‹ Les teignesChapitre 101 sur 155 · FA VUS HUMAIN · texte numérisé non relu

FA VUS HUMAIN

conditions qui paraissent la favoriser. Nos maîtres lavaient vue déjà('). Je sais deux frères qui ont couché ensemble pendant des mois sans que l'un ait contracté le favus de l'autre. Plus fréquemment encore voit-on un mari favique ne pas avoir contaminé sa femme après une cohabitation de plusieurs années. J'ai observé ainsi une femme indemne de favus après 14 ans de mariage; le mari présentait, même sur le corps, un favus extraordinairement développé.

Le rôle du traumatisme dans l'inoculation n'est pas négligeable ; il crée une porte d'entrée au parasite (2).

Quoi qu'il en soit, les contagions familiales se bornent le plus souvent à I ou 5 cas, même parmi cinq ou six enfants.

Ce qu'on remarque dans l'épidémiologie du favus, c'est l'existence en un pays, de localités ou de groupes humains dans lesquels l'endémie existe continûment, perpétuellement entretenue par les cas dispersés dans la population infantile du groupe ou de la région (z).

Nulle part, je crois, cette étude du favus endémique n'a été mieux faite que par le D' Ciarrocchi (*) dans la campagne de Rome. En compulsant les registres de l'hôpital S. Gallicano, il a pu constater qu'on y avait traité 5574 cas de favus pendant tout le xixe siècle. Tous ces cas provenant de la province de Rome, et les neuf dixièmes de ces cas provenant de la région du Transtévère, c'est-à-dire de la partie sud-est de la province située au-dessous du Tibre. Presque tous étaient de provenance rurale. Les deux tiers des malades étaient des garçons, un tiers des filles. L'âge de la contagion était de la seconde enfance. Et les cas extrêmes avaient été vus à 2 et à 18 ans.

Plus on étudie l'origine du favus, mieux on se rend compte que chaque cas de favus. humain procède d'un autre cas humain de favus. C'est encore un des points le mieux établi par Ciarrocchi. Les faits qu'il a observés lui « font conclure que la cause presque exclusive est la contagion directe d'un homme à l'autre ». Il a retrouvé des familles faveuses depuis trois générations. En d'autres, on voit, en permanence, des cas de favus depuis un siècle, comme en témoignent les registres hospitaliers ; et ce qui crée le favus permanent dans ces familles, c'est la longue durée de chaque cas, car chacun se montre peu contagieux. Et, malgré cela, cette contrée, délivrée de 5574 cas de favus, en garde à peu près autant à la fin du siècle qu'à son début. Ainsi en est-il, aux chiffres près, dans nos départements du Midi, où

(') E. Besnier et Doyon. Xoles au traité de Kaposi, t. II, p. 782-783.

(2J P. Aubert. Rôle du traumatisme clans l'étiôlogie de la teigne laveuse. Annales de Dermat. et de Syph., 1881, p. 288. L'auteur présente 20 observations. D'après l'auteur, l'effraction est d'origine pédiculaire.

(3) H. Feulard. Teignes et teigneux, 1886.

(4) G. Ciarrocchi (de Rome). La répartition géographique du favus dans la province de Rome. C. R. du IVe Congrès international de dermat., Paris, p. 459.

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le favus est endémique, dans l'Hérault, le Vaucluse et le Rhône par exemple. Mais rien n'a été écrit de plus caractéristique et de plus explicite que l'étude de Ciarocchi sur le favus endémique autochtone.

Il y a des pays où deux races coexistent et où le favus n'existe endémiquement que dans la race pauvre et sujette. Ainsi chez les Juifs en Pologne, chez les Arabes en Algérie. Rien que ce fait montre l'importance des conditions sociales et de l'hygiène dans le développement ou l'extinction de cette maladie.

Les principaux foyers de favus actuellement connus sont : la Pologne russe et autrichienne et les pays musulmans. Le foyer favique polonais semble le plus important de l'Europe, car c'est de lui que viennent la plupart des cas d'importation de favus en France.

Favus d'importation. — Car il faut distinguer, au moins à Paris, entre le favus indigène et le favus importé. C'est ce que l'on n'a pas fait jusqu'ici suffisamment. A Paris, où il existe quelques rares cas de favus sporadique, beaucoup plus de cas s'observent venant du dehors. Je crois que c'est là un phénomène commun à toutes les grandes agglomérations ('). En tout cas c'est un fait que nous vérifions constamment à l'école Lailier, où un tiers de nos cas de favus est fourni par des Juifs russes et des Italiens du Sud. On comprend que cet apport continu doive devenir l'origine de quelques cas autochtones et qu'on n'arrive pas à les détruire tous avant qu'ils aient porté graine.

Plus que nous encore, les Américains, malgré les lois qui les garantissent, se plaignent que l'immigration leur apporte du favus, alors qu'ils n'en présentaient pas de cas autochtones. Pourtant il semble que le favus existe désormais en Amérique, en dehors des cas d'importation, bien que les cas indigènes soient fort rares (-).

Même dans les pays où le favus existe endémiquement, les cas en sont le plus souvent sporadiques, néanmoins on peut en observer de véritables épidémies. J'en ai vu trois, toutes trois hospitalières, nées

(1) D'une façon générale, on peut croire que le favus décroît en France. D'après Besnier et Doyon, il aurait décru de moitié de 1867 à 1892. Mais tous les auteurs ne pensent pas de même, et certains auteurs, à Lyon par exemple, ont pu croire, au cours de leur carrière, que les cas de favus avaient augmenté de moitié. Cf. Besnier-Doyon, t. II de Kaposi, p. 781 et aussi : E.-J. Bergeron. Elude sur la géographie et la prophylaxie des teignes. Paris, 1865. Chervin. Annales de démographie internationale, 1880, p. 727, ainsi que H. Feulard. Teignes et teigneux, 1886, p. 189 et suiv.

(2) Presque tous les cas de favus observés à Boston, l'ont été sur des Polonais et Italiens immigrés. James C. White. Immigrant dermatoses (Jour, of eut. and genit. urin. diseuses, oct. 1889, p. 569). G.-W. Wende. An interesting case of tinea favosa epidermidis (Jour, of eut', and. gén.-ur. dis., oct. 1896, p. 583). Il s'agit d'un cas de favus généralisé sur un enfant de 12 ans, américain d'origine. A ce propos, l'auteur s'élève contre la légende qui voulait qu'il n'existât en Amérique que des cas de favus importés. A Buffalo, sur 29 cas de favus, 22 étaient d'origine locale et 7 importés d'Europe.

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dans des sanatoria d'enfants tuberculeux. Elles se sont développées avec une rapidité surprenante, aussi vite que des épidémies de teignes tondantes, et il a fallu d'extrêmes précautions pour les enrayer. Ces épidémies de favus, comme les épidémies de tondante, paraissaient dues à la contamination par les coiffures échangées entre les enfants.

Origine animale du favus humain. — Le favus peut s'observer môme spontanément chez plusieurs espèces animales.

Depuis 1847, où Jacquetant (') a mentionné pour la première fois l'existence du favus chez le Chat et Benett (2) sur la Souris, beaucoup d'auteurs l'ont retrouvé sur divers animaux (3), sur le Chat, sur le Chien et le Lapin. Il n'y a d'ailleurs aucun doute que les, Animaux puissent passer leur favus à l'Homme. Nombre d'auteurs ont cité des exemples de ce fait, ainsi Draper, Anderson, Horand (4). Et Saint-Cyr a même contracté sans inoculation le favus des Animaux qu'il étudiait. Inversement, les Animaux domestiques peuvent contracter le favus de l'Homme (5).

Bref l'existence du favus chez les Animaux et la transmission réciproque des Animaux à l'Homme et de l'Homme à l'Animal est chose prouvée. En fait elle semble peu fréquente, et la génération médicale antérieure à nous a insisté sur ce point plus que les faits aujourd'hui vérifiés ne le montrent vrais (6).

Les Souris étant les Animaux qui sont le plus fréquemment atteints du favus, certains auteurs ont supposé artificiellement une filiation de la maladie passant de la Souris au Chat, du Chat au Chien, etc.... Cette origine muridienne du favus humain n'est étayée sur aucune recherche expérimentale valable. Nulle part d'ailleurs la proportionnalité des cas de favus d'origine animale n'est établie, et les cas de

(') J.-C. Jacquetant. Essai sur le favus. Thèse de Lyon, 1847. (*) Benett. Monthly, Journal of médical science, 1850, p. 48.

(3) Les études de Trastour (1868) sont restées classiques. Cf. : Zanden. Uber epiphyten der Thiere und des Menschen (Arch. f.pathology anal. XIV, 1858). Saint-Cyr. De la teigne laveuse du Chien et du Chat (Jour, de mécl. vélér. de Lyon, 1868, p. 5. Ibid. 1869, p. 395). Étude sur la teigne laveuse chez les Animaux domestiques. (Recueil de méd. vélér. prat., 1869, p. 641). Trasbot. Bull. soc. cent de méd. vét., 1870-71, p. 211) et Cadiot (Bull. soc. cent, de méd. vét.,

(4) Walter G. Smith. Cases of favus ; spécimens of favus from the cat, etc.. ; The Dublin journ. of medic. sciences, 1879, p. 450).

(5) Dès 1847, Jacquetant en avait été témoin. « J'ai vu, dit-il, dans le service des enfants teigneux (il observait à l'Antiquaille, à Lyon) deux Chats, avec lesquels jouaient les petites malades, contracter le favus, et un favus absolument semblable à celui dont elles étaient elles-mêmes, pour la plupart, affectées. »

(6) Horand croit à la contagion facile de l'Homme par les Rats faviques qui seraient fréquents à Lyon. E. Besnier insiste sur l'origine animale du favus humain. Xotes de Kaposi, t. II, p. 782. Cf. aussi la thèse de Gigard.

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favus humain, vérifiés par la culture, et observés spontanément chez l'animal sont ultra-rares (').

Si Ton veut résumer en peu de mots la question de l'étiologie du favus, on pourra dire que cette maladie naît à l'âge scolaire, toujours par contagion, ordinairement sporadique. Elle ne se montre épidémie que que dans des cas tout à fait rares. C'est en général une maladie peu contagieuse, demandant pour se transmettre des conditions assez rarement réunies, entre lesquelles la pauvreté et la promiscuité paraissent les principales. Et c'est la chronicité de la maladie, sur le sujet une fois contaminé, qui assure son passage à d'autres sujets. Les conditions de l'hygiène moderne rendent le favus de plus en plus rare. En beaucoup de contrées son extinction est presque accomplie, et l'on n'y rencontre guère que des cas d'importation provenant de pays où la maladie existe encore largement.

La proportionnalité des cas de favus humain provenant des Animaux est certainement très faible, et, dans l'ensemble, presque négligeable.

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