LES FAVUS SANS GODETS
lieux, c'est leur durée sur place indéfinie. A la question posée : Depuis combien de temps cette lésion existe-t-elle? la réponse est uniforme : il y a dix mois, il y a quinze mois; telle elle était, telle elle est restée, sans jamais disparaître ou même diminuer, mais en augmentant insensiblement. A l'ensemble de ces caractères, tout dermatologiste doit affirmer le diagnostic (').
II. Favus impétigoïde. — Le favus impétigoïde a été comme le précédent très bien décrit par Dubreuilh.
On dirait au premier abord des lésions d'impétigo banal. Il y en a deux ou trois, rarement plus; aucune n'est grande. Elles sont recouvertes d'une croûte qui est tout à fait impétigineuse, d'un jaune d'ambre, cassante. Aucun godet n'est visible et le diagnostic ne peut être établi que par trois symptômes : par la longue durée sur place de la lésion, persistance qui n'est pas du tout dans les mœurs de l'impétigo ; par la cicatrice commençante, car elle a vite fait d'être apparente, et on en observe le début en un point quelconque, à côté de la croûte impétigoïde; enfin par la présence de quelques cheveux nettement faviques, pris dans la croûte.... « Ce n'est qu'au rebord des croûtes
(') L'histoire du favus pityroïde mérite d'être résumée en quelques mots. Cazexave en 1850 (Traité des maladies du cuir chevelu, p. 243) en fournit une description excellente. De même Devergie {Traité pratique des maladies de la peau, 1857, p. 522), sous le nom de teigne faveuse squameuse. La plus parfaite description du favus pityroïde est certainement celle de Charpy (Notes de dermatologie Annales de Dertnat. et de Syph., 1874-75, p. 528). « Le cuir chevelu, dit-il, est recouvert de lamelles de couleur blanc jaunâtre, de consistance élastique, agglutinant les cheveux et les couchant le long de Fépiderme. D'autres fois, les lamelles sont remplacées par une poussière grise, furfuracée, qui tombe incessamment. Sous ces furfurs ou ces lamelles, on découvre une surface à teinte grise ou gris-rouge, d'aspect luisant et légèrement ridé; cette surface est sèche sans exsudation. ».
« Si l'on se contente d'un examen superficiel, le diagnostic s'égare, et l'on croit à une teigne furfuracée ou amiantacée, mais déjà l'œil est mis en éveil par ce fait que, tout le cuir chevelu étant envahi, la lésion s'arrête nettement sur le contour des surfaces chevelues et n'empiète ni sur le front, ni sur l'oreille, fait exceptionnel dans un eczéma. Il remarque aussi, par places, de petites taches blanches, irrégulières, de la largeur d'une pièce de cinquante centimes et qui sont des plaques alopéciques. » Il faut rattacher à ce type, la très intéressante observation plus ancienne de Spillmann, observation de favus simulant un pityriasis du cuir chevelu (Annales de Dermat., 1870-71, p. 347). Le cas avait été méconnu par plusieurs, le diagnostic fut prouvé microscopiquement. Les commémoratifs étaient importants. La mère du malade était atteinte. Le malade, âgé de vingt-deux ans, était atteint depuis l'enfance, et ses lésions montraient de nombreux points cicatriciels.
Le travail de Dubreuilh précité est de 1890. La thèse d'ALLARDO citée plus loin: Contribution à l'étude des formes atypiques du favus est de 1896 (v. p. 39-40). Je ne puis citer toutes les observations isolées se rapportant au même type. Elles sont trop nombreuses. Ainsi l'observation (I'Allen, qui montre à la New- York Dermatological Society du 28 février 1899, un cas de favus microscopiquement démontré, et qui a produit, au lieu de godets, des amas squameux ressemblant à de la séborrhée (sèche), etc....
jaunes, et quelquefois même englobés par ces croûtes que l'on peut rencontrer, en quelques points, des poils secs et ternes dont la présence, au point de vue du diagnostic, acquiert une importance considérable (*). »
Avec ces trois caractères — et ils se trouvent presque toujours réunis — on peut éviter une erreur de diagnostic préjudiciable au malade. J'ai suivi à diverses reprises des favus impétigoïdes plusieurs mois sans leur voir constituer des godets. C'est une l'orme rare et d'évolution très lente.
V— LE CHEVEU FAVIOUE
Le cheveu favique existe dans tous les favus du cuir chevelu, et il est aussi important à connaître que le godet, mais il prend une importance particulière dans les favus sans godet, dont il devient un élément de diagnostic prépondérant.
Au début d'un favus, le cheveu ne semble pas malade, c'est parce qu'il est envahi comme le cheveu trichophytique dans sa partie radiculaire, et, pour que le cheveu malade devienne visible, il faudra qu'il ait grandi jusqu'à dépasser la saillie même des godets faviques. Deux ou trois mois après la naissance d'une plaque de favus, les cheveux de toute sa surface seront visiblement malades et le resteront pendant des années, jusqu'à l'éviction du cheveu et la destruction cicatricielle du follicule qui le produisait.
Les cheveux malades sont gris, non pas gris comme les cheveux qui deviendront blancs, mais d'un gris-poussière, terne et sec, ils ont perdu tout leur brillant. Cet aspect est facile à reconnaître mais ne paraît pas aussi évident avec tous les éclairages. Il se voit plus nettement, si l'on place la région malade entre la lumière et l'ombre. Ce placard de cheveux ternes, tranchant parmi les cheveux normaux, lustrés, est au moins aussi caractéristique *du favus que le godet, car le godet peut manquer dans le favus du cuir chevelu, tandis que le cheveu favique ne manque jamais.
Ce cheveu grisâtre est un peu plus fragile que le cheveu normal, et sa longueur dépasse rarement quelques centimètres, mais sa fragilité en général n'est pas telle qu'on ne puisse l'épiler avec sa racine entière. On peut trouver des cheveux faviques cassants, mais ils sont en minorité, et une traction lente et mesurée parvient toujours à les épiler entièrement. Du reste l'épilation des cheveux faviques est plus facile et moins douloureuse que celle des cheveux sains (2). D'un seul
(') Allardo. Loc. cit.
(2) Besnier et Doyon. Notes de Kapôsi, t. II, p. 762.
LE CHEVEU FAVIQUE. 509
coup, on parvient très bien à en épiler 10 ou 15. Ordinairement leur portion radiculaire terminée par un bulbe noir et collant est entourée dune gaine vitreuse plus ou moins épaisse. On ne peut d'ailleurs diagnostiquer le i'avus sur ce symptôme, car il s'observe en des maladies différentes et même avec le cheveu sain; c'est néanmoins un signe de probabilité, car c'est dans le I'avus qu'il s'observe le plus constamment et le plus nettement. Tantôt cette gaine est mince, blanche, vitreuse. Elle ressemble à celle qu'on peut observer sur le cheveu normal, et elle ne paraît pas englober le bulbe noir qui parait nu. Dans ce cas, la repousse du cheveu après l'épilation est constante, et il a même beaucoup de chances de repousser débarrassé de son Parasite, et sain désormais. C'est cette remarque qui a conduit au procédé de l'épilation thérapeutique. Mais, dans d'autres cas, l'épilation du cheveu se fait sans aucun effort de traction, sa gaine est plus grosse, plus jaune, plus opaque; elle comprend le bulbe et l'entoure. Et dans ce cas il est à craindre que le cheveu ne repousse pas et qu'il se produise une cicatrice de son follicule.
On peut trouver, à la surface des vieux favus, des cheveux ayant d'autres caractères que ceux que nous venons de décrire, des cheveux frisottants, atrophiques, etc. Us sont caractéristiques de l'état cicatriciel du cuir chevelu dans la région où ils existent, et non pas du favus. Car ces cheveux, le plus souvent, sont indemnes de Parasite.
En dehors de sa gaine vitreuse le cheveu favique présente encore un caractère plus fin signalé par Gruby et par Aubert ('), c'est la facilité de sa dissociation dans le sens de sa longueur, dissociation que les filaments parasitaires dans l'Achorion ont déjà commencée ; si on écrase le cheveu favique entre deux lames de verre, on voit qu'il tend à se dissocier en long, comme un brin de chanvre roui. Aucune maladie du cuir chevelu ou du cheveu ne donne au cheveu un aspect comparable à celui-là.
Examen microscopique du cheveu favique. — L'examen microscopique du cheveu favique est très facile et se pratique suivant les mêmes techniques que nous avons indiquées pour l'examen des cheveux atteints de teigne tondante. Puisque le cheveu vient entier à l'épilation, cet examen est plus facile. On ne le croirait pas en lisant les descriptions contradictoires des auteurs. Ces contradictions proviennent surtout de ce fait que le cheveu favique lorsqu'on le traite par la potasse devient plus fragile que le cheveu trichophy tique. Le plus souvent il se rompt au niveau du collet du bulbe, ce dont beaucoup d'observateurs ne se sont pas aperçus et ils ont décrit le Parasite
(l) Aubert. Diagnostic de la teigne faveuse (Annales de Dermat. et de Syph., 1880, p. 35).
FAVUS.
descendant jusqu'à la base d'implantation du cheveu, alors qu'il ne
descend jamais jusque-là (1).
Lorsqu'on prépare un cheveu làvique avec tout le soin désirable, on voit qu'il est parasité dans toute la hauteur où il apparaissait décoloré hors de la peau, et dans toute sa portion radiculaire jusqu'au collet du bulbe mais que le Parasite ne descend jamais plus bas.
Examiné à un faible grossissement de 40 à 70 diamètres, le cheveu favique se présente déjà avec des caractères qui en feraient faire le diagnostic par un observateur expérimenté. Le cheveu, dans toute sa longueur, est criblé de petites bulles d'air adhérentes. Et, dans le corps du cheveu, on aperçoit déjà de minces filaments sinueux plus ou moins nombreux, mais toujours plus rares que les filaments trichophytiques intrapilaires (fig. 257).
Je ne sais à quoi attribuer le phénomène des bulles d'air adhérentes, dont la constance et le nombre sont presque caractéristiques du cheveu favique. Je risquerai à ce sujet une hypothèse. Ce phénomène se produit surtout dans la portion aérienne du cheveu, où beaucoup de filaments parasitaires paraissent morts, desséchés, et remplacés par de l'air infiltré à leur place. C'est peutêtre cette infiltration qui donne au cheveu favique sa décoloration caractéristique. Lorsqu'on prépare le cheveu favique, il arrive souvent qu'on voit de longs boyaux mycéliens signalés dans l'épaisseur du cheveu par une bulle allongée d'un blanc d'argent (fig. 258) et j'ai cru remarquer que plus ces bulles allongées étaient nombreuses, moins nombreuses étaient les bulles rondes, et inversement. Les bulles adhérentes au cheveu favique [traité par la potasse résulteraient de l'infiltration de la solution de potasse dans le corps du cheveu, chassant l'air des boyaux mycéliens déshabités. Cet air chassé du corps du cheveu resterait sous forme de bulles adhérentes à la surface du cheveu. Ces bulles ont toujours disparu après quelques heures-
(') Beaucoup de micrographes comme Lebert, Wedl,Guddex, Remy necroyaienl même pas à l'envahissement du cheveu par l'Achorion. Gruby n'en parle pas dans son mémoire, cependant d'après Ch. Robi\ (Loc. cit. p. 4-77 , note) il mirai! vu les filaments du Parasite du favus se prolonger vers le bulbe des poils. Bazi> reconnut des spores faviques dans les cheveux très altérés. Lailler, Kaposi de même, quoique leurs descriptions soient très médiocres. Balzer (Recherches
Fig. 237. — Aspect typique du cheveu favique à un faillie grossissement.
LE CHEVEU FAVIQUE.
d'immersion du cheveu dans les liquides de préparation. Quoiqu'il en soitde la nature du phénomène qui produit ces bulles, elles existent et quoique ce caractère soit extrinsèque, sa constance mérite d'être signalée.
Je passe maintenant aux caractères propres du Parasite. Certains sont constants mais beaucoup d'autres sont variables, car certainement l'Achorion est l'un des Parasites mycéliens les plus polymorphes du cheveu.
Un de ses caractères ordinaires est le petit nombre relatif de ses filaments dans un même cheveu. Jamais on ne voit un cheveu favique aussi rempli par l'Achorion que le cheveu trichophytique l'est presque toujours par le Trichophyton. Dans le favus, la structure propre du cheveu reste toujours visible entre les filaments dispersés du Parasite.
Ces filaments sont faits, comme chez tous les autres Dermatophytes que nous connaissons, par des cellules cylindriques placées bout à bout. Leur direction, comme celle de tous les Dermatophytes, est descendante, ce que le sens constant des dichotomies démontre, et si donc le cheveu favique montre des filaments
du Parasite jusqu'à deux centimètres et plus au-dessus de la peau, c'est que cette partie du cheveu, envahie quand elle était dans le lblli cule, est devenue aérienne par suite de la croissance du cheveu.
Les filaments parasitaires ne sont pas rectilignes, mais flexueux et
Fig. 258. — Les bulles d'air suivant les trajets mycéliens dans le cheveu favique. x 260.
histologiques sur le favus et la trichophytie in Arch. gén. de miel., octobre 1881, p. 585) montre que l'Achorion pénètre le cheveu quoique d'une manière incomplète et inconstante. Balzer admet après Unna, la pénétration directe de l'Achorion dans le cheveu, mais surtout la pénétration indirecte par le bulbe, théorie dite du détour et qui est désormais controuvée. Voyez, pour son inexactitude, le dessin de Kaposi; trad. française, lre édition, p. 597, t. II, montrant l'Achorion entre les cellules de la gaine interne de la racine du cheveu.
ondulés, de diamètre un peu variable clans le même cheveu. Suivant les cas, on trouve ces filaments divisés par des septa plus ou moins proches en loges rectangulaires qui sont presque partout plus allongées que dans le filament trichophytique. Quelquefois ces cloisons intercellulaires sont très distantes. Quelquefois on les croit très distantes, et la coloration montre qu'il y en avait beaucoup d'invisibles. Néanmoins on peut voir, suivant les cas et suivant les cheveux, une
très grande vari été de form e des mycéliums faviques ainsi que l'indiquent nos figures.
Les filaments descendants se multiplient par dichotomie , mais il est fréquent d'observer, par places, un groupe d'éléments cubiques ou subcubiques, agglomérés comme les cailloux d'une mosaïque, et disposés sans ordre le long du cheveu. Ce sont les tarses faviques dont la signification avait été mal comprise par moi et par d'autres antérieurement.
J'y avais cru voir un filament se divisant en trois ou quatre, par tri ou tétratomie du filament primitif.
Mais cette opinion est inacceptable. Ces tarses faviques ne s'observent qu'à la phase initiale de l'infection et sur des cheveux (fîg. 240) où l'on voit manifestement par places des filaments pénétrants par effraction sous la cuticule du cheveu. Dès lors la ressemblance entre ces figures et les figures analogues que l'on rencontre au début de l'infection pilaire par tous les Dermatophytes est évidente. Ce sont là « les groupes à facettes » très bien décrits par Fox et Blaxall dans la microsporie et qui signalent l'invasion du cheveu par des filaments externes d'abord, intra-pilaires ensuite.
Ainsi est démontrée, par ces figures, la parité du mécanisme d'invasion du cheveu par tous les Dermatophytes, et l'inanité de la théo-
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