ASPECT ET ÉTAT GÉNÉRAL DES GRANDS FAVIQUES
gnant. D'autres fois, il présente l'aspect bête et sournois des êtres primitifs dépaysés. C'est que les cas de favus intense ou généralisé ne s'observent plus guère que chez le minus habens ayant gardé sa maladie par pusillanimité ou bêtise, refusant de se montrer, ou de se traiter, ou encore abandonnant chaque fois son traitement à peine commencé. Tous les dermatologistes ont vu de ces cas. Si le malade n'a pas été — à plusieurs reprises — guéri, c'est que son instabilité mentale a constamment mis obstacle à son traitement.
Inversement à ce premier cas., on peut dire que le favus a souvent été une cause d'insociabilité pour le malade, parce que, dans son enfance, les autres enfants l'ont repoussé de leurs jeux, ou parce qu'il n'a pu être admis comme eux à l'école. C'est donc avec juste raison que tant d'auteurs, dont Bazin, ont parlé de l'aspect spécial du malade favique, et l'ont expliqué par la répulsion qu'il est habitué d'inspirer et qui en fait un sauvage.
En outre, la difficulté des soins qu'un favique aurait à prendre de sa tête les lui a souvent fait tous négliger. Il est rare qu'une jeune fille atteinte de favus ne soit pas atteinte aussi dephtiriase('). Tout cela fait du grand favique un paria et explique son attitude humble et craintive.
II. — Autre chose est l'aspect malingre et même cachectique des grands faviques sur lesquels beaucoup d'auteurs aussi ont insisté (2). Très souvent un favique est considéré par sa famille comme un incurable, et bientôt traité comme une non-valeur. J'ai vu plusieurs cas de persécution et même de séquestration d'enfants faviques.
Il se peut ainsi que le mauvais état général des malades faviques provienne quelquefois des mauvais soins qu'ils ont reçus (;j.
J'ai vu peu de séquestrés et parmi eux plusieurs faviques; ce fait ne peut pas être un hasard. Trois hypothèses pourraient expliquer cette coïncidence. Ou bien l'enfant a été persécuté comme certains pauvres incurables. Ou bien l'enfant, dont la couche est devenue un réceptacle de tous Parasites, reçoit de l'un d'eux, de la Souris, par exemple, le germe d'une maladie qui est, presque en tous cas, une maladie de sordidité.
(') Leglldic. Favus squarreux généralisé (Bull, de la Soc. de méd. d'Angers, 1891, 2e sem. p. 69). Le cas est d'un enfant de 14 ans, favique depuis sept ans et dont la description coexiste avec la fig. 245. Phtiriase concomitante.
(2) A. Cazenave. « L'habitude du corps est grêle et chétive, l'intelligence même est obtuse; les sujets ont un air hébété remarquable.... » Traité des maladies du cuir chevelu, p. 241. Cf. aussi : Chirivino. Un caso non commune di favo generalizzato {Giorn. ital. del. malat. vener. e délia pelle, 189ti, fasc. 2, p. 178).
(3) Lire à ce sujet la très belle et dramatique observation de L. Gaillard : Un cas de favus généralisé (Ann. de Dermat., 1880, p. 97). Une enfant élevée dans un asile et gardée sept ans sans aucun soin de son favus, repoussée par sa mère, vagabonde, dans un état de sordidité inimaginable, est recueillie, hospitalisée, nettoyée, accouchée, guérie. Noter une récidive de favus, au coude, quatre mois après le traitement.
Il faut encore envisager la question d'un autre point de vue. Certains auteurs ont pensé que la cachexie favique dérivait de l'infection cutanée chronique. Il existe des toxines trichophytiques, et faviques. En ordre, on a publié plusieurs cas de favus viscéral. Peut-être en
existe-t-il qui soient . authentiques? Lorsqu'on parcourt les observations de favus généralisé, on est frappé du nombre de ' celles où l'on voit mentionner l'état cachectique du sujet ou encore la coexistence d'une tuberculose. Peut être existe-t-il une p s eu d o - tuberculose favique spontanée^).
Assurément ce chapitre est à refaire tout entier.
Et malheureusement nous ne lui apportons aucune contribution personnelle. Mais on ne peut a priori récuser toutes les observations de favose intestinale qu'on a fournies, malgré leur insuffisance. Tout ce qu'on peut dire c'est que ni l'aspect souffreteux du malade favique, ni son état général dé-fectueux ne sont de règle, et que l'on voit, même avec des favus g-énéralisés, une santé g-énérale parfaite et un aspect robuste du patient.
Fig. 249 — Favus chez un enfant séquestré. Photographie prise quelques jours avant sa mort. (Malade de Jeanselme.)
(M Je cite pour exemple l'obs. de Malcolm Morris : An extensive case of favus (The British journal of Dermat., av. 189 1, p. 101). Il s'agit d'un favus couvrant une énorme surface ayant débuté quatorze ans avant au cuir chevelu, et l'ayant dénudé, couvrant le dos, ayant atteint les ongles; etc. Tuberculose pulmonaire
Voyez aussi l'obs. de Montsera de Montpellier (Congrès français de méd. dr Montpellier, av. 1896). Observation d'un favus qui semble s'être généralisé à tout le corps à la faveur d'une tuberculose à marche rapide....
Etcellede Cirivino (Un caso non commune di l'avo generalizzato. Giorn. Uni. del malal. ven. e délia pelle, 1896, fasc. 2, p. 178) où un favus, occupant le cuir chevelu depuis cinq ans, a couvert le corps de godets, petits et moyens, distincts, excepté les mains, les pieds et les plis de flexion. L'enfant maigre, chétia présente un état de cachexie remarquable..., etc. On pourrait multiplier les citations de ce erenre.
FAVUS LOCALISÉS. 529
Favus viscéral. — Il y a peut-être d'autres observations publiées de favus viscéral, mais nous n'en avons retrouvé que deux, qui sont sorties l'une et l'autre de l'école de Vienne.
Toutes deux ont été faites sur des cas observés chez des Galiciens. Lune de ces observations est de Nobe, qui présenta au LXVIe Congrès des médecins et naturalistes de Vienne, un cas de favus généralisé chez un enfant de 14 ans, atteint, outre son favus, d'une arthropathie du genou droit. L'examen des déjections de cet enfant les aurait montrées pleines de mycélium....
L'autre observation est celle de Kundrat et Kaposi, qui fut présentée à la séance du 17 oct. 1884 de la Société de médecine de Vienne. Il s'agissait d'un fait d'autopsie. Un Galicien de 40 ans, atteint de favus depuis 50 ans, était mort, au cours d'un favus généralisé, d'un phlegmon du creux poplité. A l'autopsie, on aurait trouvé un favus de la muqueqse gastrique et intestinale, au sein de pertes de substances ulcéreuses....
Sabrazès (') a vainement tenté de reproduire de la favose intestinale par l'ingestion aux Souris de cultures de favus. Je crois que si ces expériences étaient reprises, il faudrait substituer des débris de godets faviques aux débris de culture dont l'inoculation expérimentale est certainement moins facile.
Les inoculations intra-veineuses que le même auteur a tentées ont tué Te Lapin au 5e jour. A l'autopsie on a retrouvé des granulations miliaires dans le parenchyme pulmonaire. Chaque granulation était faite d'un peloton mycélien intra-vasculaire entouré d'une enveloppe de leucocytes dont la couche interne était nécrosée. Mais ces expériences et leurs résultats peuvent s'expliquer par le fait des embolies mécaniques, même lorsque la rétroculture a été positive (autre expérience de Sabrazès : inoculation favique dans la chambre antérieure de l'œil du Lapin) . Car le Parasite, même vivant, aurait pu tuer par embolies mécaniques et non par son développement intra-viscéral.
Bukovsky(2) a renouvelé ces expériences et elles semblent avoir conduit aux mêmes résultats. L'inoculation en grande quantité a causé la mort par embolies, en petite quantité n'a causé aucun désordre apparent. Chez le Lapin, l'auteur a produit ainsi de petits éléments pseudo-actinomycosiques peu importants.
En somme, les inoculations expérimentales n'ont rien produit qui ressemblât à ce que la clinique avait cru voir. Et ce que la clinique avait cru voir aurait besoin de confirmation. Tel me paraît être l'état actuel de la question du favus viscéral.
FAVUS LOCALISES
La localisation habituelle du favus, comme des autres teignes, étant le cuir chevelu, si le favus se présente en d'autres sièges c'est le plus souvent par inoculation secondaire. Du fait d'un traumatisme ou d'un
(') J. Sabrazès. Pseudo-tuberculoses faviques expérimentales (Annales de mrmal., 1893, p. 414).
(-) Bukovsky. Ein Beitrag zur Kenntniss der experimentellen und klinischen Eigenschaften des Achorion Schônleinii (Arch. f.Derm. u. Syph., 1900, t. LI, p. 364).
530 FAVUS.
grattage, un enfant s'est inoculé à l'avant-bras ou au mollet, par exemple, un groupe isolé de quelques godets typiques.
Néanmoins on peut observer aux régions glabres des lésions isolées de favus, sans favus du cuir chevelu concomitant. Il existe ainsi au musée de l'hôpital Saint-Louis des godets i'aviques solitaires de la paupière, de la joue, du bras, chez des malades qui ne présentaient que cette lésion favique. Le nombre des faits de ce genre est trop considérable pour que nous puissions même signaler toutes les observations qui s'y rapportent, mais il est impossible également de les passer toutes sous silence.
Ony chose . — L'inoculation de l'Achorion aux ongles des mains ou des pieds produit l'onychomycose favique. Cette localisation n'est pas fréquente en France. Je n'en ai pas rencontré un cas sur les 52 malades faviques de ma dernière enquête. Horand, de Lyon, en comptait 5 cas sur ilL2 favus traités à l'Antiquaille (').
Les chiffres fournis par les auteurs italiens donnent une proportion plus élevée : Marianelli a trouvé 9 cas d'onychose favique sur 509 cas de favus à la clinique de Pellizari, à Pise, de 1885 à 1891 (2j. La proportion des onychoses faviques, même en Italie, semble inférieure à celle des onychoses trichophytiques (5).
L'onychose favique fut découverte par les frères Mahon, l'un d'eux s'étant inoculé lui-même, en épilant des favus avec les ongles, suivant le procédé qu'ils mettaient en œuvre. C'est ainsi qu'il put décrire sur lui-même cette modalité de la maladie (4).
Elle fut, à la vérité, décrite plus exactement par la génération médicale suivante. Ses caractères sont, du reste, assez particuliers et reconnaissables, surtout lorsque les lésions de l'ongle sont encore peu avancées, car au lieu des opacités grisâtres de l'ongle trichophytique, l'ongle favique signale les points d'attaque de la maladie par des
(') Horand. Discours d'installation à l'Antiquaille (Annales de Dermat., 1875, 1876, p. 271).
(2) A. Marianelli.. Achorion Schônleinii. Morfologia biologia e elinica. Pisa, 1892.
(3) Marianelli a trouvé la proportion comparative de 24 onychoses trichophytiques sur 495 tiïchophyties.
(4) « Les altérations des ongles, quelquefois concomitantes de la teigne faveuse, ne doivent pas être passées sous silence et elles méritent quelques observations....
« L'altération des ongles causée par le favus parait résulter d'un trouble et d'une augmentation de la sécrétion cornée qui les constitue, car ils augmentent d'épaisseur et s'allongent d'une manière insolite. La régularité et le poli de leur état normal font place à une rugosité longitudinale ; leur couleur prend la teinte jaunâtre du favus.
« dette désorganisation est de telle nature qu'elle ne cesse pas d'exister avec tous les autres symptômes du favus; elle persiste encore après la guérison la plus assurée, et ne disparait jamais; ce phénomène se fait remarquer aussi aux ongles des pieds (Mahon jeune. Recherches sur le siège et la nature des teigneà Paris, 1829, p. 61-62).
FAVUS LOCALISES. 531
taches lenticulaires d'un beau jaune maïs('), ou jaune soufre (2), assez analogue aux lésions psoriasiques unguéales à leur début. Quand ces taches sont situées au bord de" l'ongle, et qu'on peut examiner leur structure par dissociation, on trouve l'ongle épaissi et la tache jaune constituée par des squames stratifiées dans lesquelles les filaments du Parasite sont nombreux.
Quand ces taches évoluent spontanément, la table externe s'amincit à leur niveau, elle se fissure et se crève, et par cette ouverture qui s'agrandit, la substance de l'ongle, devenue friable, s'élimine en laissant l'ongle raboteux et difforme.
Dans d'autres cas, où la table externe est à peu près respectée, l'ongle est uniformément épaissi, une sorte de dégénérescence caséeuse élimine la masse de l'ongle au-dessous de sa surface conservée, et l'ongle reste soulevé de son lit, ou bien les parties envahies restent sèches et leur élimination se fait en poussière.
Même lorsque l'ongle favique est ainsi décollé, l'impotence relative des doigts est peu marquée, et les symptômes localisés aux ongles mêmes, comme dans la trichophytie. « Peu à peu, "écrit Lespinasse(3), l'ongle malade, non épaissi, est soulevé, « renflé, noueux, tubéreux », un peu douloureux, mais serviable (4).
Quelquefois les vingt ongles sont pris. Je l'ai vu. D'autres fois, plusieurs sont indemnes. Dans ce cas on peut être témoin du début du parasitisme et l'on vérifiera la règle qui veut que la lésion unguéale soit secondaire à une lésion épidermique primitive du bord latéral ou du bord libre de l'ongle (3).
La durée de l'onychomycose favique non traitée est indéfinie. Fabry (,;) a vu un homme de M ans guéri de son favus du cuir chevelu depuis l'enfance et ayant conservé depuis lors son favus des ongles.
Henri Fournier a fait la même remarque sur cinq enfants d'une même famille (7). Et j'ai vu le diagnostic de l'onychose certifié par
(') Besnier-Doyon. Notes de Kaposi, t. II, p. 775. (*) Kaposi, t. II, p. 774.
(3) H. Lespinasse. Étude sur les onychornycoses trichophytique et favique et la pelade unguéale. Bordeaux, nov. 1899.
(4) P. J. Eichhoff (Zur iEtiologie der Sklerodermie. Arch. f. Dermat. u.-Syp., 1890, n° 6, p. 857), attribuait dans un cas une sclérodactylie à l'onychose favique coexistante.
(5) Je ne crois pas qu'on puisse différencier les processus d'attaque de l'Achorion et des Trichophytons comme le pensait F.Leviseur (A case of favus of the nails. Jour, of culaneous and genito-urinary diseases, mai 1898, p. 224). L'auteur veut que le favus attaque l'ongle par le bord libre et le Trichophyton par la racine ou par les bords.
(6) J. Fabry. Ueber onvchomycosis favosa (Arch. f. Dermat. und Syph., 1890, p. 21).
(7) Henri Fournier. Étude sur la trichophytie des ongles (Journ. des mal. cutanées et syphilitiques. Première série, 1889, page 3, note 1).
532 FAVUS.
les cicatrices d'un favus du cuir chevelu ancien, guéri depuis des années. L'anatomie de l'onychomycose favique a été souvent étudiée et les résultats fournis par les auteurs ont été très contradictoires. Campana^1), Balzeri2), Pellizari (3j et Fabry ('') ont tous cru à la pénétration de l'Achorion dans le derme sous-unguéal ; Fabry a décrit des réseaux mycéliens compacts dans l'épaisseur des bourgeons épithéliaux inter-papillaires, etc.
Ces erreurs ont été relevées d'abord par Unna(5), puis par Mibelli (6), puis par Truffi (7) d'une manière parfaite.
N'ayant pu remettre cette question à l'étude faute de matériel, je reproduirai seulement les conclusions de M. Truffi :
1° Dans le derme et l'épidémie du lit unguéal, le favus provoque les mêmes phénomènes réactionnels qu'en tous autres sièges;
2° La lame unguéale conserve son épaisseur normale ; le grossissement apparent qu'on voit au bord libre et aux marges latérales est dû à une substance cornée interposée entre le lit de l'ongle et l'ongle luimême ;
5° Cette substance cornée est un lieu d'élection de la végétation du Parasite;
4° L'autre lieu d'élection est la lame unguéale elle-même, mais seulement dans ses strates superficielles contrairement aux assertions de Fabry ;
5° Non seulement le Champignon ne pénètre pas dans le derme, mais même dans le corps de Malpighi du lit de l'ongle, ce qui vérifie la loi de Unna que le Parasite s'arrête toujours à la cellule épidermique non cornée;
6° Enfin M. Truffi a vu le Parasite exister dans la lame superficielle de l'ongle sans communication à travers la lame profonde, ce qui donne raison à Pellizari qui affirmait que la lame superficielle peut être la première attaquée.
Favus scrotal. — Parmi les localisations du favus, la localisation au scrotum est l'une des plus fréquentes et des plus souvent observées seules, en l'absence du favus des autres régions. Bruno Leik en a fait l'histoire (8), Il en cite huit observations publiées (9), auxquelles se sont
f1) Campana. Tageblatt der Kôlner Naturforscher Versammlung, 1888, p. 260.
(2) Balzer, Inc. citât. (Arch. gcn. de méd., 1881).
(3) C. Pellizari. Recherches sur le tricoph. tonsurans, 1888.
■(*) F. Fabry. Ueber onychomycosis favosa (Arch /'. Dermat. und Syph., 1890).
(5) Unna. Drei favus arten. (Monatsh. /'. prakt. Derm. Bd XIV, n° 10, p. 7).
(6) V. Mibelli. Sul favo. Milano, 1892, p. 104.
(7) M. Truffi. Sulle tigne, 1902.
(8) Bruno-Leick, D. med. Woch., 1897.
(9) Un cas de Cazenave. Ann. de derm., cl de syph., 18,M.
Un cas de Paulicki. Klin. u.path. anal. Mittheil. aus.d. Hamburg Kranken, 1809.
FAVUS LOCALISES. 533
ajoutés un cas de Lorenz ('), un cas de Billet (2), deux cas de Scholtz (3) et un cas de Mewborn que nous étudierons plus loin.
Dans beaucoup des observations, les lésions épidermiques étaient manifestes. Tantôt c'étaient des placards ronds au niveau desquels la peau était légèrement, mais uniformément épaissie et sans margination visible. Tantôt il s'agissait d'anneaux plus ou moins larges et découpés, sur le pourtour ou dans l'aire desquels des godets s'étaient développés. Quoi qu'il en soit, la concomitance des godets et des cercles est souvent remarquée en cette région. En outre, les godets y croissent presque toujours avec une rapidité surprenante. Dans l'observation de Billet, lorsqu'on les détachait de la peau, ils se reproduisaient en six jours. \
Le cas de Billet était supposé provenir d'un Chat, celui de Mewborn était d'origine animale sans doute. Mais on voit aussi le favus scrotal chez des faviques à lésions banales et dont l'histoire est banale aussi.
Billet a cru extraire de son cas un Achorion d'espèce spéciale, mais cela est incertain. La culture, sur le milieu préconisé par Sabrazès(4), montrait une frange de filaments mycéliens dont la disposition spiralée dextrorsum était remarquable. Mais cette disposition a été observée par Bodin, dès 1895, sur les cultures d' Achorion banal. La couleur blanc crème au lieu de la couleur d'un gris cireux du centre de la culture est une de ces différences qu'on observe fréquemment entre les diverses cultures de favus, même quand elles sont de même origine, et la croissance plus rapide et plus large des cultures obtenues de certains cas est un fait de vérification fréquente. Bien dans la description de Billet n'autorise donc à croire qu'il ait rencontré un des favus exceptionnels dont nous aurons à parler plus loin.
Favus de la jambe. — Je me rappelle avoir rencontré, sur le mollet d'un jeune enfant, une sorte d'eczéma rouge à localisation folliculaire et péri-folliculaire manifeste.
L'étrangeté de la lésion et l'absence de diagnostic ferme me firent faire une biopsie, qui montra dans chaque follicule le rudiment d'un godet encore invisible à l'œil.
Huit jours plus tard le diagnostic objectif était devenu évident.
Un cas de Munnich Arch. /'. Hygien, VIII, 1888.
Un cas de Lesser. Lehrb. d. Haut. u. Geschechlechtskr. 7 Aufl., p. '287.
Un cas de Dubreuilh. Arch, clinique de Bordeaux, 1895.
Un cas de Tavermer et Gérard. Journ. des mal. eut. et syph.. 1896.
(') Lorenz. Thèse de Greifswald, 1897.
(2) Alb. Billet. Sur une nouvelle variété d'Achorion isolée d'un cas de teigne laveuse localisée au scrotum, avec 2 pi. {Miscellanées biologiques. Paris, 1899).
(3) W. Scholtz. Sur le Champignon du favus et une petite épidémie de favus. Festehrift zu Ehren von MoritzKaposi. Wien. und Leipzig (Wiih. Braumuller, édit).
(4) Gélose au bouillon de bœuf, peptonisé à 1 pour 100, et additionné de phosphate de soude et de chlorure de sodium à raison de 0,5 pour 100.
534 FAVUS.
Dans ce cas, comme dans les cas similaires, le petit malade avait couché avec une personne atteinte de l'avus du corps.
Ainsi en était-il dans une observation de del Chiapa(1) : une fillette de H ans, atteinte de favus du corps sans avoir de favus du cuir chevelu, donna une plaque de l'avus de la cuisse à son frère couchant dans le même lit.
D'autres fois le sujet se contamine lui-même par des semences échappées de son favus du cuir chevelu, ainsi que del Chiapa et Rossi l'avaient aussi observé (2). Tous ces faits n'ont de remarquable que leur rareté qui laisse le diagnostic hésitant jusqu'à ce que les caractères de la lésion soient positifs.
Favus de la face. — A la face on observe le favus sous trois aspects :
1° L'un est presque constant au cours du favus du cuir chevelu. On voit de-ci de-là, disséminées sur le visage, sur le nez, le front, le cou, des taches roses, desquamantes, qui sont des inoculations faviques abortives. La plupart disparaîtront sans laisser de traces. Plus fréquentes au début d'un favus du cuir chevelu, on en peut observer pourtant à côté de favus du cuir chevelu durant depuis des années.
2° Quelquefois, pour des raisons inconnues, un de ces éléments se développe et prend le deuxième aspect suivant :
C'est une tache plus large, plus rose, desquamante; certains, comme A. Rossi (2), y ont môme décrit des croûtes et des vésicules. L'exemple des inoculations à l'Homme du favus de la Poule montre que la chose n'est pas impossible. Mais souvent il n'y a ni croûtes ni vésicules et seulement, sur une surface érythémateuse et à peine squameuse, des godets gros comme des grains de mil et très reconnaissables.
o" Derville (3) a vu et décrit à la face une troisième forme de début du l'avus, celle que nous avons observée au cuir chevelu, dans le favus épidémique, et décrit sous le nom de l'avus papyroïde ou squarreux d'emblée.
On peut voir d'ailleurs ces diverses formes mêlées et, par exemple, sur la même figure, des cercles discoïdes, des cercles annulaires, des godets miliaires, des godets scutiformes, etc. Les moulages du musée de l'hôpital Saint-Louis sont très riches en la matière.
A la face, l'un des points les plus souvent pris, même isolément, est la paupière. J'ai observé, avec Bodin, chez une fillette, un godet unique de la paupière dont le moulage existe au musée Baretta. Des
(') G.-B. del Chiapa. Casi non communi cli tigna t'avosa (Glorn. ital. del mal. ven. e délia pelle, juin 1897).
(-) A. Rossi. La tigna favosa délia facia (La Ri forma medica, 15 oct. 1891, p. 87). (3) Derville, cité p. 193. note 1.
CULTURES DE L'ACHORION SCHONLE1NII. 535
observations analogues de plusieurs auteurs existent dans la littérature médicale.
Le l'avus, qui peut envahir le cheveu, n'envahit guère le poil du corps. Je n'ai jamais vu de favus des poils du sourcil, des cils, de la barbe, des régions de l'aisselle ou du pubis. Et quand le favus existe au sourcil ou, comme je l'ai vu, au bas-ventre, il s'y comporte comme sur une région glabre. J'ai vu cependant le follicule d'un follet de la face envahi comme le follicule pilaire au début de l'invasion favique du cuir chevelu.
CULTURES DE L ACHORION SCHONLEINII
Au contraire de ce qu'a montré l'étude mycologique et expérimentale des tf ichophyties, les formes atypiques du favus ne correspondent pas à des variétés fixes, ou à des espèces d'Achorion différentes. Je n ai jamais rencontré qu un seul Achorioh, VAchôrion Schônleinii dans les quelques deux cents cas de favus du cuir clievelu, de tout aspect cil-' nique que foi mis en culture. Or, je n'ai jamais manqué de cultiver tous les cas d'aspect anormal, dans cette hypothèse que ces cas atypiques devaient correspondre à des variétés atypiques d'Achorion. Invariablement, au contraire, c'est l'Achorion Schônleinii que j'ai cultivé. Les formes cliniques très différenciées qu'on peut observer du favus dans la pratique ne correspondent donc certainement pas à des Achorions différents.
Les cultures de l'Achorion du favus ne sont jamais d'une obtention très difficile ; il est ordinaire pourtantqu'on les obtienne moins facilement que celles des Trichophytons ; cela pour deux raisons : la première est que l'Achorion, plus souvent que le Trichophyton, se trouve mélangé, dans sa lésion, à des semences de Microbes et de Moisissures divers. De plus, nous n'avons pas pour l'Achorion banal un milieu aussi convenable à son développement que le sont les milieux d'élection des Trichophytons.
Dans un premier ensemencement, la proportionnalité des cultures souillées est presque toujours plus élevée que dans les premiers ensemencements des lésions trichophytiques, mais en ensemençant des parcelles de la partie radiculaire du cheveu favique, ou des parcelles d'une partie centrale du godet, on obtient encore assez facilement des cultures d'Achorion pures d'emblée.
L'Achorion banal se cultive aisément sur les milieux habituels d'épreuve, maltoséou glucose, et sur les milieux de conservation, peptonisés à 5 pour 100 et non sucrés.
La culture de l'Achorion banal est d'un blanc jaunâtre rappelant
536 FAVUS.
l'aspect de la cire vierge. Sa l'orme est d'abord celle d'une petite calotte irrégulière, puis sa surface se replie et se contourne, elle ressemble alors à une éponge déposée sur le milieu de culture, ou, plus exactement encore, au champignon comestible nommé : morille (fig. i, i2, i3, i'\ PI. XXVI).
Quel que soitle milieu, maltosé, glucose ou seulement peptonisé, la culture garde une l'orme analogue et ne diffère guère d'un milieu à l'autre que par le volume ou la finesse de ses circonvolutions et la rapidité de son développement (').
D'un cas à l'autre, sous ce rapport, on trouve une considérable différence; certaines cultures ne se développent, môme àl'étuve, que difficilement, médiocrement et lentement. D'autres ont un développement trois fois plus rapide, sans qu'il faille voir en ceci autre chose que des variations individuelles, et nullement des variétés fixes. Car toutes ces cultures sont de caractères semblables à tous autres points de vue.
Et cependant cellesqui d'emblée se sont développées vite donneront des cultures filles qui hériteront de cette qualité. Et celles qui se développent mal donneront lieu à des cultures filles de développement toujours tardif et médiocre.
Quelquefois aussi un cas fournit des cultures qui paraissent un peu différentes d'aspect de la culture type, et leurs cultures filles deviennent, par la suite, identiques aux autres.
Acclimatation progressive au milieu de culture. — La même culture s'acclimate peu à peu aux milieux artificiels de laboratoire, et pousse de plus en plus facilement et vite. Alors, dans les milieux très riches, elle développe, autour de sa calotte saillante, des arborisations mousseuses particulières. La culture de l'Achorion Schônleinii est toujours glabre, elle peut prendre une couleur blanche, mais sans devenir duveteuse, sauf quand survient sa dégénérescence pléomorphique.
Bodin a vu et reproduit, sur des géloses très riches en azote et peu ou pas sucrées, des cultures à filaments périphériques prenant une inclinaison depçtrorsum très remarquable et que certains auteurs ont données comme caractéristiques d'une espèce favique particulière. En réalité il s'agit d'un caractère dû au milieu, et variable.
En dépit de quelques variations de forme et d'aspect, il est habituellement facile de reconnaître la culture de l'Achorion banal de toutes autres ; et il n'y a guère que les cultures des Trichophytons faviformes avec lesquelles on la puisse confondre. J'ai donné, en par-
(') Voici les caractères accessoires donnés par E. Bodin aux cultures de l'Achorion banal sur divers milieux :
Sur pomme de terre, il se l'orme au bout de quelques jours, le long de la strie
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