CHAPITRE PREiMlER LE CHATEAU DE LA BELLE AU BOIS
— Je ne suis pas curieuse 1 vous me l'aveE souvent répété... Mais, tout de même I...
La jeune femme se serra, câline, contre son mari. Il la prit tendrement par le cou et l'embrassa sur ies cheveux. Puis, rieur :
— Tout de même, quoi?... Parlez, petite flamme! J'aime tant vous entendre babiller !...
— ... Je voudrais bien savoir où vous me menez, enfin. Il fait nuit noire, ici. Je sens bien que nous montons une côte, mais est-ce à droite ou à gauche de Tours ? ou en face ? ou derrière ? Je ne sais plus, moi ! Et cette voiture, qu'est-ce que c'est que cette voiture ? Et ce vieux bonhomme de cocher, si singulier !... D'où sort-il ? Tout à l'heure, à la mauvaise lueur de la lanterne, il m'a fait éprouver la drôle d'impression de reconnaître quelqu'un. Mais qui? Je ne sais pas. On dirait un peu un conte de fées, tout cela...
— Eh bien ! Mais vous n'aimez donc pas les conte»
de fées?... Alors, conformez-vous à l'usage des contes... laissez-vous emporter. C'est d'autant moins dangereux que vous connaissez l'enchanteur depuis quelques semaines, n'est-ce pas ? et que jusqu'ici vous n'avez pas eu trop à vous plaindre...
— Cher Denis ! oh non 1 pas à me plaindre. Je suis si contente, au contraire I J'ai toute confiance en vous ! . . .
— Que je vous aime! petite flamme! soupira le jeune homme. Et il l'embrassa de nouveau.
— Pourquoi m'appelez-vous petite flamme? Vous ne m'aviez pas encore dit cela...
— C'est une idée, comme ça, qui me vient, en vous voyant, avec ces beaux cheveux d'or que vous avez et qui débordent de tous les côtés sous votre toque de voyage. Vous êtes comme une torche dans cette nuit toute noire. Une torche qui répandrait des parfums au lieu de fumée...
— Vous êtes un poète, Denis...
— Non, chère Elisabeth, je suis un simple imbécile, comme tout le monde, en mon état naturel. Mais vous me donnez, quand je suis près de vous, une espèce d'inspiration. Alors je trouve de jolies choses à vous dire... E faudrait être le plus lamentable idiot de la création pour ne rien trouver à dire auprès de vous. Vous êtes tellement jolie î . . .
— Oh ! vous dites ça. . .
— Tellement que j'en suis intimidé. Si vous saviez, Elisabeth ! Tout ce voyage de noces que nous avons fait, c'est pour moi comme un rêve, et chaque jour
j'avais le même éblouissemeni à vous retrouver à mes côtés... Je me disais : « Est-il possible? Il doit y avoir erreur. Et, dans un instant, elle va disparaître »...
— Alors, quand vous me preniez dans vos bras, c'était pour,... pour vous rassurer?...
— Ah! taisez-vous, Elisabeth. Vous me troublez... Et quand je pense que tout à l'heure...
Il ferma les yeux.
— Vous avez peur que, cette fois, pour de bon, j'aille me dissiper dans l'air?... .Je vous jure que pourtant je me sens tout à fait en chair et en os...
Il la caressa longuement.
— Très peu d'os ! déclara-t-il, avec une gravité un tantinet bouffonne...
— Et même j'ai très faim, vous savez... Là où nous allons, y aura-t-il à manger?
— Je l'espère bien, ma chérie...
— Un joli souper, bien servi, avec des pâtés, du Champagne, des candélabres, des gâteaux, des fruits, comme dans les contes, et sans qu'on voie les domestiques ?. . .
— Je ne sais pas encore... Peut-être bien... Nous verrons...
— Enfm, vous ne voulez pas me dire où nous sommes? où vous me menez?...
— Pas encore I Elisabeth. Vous le saurez tout à l'heure. Patience, petite fille 1
— C'est bun î je ne demande plus rien !
— Elle reposa, câline, sa tête sur l'épaule de Denis, et elle ferma les yeux comme si elle dormait.