DU J
C Q/VTHyURE
Fig. 34.
malheur
Fig. 35.
Fig. 36.
passé m'a trompé, le présent me tourmente, l'avenir m'épouvanté (3 fois). — Honneur aux armes (2 fois).
Vit seul, car les amis sont morts. — Vive la France et les pommes de terres frites. — Arrive qui plante. — Toujours le même. — Mort aux bêtes brutes. — Martyr de la liberté. — Mort aux tyrans. — Honneur aux martyrs. — La vie n'est que déception. — Plutôt la mort que de changer. — Ami des frères à la côte. — Mort aux officiers français. — Mort aux chaous. — Malheur aux vaincus. — Mon bras aux amis. — Sans-Souci la Violette. — A la vie, à la mort. — La liberté ou la mort. — Au bout du fossé la culbute. — Haine et mépris aux faux amis, etc., etc.
4° Emblèmes militaires. —Je n’ai pas à dire grand’chose de ces tatouages. Tous les différents corps de l’armée sont représentés. Il n’y a qu’à signaler le grand nombre dezouaves. Cette proportion excessive de ces militaires est assez facile à expliquer.
5° Des emblèmes-métaphores. — Ils sont bien intéressants. L’esprit du peuple s’y montre sous son vrai jour et dans toute sa naïveté. Que demandent en effet les natures peu instruites? La représentation objective ou symbolique d’une idée ou d’un groupe d’idées. De là la grande fréquence des cœurs percés, des étoiles (étoiles de bonheur ou de malheur) (Fig. 35); des ancres (ancres de marine, de salut, de sauvetage), des mains entrelacées (serment d’amour ou d’amitié); des mains entrelacées, tenant une pensée avec des initiales (Fig. 36) : c’est un tatouage que j’ai trouvé sur plusieurs pédérastes ; des poignards dans la région mammaire gauche (c’est le poignard dans le cœur, une blessure mortelle, une plaie toujours ouverte et sur les bords de laquelle le dessinateur ne manque jamais de figurer trois ou cinq gouttes de sang). Le poignard est l’instrument tragique, celui qui impressionne le plus. On ne le trouve pas représenté seulement sur la poitrine, mais encore sur d’autres parties. Je l’ai vu sur les bras, dans le dos, à la partie antérieure des cuisses. Souvent ce sont deux
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poignards croisés ou bien deux mains tenant ensemble utl.
poignard et au-dessous l’inscription : a la vie, à la mort.
Mais l’emblème le plus répandu est la pensée. On peut même dire que c’est presque l’unique espèce de la flore des tatoués. Sur 97 fleurs, je relève 89 pensées, 8fleurs diverses, telles que fleurs exotiques, roses, une seule marguerite. La fleur chantée par les poètes et que recherchent, disent-ils, les amoureux n’a aucun caractère symbolique dans le milieu populaire. L’homme du peuple n’admet réellement que la pensée. C’est la fleur du souvenir et même de l’espérance, Une pensée est suivie ou plus souvent surmonte les mots : à moi , à elle, à ma mère , à ma sœur,, à Marie , etc. C’est une fleur parlante; très souvent le portrait de la femme aimée se trouve sur la fleur elle-même, sur ses pétales ; au-dessous le nom de la femme, à Marie, à Rosalie, à Constance.
Nous possédons treize cas de cette variété.
La faune des tatoués n’est pas plusvariée et ce ne sont pas les animaux domestiques qui y occupent le premier rang. Le Lion occupe la première place : c’est le roi des animaux, puis vient le serpent. Ce sont ensuite les chiens, les pigeons messagers , portant tous ou une pensée ou une lettre.
Je ne puis m’étendre plus longuement sur ce sujet, mais j’en ai dit assez pour montrer l’intérêt qu’il présente. Yoici des chiffres qui feront voir la fréquence de ces emblèmes :
Pensées. 89
Cœurs percés. 46
Poignards dans la région mammaire gauche.... 31
Ancres. 84
Etoiles. 41
Poignards. 11
Mains entrelacées. 24
— et liées par des ohaînes. 2
— et tenant une pensée. 5
— et tenant un poignard. 7
Lions. 15
Serpents. 12
Tigres. 8
Chiens . 5
6° Emblèmes amoureux et érotiques. — J’ai rangé dans
Cette catégorie tous les tatouages qui ont été provoqués par une manifestation de l’instinct génital. Dés bustes de femmes (176), des femmes nues (35), des dessins représentant le coït debout (4), des verges, et une foule de scènes lubriques qu’il est impossible de décrire. Ajoutons encore que les indifférents, c’est-à-dire ceux qui ne désirent pas avoir le portrait de leur maîtresse, mais d’une femme quelconque, choisissent en général une cantinière, une actrice, une danseuse, une jongleuse, une ècuy'ere, la femme-canon.
7° Emblèmes fantaisistes, historiques.—C’est la fantaisie du tatoué mais surtout du tatoueur. Il y a, dans les prisons ou dans les ateliers pénitentiaires, desindividus qui, pour en retirer bénéfice ou même pour se distraire, tatouent leurs camarades. J’en ai trouvé un qui me disait : « Ça tue le temps J’aime à dessiner et, à défaut de papier, j’emploie la peau de mes compagnons. » Nous avons rencontré beaucoup de tatoués qui ignoraient la signification des tatouages dont ils étaient porteurs. Le dessin représente un souvenir personnel au tatoueur ou au tatoué, ou bien est la copie d’une image quelconque.
C’est une gazelle, un coq, un lièvre, un bouc, un cafard , un bousier, un Indien, un Chinois, des Canaques, les sauvages ou les Arabes sont en assez grand nombre, un palmier, un voyou de Paris, un vase de fleurs, un pot de chambre, un revolver, un aloès, des types de femmes de différents pays, puis des dessins allégoriques : le char de la Fortune, des amours, des pages.
Les personnages mythologiques sont peu nombreux. Les sirènes sont surtout fréquentes (8), quelques Bdcchus et quelques Vénus, un Apollon, un Cupidon. Les tatouages histori-* quessont représentés par des soldats romains, des chevaliers, surtout par des mousquetaires (30), parmi lesquels cinq fois le portrait de d 'Artagnan. Je ne crois pas qu’il soit possible de donner une meilleure preuve de l’impression produite dans le peuple par le rorjian d’Alexandre Dumas. Un personnage
A. LACASSAGNE
plus populaire encore, surtout parmi les marins, c’est Jean Bart (8). Puis viennent les Napoléon (surtout le premier :
4 pour un seul Napoléon III), Marie Stuart , Jeanne d'Arc, Charlotte Corday, Garibaldi, Abd-el-Kader, Bismarck, Mangin, le marchand de crayons, Jules Gérard, Denis Papin, Anne d'Autriche , La Fayette , Mac-Mahon , duc de Morny , Mlle Granier , etc.
J’en ai dit assez pour montrer l’utilité de semblables collections. Ce n’est que lorsqu’elles sont nombreuses qu’elles acquièrent une véritable valeur. Il serait impossible, je crois, de réunir de semblables matériaux, si on n’avait recours au procédé que j’ai employé. Le souvenir des dessins, leur description même dans des notes n’est rien à côté de leur représentation objective. C’est en classant ces dessins, en les comparant qu’on arrive à en tirer certaines remarques. J’ai essayé de le prouver dans ce travail, qui, peut-être, donnera l’idée d’études semblables.