer les étoffes dont le haut prix (1500 florins) indique toute L'importance (l). Les magistrats communaux auxquels ils demandaient de nouveaux subsides comprirent que l'intérêt public réclamait qu'on les aidât efficacement; « les propres do la manufacture qui donne les plus - «M'andrs espéranees pour l'avenir m «Mitaient que la » ville fit de son côté quelques efforts pour concourir »» au bien être d 'icelle et exciter par là l'émulation de » ceux qui l'ont entreprise et la dirigent. » C'est pourquoi le 3 juin 17G0 ils déchargèrent les associés de l'obligation de payer à Favrot la pension annuelle de lOS florins sur- les 300" qu'ils leur allouaient; ils leur accordèrent 15 livres de gros annuellement pour le loyer de la maison de la rue Merdenehon ; et exemptèrent le directeur Piat Lefebvre de certains impôts; ils décidèrent enfin qu'on prendrait dans son usine les étotfes nécessaires pour habiller les orphelins à charge de la ville, plutôt que de les acheter aux fabriques étrangères (2).
Un des principaux articles fabriqués alors était celui des capes a l'anglaise en camelot, pour lesquels l'association pavait annuellement au corps des tailleurs d'habits une redevance de 10 florins (1774) (3). Ce genre d'étotfe ayant cessé d'être à la mode, fut remplacé par les prunelles et les fines callemandes.
(1) Ibid.. 1" avril 1760.
(2) Ibid., 3 juin 1760.
(3) Hovcrlant. Essai chronologique, tome 92, p. 1212.
L'ancienne société dissoute en 1779, après la mort de Nicolas Delescolle, fut reconstituée sous la firme Piat Lefebvre et fils, dans laquelle Piat Lefebvre eut plus d'action encore que dans la première. Très actif, très intelligent et pressentant le peu de profits qu'il pouvait attendre d'une fabrique d'étoffes il modifia complètement le premier programme que s'était donné l'association, fit un retour vers l'ancienne industrie des tapisseries et des tapis, et aborda franchement la fabrication des tapis de pied.
Dès 1781 il expose au conseil des finances de l'empereur auprès duquel il sollicitait des mesures de protection douanière et une avance de fonds, l'état de son industrie. 11 fabrique, dit-il, des moucades, tapis et point d'Hongrie, premiers articles vendus par la société, il a entrepris en outre « les tapis d'Aubusson, » tapis veloutés, et tapis faits à la main pour pieds et » ameublement de chaises et de fauteuils (i). »
800 ouvriers travaillent en 1783 dans ses ateliers à laver, peigner, filer la laine et le lin, à retordre, tondre, tisser et apprêter les étoffes. Il avait 54 métiers en activité.
Déjà à cette époque Lefebvre nourrissait les plus grands projets. Il méditait de transporter sa manufacture dans de vastes locaux de la rue des Clairisses devenus vacants par la suppression du couvent des religieuses de ce nom.
Il sollicita, et obtint pour son établissement le titre de manufacture impériale et royale de tapis, et en même temps réussit à faire imposer, à raison de 25 °/o de leur valeur, les tapis étrangers auxquels il
(1) Archives générales du Royaume à Bruxelles. Conseil des finances. Liasse, 563.
faisait la concurrence. Le gouvernement lui avança enfin, à titre de prêt, une somme de cinquante mille florins, que les bénéfices croissants de la fabrique lui permirent de rembourser bientôt.
En 1786, Piat Lefebvre acquit définitivement l'ancien couvent des Clairisses et s'y établit, mais il ne construisit pas de suite le monumental portique que nous avons vu démolir récemment.
Il se préoccupa d'abord d'installer de vastes ateliers et développa dans des proportions merveilleuses la pro-
Portrait de Piat Lefebvre d'après une médaille en argent appartenant a M. A. Joveneau.
duction de la manufacture. Ses tapis de pied furent en peu de temps connus sur tous les marchés d'Europe et admis dans les mobiliers des palais.
Piat Lefebvre mourut en 1801, mais sa mort ne ralentit pas les progrès de la manufacture, que dirigea à partir de cette époque l'un de ses fils, Léopold Lefebvre, associé avec ses frères, Nicolas, Jean-Baptiste et Piat, sous l'ancienne firme Piat Lefebvre et fils.
C'est vers le commencement du XIXe siècle et pen-
dant la période de la domination française, que la manufacture atteignit son plus grand développement et acquit une réputation universelle qui survécut plus tard à ses désastres.
Napoléon Ier, appréciant la valeur de ses produits, confia à la société la commande des tapis destinés à l'ameublement des palais impériaux. On peut voir encore au palais du Luxembourg plusieurs tapis fabriqués à Tournai, connus sous les noms de tapis de la légion d'honneur, du cygne, etc.
Des distinctions obtenues dans les expositions et les concours, médaille de bronze en l'an X, deux médailles d'or en 1806, consacrèrent la réputation de la manufacture(i)qui remporta encore de nombreux succès dans la suite.
Tout y était parfaitement disposé et organisé, pour assurer en même temps que la perfection du travail, la prospérité de l'usine et le sort des ou\riers.
Le règlement de la manufacture, relatée dans l'ouvrage d'Hoverlant (2), donne d'intéressants détails sur l'état de celle-ci.
1. Elle occupait en 1808, quatre mille cinq cents individus, savoir, neuf cents dans l'intérieur des ateliers et le reste au dehors pour la filature des (ils et des laines et des articles accessoires nécessaires à la fabrication.
2. Tout ce qui a rapport à la confection d'un tapis se fait dans l'intérieur de la manufacture, en sorte que dans une journée d'été, en tondant la laine d'un mouton, quoique cette laine doive être dégraissée quatre fois, ensuite peignée, filée, retorse à plusieurs
AyEoverlant. Essai chronologique, tome 32, p. 269. (2)~Ibid. Tome 32, p. 261.
bouts, teinte et tissée, on peut fabriquer dans le courant de la même journée un tapis de table ou de foyer.