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IV. — LES FAVUS SANS GODETS

En ce qui concerne les favus du cuir chevelu, « la seule distinction vraiment pratique au point de vue du diagnostic est celle qui groupe tous les favus en deux classes : 1° ceux où la matière favique est immédiatement ou facilement visible, et 2° ceux où la matière favique est dissimulée ». Ainsi parlait Aubert en 1880 (2). Et rien n'est plus vrai car, bien que le godet soit par excellence la lésion élémentaire commune du favus, il peut manquer.'

A la vérité, la distinction du favus typique (à godets) et des favus atypiques (sans godets) est schématique. On appelle souvent favus sans godets des favus atypiques, sous les squames desquels il est facile de retrouver des godets miliaires; néanmoins, et sous ces réserves, le nom de favus sans godets est bon et peut être conservé.

Ceci dit, il ne nous semble pas que le nombre des variétés de favus

(1) Je ne mentionne que pour mémoire, 1 affirmation de Balzer qui a vu dans les préparations des godets faviques des microbes « assez abondants parfois pour obscurcir la préparation et pour qu'on soit obligé de les faire disparaître en établissant un courant d'eau sous la lamelle de verre ». L'examen microscopique n'en montre jamais dans le godet ni autour de lui. Il est vraisemblable que cette observation a eu pour base une mauvaise technique et une erreur d'interprétation. (F. Balzer. Recherches histologiques sur le favus et la trichophytie (Arch. gén. de méd., octobre 1881).

(2) P. Aubert. Diagnostic de la teigne faveuse (Annales de Dermat. et de Syph., 2e série, 1880, p. 55)."

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sans godets doive être multiplié. Les quatre formes décrites par Mibelli (') se rapportent toutes au favus herpeticits des anciens, qui n'est qu'une variété de début, qu'on ne voit guère qu'à la peau glabre et qui ne s'observe, au stade d'état d'un favus, que comme un épiphénomène. Les cinq formes de E. Besnier n'ont pas assez d'autonomie et de personnalité pour être conservées (2). La classification de Dubreuilh, au contraire, est simple et peut encore être simplifiée!3). Il admettait trois favus sans godets : pityriasiforme, impétigineux et alopécique. Et le troisième n'est que la phase terminale de tous les vieux favus.

I. Favus pityroïde. — Le favus pityriasiforme ou mieux pityroïde est de connaissance ancienne. Dès 1850, Cazenave le décrivait à merveille. Ce type se présente ordinairement sous la forme de placards peu nombreux, mais qui peuvent être très grands, ils ne sont ni ronds, ni ovales, mais de forme quelconque. Sous les squames, le fond de la lésion est rouge, d'un rouge persistant, analogue à la couleur de fond des plaques psoriasiques. Leur surface est recouverte de squames jaunâtres, feuilletées. Lorsqu'on soulève les squames, on voit que les plus superficielles se détachent aisément, mais que les lamelles profondes, en rapport direct avec le cuir chevelu, sont au contraire adhérentes, et qu'elles recouvrent une surface à peine humide ou tout à fait sèche et de couleur rouge. On pourrait donc aisément prendre de telles lésions pour du pityriasis, de l'eczéma sec ou du psoriasis, sans la présence, à leur surface, d'innombrables cheveux gris, secs, décolorés, qui, pour un œil averti, sont caractéristiques du favus.

Mais bien des caractères particuliers de ces placards les signalent à l'attention. Presque toujours, sous les squames, on peut retrouver disséminés des godets miliairesgros comme des têtes d'épingles. Presque toujours, si l'affection dure depuis longtemps, on observe disséminées à travers les plaques malades, de petites taches alopéciques cicatricielles, plus ou moins nombreuses, nettes et développées. L'aspect gris-souris des cheveux de leur surface est également bien spécial, ainsi que leur peu de résistance à la traction. Avec deux ongles on en arrache une pincée, presque tous emportent avec eux une gaine épidermique vitreuse occupant toute la longueur de leur portion radiculaire.

Enfin, une autre caractéristique importante de ces placards squa-

(') V. Mibelli. Sul favo. Milano 1892, p. 23, admet 4 formes de favus : 1° maculeuse et érythémato-pityriasique ; 2° érythémato-squameuse marginée ; 5° squameuse et papulo-squameuse abortive; 4° érythémato-vésiculeuse circinée.

(-) Besnier admettait : 1° une forme de séborrhée pityriasique; 2° une forme en eczéma séborrhéique vulgaire; ?° une forme en eczéma sordide suintant; 4° une forme en impétigo melliforme ou granulé; 5° une forme en psoriasis capitis sans lésion du corps (Besnier et Doyon : Notes de Kaposi, 1892, p. 769, t. II).

(3) W. Dubreuilh. Journ. des mal. eut. et syph., 1890, p. 152.

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