Le mycélium en raquette des Microsporums. x
à une de leurs extrémités, en sorte que le mycélium de la culture apparaît comme moniliforme. On objectera, je sais, qu'on ne peut attribuer au mycélium une grande valeur dans une différenciation d'espèces en mycologie. Cependant une particularité aussi spéciale et aussi constante que celle de ces renflements mycéliens réguliers mérite bien d'être signalée. »
« Peu à peu, à mesure que la culture du Microsporum Audouïni
Fig. 355. — Transformation en chlamydospores intercalaires des éléments mycéliens en raquette de la figure précédente, x 260.
devient adulte, les renflements mycéliens augmentent de diamètre et prennent plus d'importance dans le port d'ensemble du végétal; ces renflements atteignent alors 9- 1*2 a de diamètre et quelquefois davantage (') » (fig. 555).
Bodin a complété la description de ces raquettes en montrant qu'elles se formaient par véritable extravasation du protoplasma et que les filaments porteurs de ces endoconidies se flétrissaient à mesure que le kyste protoplasmique s'arrondissait. C'est le mécanisme qui
(') Sur une mycose innommée. Annales de l'Institut Pasteur, février 1895.
660 ETUDE MYCOLOGIQUE DES DERMATOPHYTES
chez beaucoup de mucédinées fait les chlamydospores intercalaires. Ainsi se l'orme le premier organe différencié que montrent les Microsporums.
2° Lu spore externe des Microsporums naît, comme la spore externe des Trichophytons,sur une hyphe sporifère qui peut être ramifiée mais qui est ordinairement très simple. Elle fut décrite par Adamson (l), par Fox et Blaxall(2) et par Bodin(3). Dès le début de leurs recherches, Fox et Blaxall se basèrent sur la présence de l'hyphe sporifère pour faire des Microsporums et des Trichophytons des Champignons de la même famille (4), ce que j'avais nié à tort (5).
Les hyphes sporifères courtes où longues sont ordinairement simples ou à peine ramifiées. Les spores qu'elles portent, appendues à elles, sont de même diamètre que les spores trichophytiques mais un peu plus allongées, moins piriformes, leur base tronquée présente une facette d'articulation (Bodin). Elles sont caduques, très facilement déhiscentes; aussi ne les trouve-t-on en place que rarement, et très souvent, au contraire, éparpillées autour de l'hyphe. C'est cette hyphe sporifère que Fox et Blaxall appelèrent assez étrangement Aarons road, verge d'Aaron, et que Bodin appela plus tard hyphe Acladiurm par analogie avec l'hyphe des Mucédinées qui portent ce nom. De quelque nom qu'on appelle la grappe simple des Microsporums et des Trichophytons, ce qu'il faut d'abord affirmer c'est que « mis à part, certains détails de ramification des hyphes, de forme et d'implantation des conidies, le type général de fructification reste le même dans les deux cas (6) », dans les deux familles.
5° Les fuseaux. — Nous connaissons déjà, chez les Trichophytons du groupe des Gypseums, l'existence, dans leurs cultures, de fuseaux multiloculaires spéciaux que nous avons étudiés plus haut. Chez
(*) Pour Adamson les cultures de Microsporum étaient caractérisées : a) par l'absence de pigment; p) par les fuseaux ou raquettes terminales ; y) par les grappes imparfaites de spores. Sur les cultures très luxuriantes (c'est-à-dire sur celle des Microsporums animaux) on trouve de nombreux fuseaux. Cet ensemble descriptif est tout à fait véridique. Adamson. Transactions of the thint Congress of Dermatology, p. 555..
(2) Fox et Blaxall. An inquiry..., etc., p. 55.
(3) E. Bodin. Dans ses études des Microsporums equinum et caninum [loc. cil.).
(4) « A comparison of Klatsch spécimens of the Microspora and of the Endoor ectothrices leaves no doubt that the fructification is formed on precisely the sarae plan; indeed the resemblance is remarkable and it is not easy matter to diagnose the species from the contemplation of inicroscopic spécimens only. »
(3) Dans mon premier manuscrit des Triehophyties humaines, resté depuis lors entre les mains de mon maître, E. Besnier, j'avais décrit et figuré la sporulation externe du Microsporum Audouïni, telle qu'elle existe. Mais n'ayant pas revu depuis lors ce type de sporulation, je crus ensuite à une confusion de préparations et je ne le mentionnai pas1 dans mon travail définitif.
(") E. Bodin. Les Microsporums. Article Tkichopiiytie de la Pratique dermatologique, t. IV, p. 804.
plus de la moitié des Mierosporums cet organe reparaît dans les cultures en nombre extraordinaire.
On peut dire que chez tous les Mierosporums les fuseaux existent, car chez tous on en peut retrouver la l'orme rudimentaire, comme une terminaison fuselée des mycéliums. Mais il faut faire pourtant une
o 0 Oi
Fig. 556. — Eléments différenciés du Microsporum Audouïni en cullure (d'après Bodin). — a, renflements piriformes sur les filaments. — b, c, transformation des renflements piriformes en chlamydospores. — rf, e, conidies fuselées. Microsporum Audouïni. — f, conidie fuselée. Microsporum du chien, — g, h, hyphes du type Acladium. Microsporum Audouïni.
— i, conidies du type Acladium.
grande différence à ce sujet entre les Mierosporums à culture petite ou moyenne, du type du Microsporum Audouïni, qui, pratiquement, ne montrent pas de fuseaux, et les Mierosporums à culture vivace, la plupart d'origine animale et dont la culture est tellement criblée de fuseaux bien développés que l'œil ne saurait traverser la couche continue qu'ils forment. Ainsi peut-on dire que les Mierosporums animaux s'opposent aux Mierosporums humains ou analogues : les
ETUDE MYCOLOGIQUE DES DERMATOPHYTES
cultures de ces derniers ne montrent pas de fuseaux, alors que les cultures des autres en sont couvertes. Ces fuseaux furent décrits, on peut dire à la fois par Fox et Blaxall(') et par Bodin(i). Leur forme en navette est vraiment bien particulière et caractéristique, et le mycologue qui les a examinés comparativement à ceux des Tr. gypseums ne les confondrait plus entre eux.
4° Les hyphes pectinêes. — Lors de ma première description mycologique des Microsporums, je décrivis, vers le dixième jour environ, la
naissance, autour de la culture en goutte pendante, de « longs filaments terminaux contournés en tous sens comme des lanières de fouet, qui peuvent s'entre-croiser de toutes façons, mais en laissant toujours beaucoup d'espace entre elles. »
« ... Et voici, ajoutais-je, comment s'opère la sporulation externe. En un point des filaments contournés terminaux, point le plus souvent terminé en crosse, un épaississement latéral se produit sur une longueur de 15 à 18 [x environ. Puis il se développe, d'un seul côté de la branche fructifère, une série d'excroissances, tantôt obtuses, et l'hyphe sporifère prend alors la forme d'une lame de scie, tantôt, au contraire, assez effilées et ressemblant exactement aux dents d'un peigne. »
« Sur ces pédicules prennent naissance les spores externes, chaque denticule ne supporte qu'une seule spore (•"') » (fîg. 557).
(M Fox et Blaxall. Loc. cit., 1895.
(2) Ce sont « de gros éléments naissant latéralement sur un rameau, supportés par un mince pédicule et de forme ovoïde plus ou moins allongée. Ils mesurent environ 8-10 [jl sur 20-40 \j,. Quelques-uns ont un double contour et la plupart sont divisés par une ou plusieurs cloisons transversales. J'en ai vu qui étaient finement échinulés ». E. Bodin. Les tondantes du cheval, 1895, p. 40.
J. Mendes da costa. Microsporia capitis, ziekte van gruby met gladde eind Kolven (Medisch. Weekblad voor Noord en Zuid Nederland, 1905, n° 3), a montré que l'échinulation ne peut servir à différencier les fuseaux microsporiques des fuseaux trichophy tiques.
(5) Sabouraud. Sur une mycose innommée, etc.. (Annales de l'Institut Pasteur, février 1895, p. 101-102).
Microsporum Audouïni. Organes peelinés. x 180.
MYCOLOGIE DU MICROSPORUM AUDOUINI.
Cet organe que représente la figure 557 extraite de mon Atlas des Trichophyties humaines, est celui que nous étudierons plus particulièrement avec le Microsporum umbonatum, chez lequel il est très fréquent. Il n'avait pas la valeur que nous lui voulions alors attribuer, mais il en avait une autre. D'après Matruchot et Dassonville il ne devait porter des spores qu'exceptionnellement, ce que nos recherches dernières ont confirmé, et ce serait le rappel familial d'un organe fréquent chez plusieurs Gymnoascées.
Ainsi donc : un mycélium, dont certains tubes sont faits de cellules en forme de raquette, et dont les parties larges deviennent le siège électif de formation de chlamydospores intercalaires, des hyphes sporifères en forme de grappes simples à spores caduques, des fuseaux simples ou multiloculaires à peine existants et rudimentaires dans les espèces de développement faible ou moyen, et fourmillant dans les espèces vivaces, enfin des hyphes pectinées en forme de crosse et non sporifères, tels sont les principaux organes différenciés des Microsporums et que nous retrouverons chez les différentes espèces microsporiques que nous allons étudier.
Microsporum Audouini.
Le Microsporum Audouini présente en ses cultures artificielles tous
Fig. 55S. — microsporum Audouini. Mycélium rectiligne et mycélium en raquette.
ETUDE MYGOLOGIOUE l>ES DERMATOPHYTES.
les organes différenciés caractéristiques du groupe dont il fait partie.
Le mycélium des cultures appartient à deux types différents : le
type à cellules cylindriques à parois rectilignes et le type à cellules en
Fig. 559. — Microsporum Audouïni. Mycélium en raquette, x 7j0.
raquette. Le premier est représenté par la fig. 358 (À, A', C), le second par la fig. 558 (E, F, G) et par la fig. 559. Les éléments A, A', B (fig. 558) montrent comment se font les bifurcations des tiges mycéliennes. J montre à l'état rudimentaire un organe pectine que nous étudierons mieux avec le Microsporum umbonatum.
Assez souvent, sur le trajet des gros filaments mycéliens rampants
MYCOLOGIE DU MICROSPORUM AUDOUINI.
de la culture, se produisent, surtout dans les parties excentriques, des paquets de mycélium fin, imitant le chevelu d'une racine (fîg\ 360). Il semble qu'à la place d'une dichotomie mycélienne naissent des filaments ainsi ramifiés et enchevêtrés, et ce phénomène se reproduit le long du même filament mycélien en plusieurs endroits. On peut toujours soupçonner, en des agglomérats semblables, des rudiments de
Fig. 560. — Microsporum Audouïni. Enchevêtrement de fins mycéliums stériles, x 260.
périthèce, mais nous avons toujours vu ces agglomérats constitués par des filaments mycéliens stériles.
Les spores externes du Microsporum Audouïni naissent de part et d'autre de petites hyphes dressées que la fig. 561 représente exactement. Ces spores externes ou conidies sont piriformes et présentent une facette plane d'articulation. Les unes sont sessiles et directement attachées à l'hyphe sporifère, ou à une de ses branches latérales, d'autres s'y implantent par l'intermédiaire d'un court stérigmate cylindrique ou en barillet. L'hyphe est constituée de cellules quadrangulaires courtes et chaque cellule ne porte qu'une ou, au plus, deux conidies qu'elle a émises par bourgeonnement. Ces spores sont très caduques et l'hyphe même qui les supporte est fragile, aussi trouvet-on dans la préparation des amas de spores détachées flottantes (I, fig. 561).
ÉTUDE MYC0L0G1QUE DES DERMATOPHYTES.
Souvent les conidies avortent et alors l'hyphe, devenue infertile-, montre des ébauches de filaments mycéliens à la place des conidies
Fig. 561. — Microsporum Audouini. Hyphes sporifèrés et spores externes ou conidies.
quelle devait porter. Même sur des hyphes très sporifèrés, souvent des conidies sont ainsi remplacées par des ébauches de filaments,
Fig. Ô62. — Microsporum Audouini. Hyphes sporifèrés infertiles, x 260.
comme dans une fleur simple une étamine isolée peut s'être transformée en pétale (fig. 562).
MYCOLOGIE DU MICROSPORUM AUDOUÏNI. 667
Chez le Microsporum Audouïni on n'observe pas toujours des formes fuselées et, quand on les observe, elles sont rudimentaires (fig. 363).
Une culture en goutte de 12 jours montrera un centre touffu et obscur entouré de milliers de filaments stériles divergents. Entre le centre obscur et la zone périphérique radiée, on trouve une zone inter-
Fig. 565. — Microsporum Audouïni. Rudiments d'organes fuselés, leur place dans la culture et leur forme, x 70 et le carton x 260.
médiaire où la plupart des rameaux dressés se terminent par un'mince renflement massue qui est l'ébauche et le rudiment des fuseaux que nous montreront les grands Microsporums animaux. La plupart sont un renflement mycélien à peine sensible, d'autres ont une forme fuselée plus nette. Ceux-ci ont une surface presque toujours granuleuse. La fig. 060 montre l'importance que certains de ces organes peuvent exceptionnellement acquérir. Mais ce qu'il faut se rappeler, contrairement à ce que cette figure pourrait faire penser, c'est que
ETUDE MYCOLOGIQUE DES DERMATOPHYTES
le Microsporum Audouïni, et les petits Microsporums dont l'étude va suivre ne montrent presque jamais ces vrais fuseaux dont les cultures de Microsporums vivaces présentent au contraire des milliers dans chacune de leurs cultures, et qu'ainsi les renflements fuselés qu'on trouve dans les cultures du Microsporum Audouïni ne sont chez lui que
Fig. 3i'i. — Organes:|'uselés du Micrtisporum Audouïni. Celte figure leur montre déjà un développement supérieur à celui auquel ils atteignent
d'ordinaire, x 260.
l'ébauche et le rappel d'un organe familial que d'autres espèces de la même famille montreront en leur état de développement plus complet. Sans doute on peut, isolément, trouver des fuseaux presque aussi développés dans la culture du Microsporum Audouïni que dans celui des Microsporums animaux. Mais cela est tout à fait rare et exceptionnel. Si l'on veut résumer la description mycologique du M. Audouïni, on dira que sa culture se partage en trois parties : un centre, qui montre
MYCOLOGIE DU MICROSPORUM AT DOUI.M.
de petites hyphes dressées sortant des conidies piriformes, fragiles et caduques; une zone moyenne, portant des filaments dressés, fuselés
Fig. 365. — Microsporum Andouïni. Différentes formes des organes fuselés. Les plus gros sont d'une extrême rareté, x 260 (').
légèrement à leur extrémité, et une zone périphérique constituée par des filaments radiés, rampants et stériles.
(') J'insisterai ici sur un phénomène que présentent ces fuseaux et qu'on pourrait décrire comme normal alors qu'il n'est qu'un artifice de préparation. Je veux parler des granulations de leur surface et :de leurs bords. Ce phénomène est lié à l'insuffisance de nos milieux fixateurs. Chaque granulation représente une hernie protoplasmique au travers de la membrane d'enveloppe sous l'in-
ÉTUDE MYCOLOGIQUE DES DERMATOPIIYTES
Microsporum velveticum. — Les cultures en goutte pendante du Microsporum velveticum se sont toujours caractérisées par le nombre extraordinaire des grappes de spores externes et l'absence de tout
autre organe différencié
Ces cultures ont toujours le même aspect; à un faible grossissement, elles montrent un centre opaque constitué exclusivement par des
Fig. 566. — Microsporum velveticum. Culture de 15 jours en bouillon maltosé. x 70.
myriades de grappes de spores, tandis que le pourtour de la culture est constitué par une couronne de mycéliums rampants, stériles (fig. 566).
Malgré le nombre colossal des petites hyphes dressées fertiles, il est assez peu aisé de se rendre compte de leur structure parce qu'elles
fluence de phénomènes d'osmose. Dans les préparations fraîches bien faites, ces granulations ne s'observent pas. Elles se forment peu à peu sous les yeux de l'observateur dans la préparation une fois faite. Les colorants lactiques et l'acide lactique employé comme liquide conservateur permettent de les éviter.
MYCOLOGIE DU MICROSPORUM UMBONATUM.
sont extrêmement fragiles et leurs spores caduques. Alors on trouve des quantités d'hyphes dépouillées de leurs conidies et plus ou moins brisées. Autour d'elles flottent des îlots de spores détachées et agglomérées, de forme allongée, presque rectangulaire, ressemblant à un brin de mycélium qui aurait été coupé en menus morceaux (fig\ 567, E, F, G). Beaucoup d'hyphes sporifères gardent pourtant quelques
Fi g. 567, — Hyphes sporifères du Microsporum v&lveticum. x "260.
conidies attachées (A, B, C, D, E). Elles sont piriformes, fixées à la tige sporifère par leur pointe tronquée, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un stérigmate quelquefois bi cellulaire. Dans le grand nombre d'hyphes sporifères parfaites, on en rencontre sur lesquelles les conidies sont remplacées par une ébauche de filaments (L).
Microsporum umbonatum. — Tous les Microsporums peuvent présenter au complet les caractères du groupe dont ils font partie : les mycéliums en raquette, qui font des chlamydospores intercalaires, les renflements mycéliens fuselés ou les fuseaux, l'organe pectine et les hyphes dressées portant leurs petites conidies latérales. Cependant chaque Microsporum montre certains organes plus fréquemment que les autres et avec une sorte de prédilection. C'est ainsi que le Microsporum umbonatum montre l'organe pectine ou denticulé ; un filament latéral ou terminal s'épaissit
et son protoplasma devient granuleux, comme on peut le voir au début de la formation des fuseaux et par le même mécanisme (fig. 368, A, B, C, D). Et le plus souvent, ce renflement se produit sur une succession d'articles dont certains peuvent présenter déjà (D, I) des saillies dentées latérales qu'on pourrait croire des pédicules de spores externes. Le plus souvent cette extrémité renflée se recourbe en crosse (E,
Fig. "1G8. — Appareils (lenticules et pectinés'du Mierosporum umbonatum, x 260.
F, I, G, H), suivant le dessin le plus capricieux. Beaucoup de ces organes sont doubles (H, I, K, 0, L). C'est ordinairement sur le bord convexe de la crosse que les denticulations apparaissent plus ou moins régulières (0). Ce qu'il y a de curieux dans ces cultures c'est l'extrême multiplicité de cet organe alors qu'on y trouve peu de thyrses sporifères et pas de fuseaux. Dans la préparation représentée par la figure 569, même en son centre, c'est avec difficulté qu'on parvient à voir quelques grappes du type de la figure 567 par exemple, tandis qu'à la périphérie de la culture, les organes pectines sont à la lettre innombrables (fig. 369). J'ai cru longtemps que ce développement spécial d'un organe provenait non de l'espèce, mais d'un hasard ayant fait varier les conditions physiques ou chimiques de la culture. Mais, à
Fig. 569. — Microsporum uvibonatum. Culture de 21 jours en bouillon glucose, x 70.
Organes pectines.
ETUDE MYCOLOGIOUE DES DERMATOPHYTES.
dix mois d'intervalle, les mêmes espèces ayant été de nouveau cultivées en goutte suspendue ont donné lieu aux mêmes tableaux microscopiques. Jusqu'à plus ample informé, il faut donc croire dans ces cas à une caractéristique spécifique. Le Microsporïim umbonalum montre presque exclusivement l'organe pectine comme le Microspo-
70. — Crosses ou organes pectines du Microsporum umbonatum de la figure précédente. x260.
rum velveticum, les hyphes sporifères. Et la figure 7)70 montre à quel point ces mêmes hyphes sporifères font défaut dans la culture en goutte du Microsporum umbonatum.
Microsporum tardum. — Le Microsporum tardum se présente dans ses cultures en goutte pendante avec les organes caractéristiques de la série des Microsporums (fig. 372).
Un point choisi d'une de ses cultures montre, se détachant sur le réseau mycélien rampant, et au milieu de filaments stériles contournés en lanières de fouet, des éléments fuselés qui sont les ébauches des
MICROSPORUM TARDUM.
fuseaux vrais que nous montreront plus loin les Microsporums vivaces. La grappe est faite de conidies deux ou trois fois plus longues que larges, facilement caduques. Elle a tous les caractères des grappes microsporiques. Et de même les conidies caduques gardent la forme qu'elles offrent chez tous les Microsporums et ressemblent à de petits
Fig. 571. — Microsporum lardum. Culture de 12 jours en bouillon maltosé. x 260. Filaments
stériles en crosses.
brins de mycélium coupés en menus morceaux. En outre de ces organes, le Microsporum tardum nous a montré aussi, mais sur des branches mycéliennes latérales, des formes spiralées, contournées en crosse, dont quelques-unes portent des saillies en dents de scie (fig. 571). Il semble que ces organes ne sont qu'une transformation des organes pectines des Microsporums plus spécialement décrits avec le Microsporum umbonatum. Sans doute ils n'affectent plus ici la
ÉTUDE MYCOLÔGIQUE DES DERMATOPHYTES.
forme différenciée que nous leur avons vue tout à l'heure. Mais ils sont encore reconnaissables. Il s'agit probablement d'une transformation en tige mycélienne d'un organe spécial, exemple analogue à ce que nous avons vu plus haut pour les grappes de spores dans lesquelles quelques spores sont remplacées par un filament infertile.
Entre les Microsporums dont nous venons d'étudier les organes différenciés et les Microsporums animaux dont l'étude va suivre,
Microsporum tardum. Culture de 19 jours en houillon maltosé. x 260.
existent à la fois des affinités et des dissemblances qu'il est important de souligner. Les deux types microsporiques présentent les mêmes organes, mais avec une fréquence relative tout autre. Jusqu'ici nous n'avons vu les fuseaux exister dans les cultures des Microsporums que sous une forme rudimentaire, avec des dimensions restreintes, ou par exemplaires isolés. Avec les Microsporums animaux l'importance des fuseaux dans les cultures devient primordiale. Ils sont énormes, atteignant 40 à 45 \x de longueur ordinaire sur 13-15 ;j. de diamètre. En outre, ils deviennent dans les cultures, tout à fait innombrables, au point que leur accumulation rend d'abord invisible le détail de la préparation. Et ces caractères sont communs à tous les Microsporums animaux dont l'étude va suivre. Au contraire, les thyrses sporifères, peu nombreux dans ces cultures, demandent à être recherchés pour être vus, cachés par les fuseaux innombrables.
MICROSPORUM LANOSUM.
MICROSPORUMS ANIMAUX
MlCROSPORUM LANOSUM.
Le Microsporum lanosum est le type le plus fréquent et le plus caractéristique des Microsporums à culture vivace d'origine animale.
Fig. 573. — Microsporum lanosum. Vue d'ensemble de la culture de 8 jours en bouillon
glucose à 60 diamètres.
Ses divers organes différenciés se retrouveront à peu près identiques chez tous les Microsporums animaux.
Les cultures en goutte pendante du Microsporum lanosum se développent sous la forme d'un point blanc central très compact d'où partent de nombreux rayons rampants presque rectilignes (fig. 573);
Le centre est fait d'un réseau mycélien tassé, portant, sur des pédicules frêles et incurvés, des milliers de fuseaux déjà parfaitement visibles à un faible grossissement.
ETUDE MYCOLGGIQUE DES DERMATOPHYTES.
A un grossissement plus fort, l'aspect de la culture est très élégant, avec ses mycéliums septés, rectilignes, gros et petits, et ses fuseaux par centaines, portés comme des feuilles par des pétioles flexibles (fig. 574). Lorsqu'on étudie ces fuseaux à de plus forts grossissements, on en trouve de toutes formes et de toutes dimensions. Il y en a qui sont de simples renflements massues d'une terminaison mycélienne
Fig. 37i. — Microsporum lanosum. Culture de 8 jours en bouillon 'glucose, x 120 diamètres
(fig. 575 A, B, G); d'autres plus gros commencent à prendre une forme plus typique (D, E, F, G). Et l'on remarque leur surface couverte de granulations. D'autres très effilés ont la forme de fins losanges (H, I, D, K). Parmi ceux que des septa divisent en loges, on en trouve qui en ont trois ou quatre, et d'autres qui en comptent jusqu'à douze ou quatorze; quelquefois deux sont appendus à un même pédicule. Leur l'orme est plus aisée à reproduire par le dessin qu'à décrire. Aussi n'ajouterai-je rien de plus à la figure qui les représente.
Les fuseaux sont bien plus nombreux dans les cultures que les
MICROSPORUM LANOSUM.
thyrses sporifères. Ceux-ci ont une forme très allongée; ce sont de longs filaments mycéliens qui portent des conidies de part et d'autre sur une grande longueur. Et le filament sporifère peut disparaître, la position des conidies marquant seule son emplacement. Ces spores
Fig. ôTo. — Microsporum lanosum. Tous les types fie fuseaux qu'il produit, x 760 diamètres
sont très caduques, on les voit souvent disséminées dans la culture par petits tas. Leur forme est d'ailleurs régulière (fig. 576).
La culture du duvet blanc pléomorphique du Microsporum lanosum présente au microscope un aspect tout autre. C'est un soleil de fins mycéliums, radiés régulièrement, et qui, à un fort grossissement, apparaissent comme une touffe de bambous, les septas intercellulaires simulant les nœuds de leur tige. Lorsque le duvet blanc pléomor-
SgcO t,
Fig. 576 — Microsporum lanosum. Thyrses sporifères. x 260 diamètres.
Fig. 577. — Dégénérescence .pléomorphiqué du Microsporum lanosûm 13 jours, x 60
MICROSPORUM LANOSUM.
phique du Microsporum lanosum est moins complètement dégénéré, on aperçoit, parmi les fins mycéliums stériles, des mycéliums dilatés, renflés et septés de façon à constituer des files de chlamydospores (fîg. 577). Ce sont de véritables réserves protoplasmiques échelonnées sur le trajet de mycéliums gonflés pour les recevoir.
En outre ces cultures montrent des terminaisons mycéliennes ren-
Fig. 578. — Chlamydospores en chaîne dans le duvet pléomorphique incomplètement dégénéré du Microsporum lanosum. x 260.
fiées, de forme bizarre, qui doivent avoir la même signification et qui échappent à toute description (fig. 579).
Certains de ces renflements terminaux paraissent faits de deux filaments soudés et évoquent l'idée d'un début de périthèce, sans qu'un examen attentif ait jamais confirmé cette hypothèse.
Bodin, dans sa monographie sur le Microsporum du chien, avait examiné la plupart de ces organes, sauf ceux du duvet pléomorphique. La figure schématique suivante qu'il en a donnée en témoigne. On y
ÉTUDE MYCOLOGIQUE DES DERMATOPHYTES
trouve en effet : en a, le mycélium en raquette que ce Microspornm, comme tous les autres, présente en ses cultures; en b, la formation des chlamydospores intercalaires au niveau des raquettes mycéliennes ;
Fig. 570. — Chlamydospores terminales difformes dont certaines simuleraient un début de
périthèce. x 260.
mais elles sont en général bien moins régulières de forme que cette figure demi-schématique ne semblerait l'indiquer. On voit de plus eu c, la libération de ces chlamydospores par résorption du mycélium qui les réunissait (mais cette libération ne s'observe que dans la culture très vieille, sur milieu épuisé ou défavorable). Ce schéma montre de plus en rf, un fuseau à éperon échinulé, sans cloison, et rempli
MICROSPORUM FELINEUM.
d'un protoplasma granuleux; en e, un fuseau plurisepté de même forme ; en f et g les thyrses conidiophores ; en h el en l, l'organe
Fig. 580. — Empruntée à Bodin et résumant les différentes formes différenciées de son Microsporum caninum (lanosum).
pectine que j'avais décrit dans le Microsporum Audouini et qu'on peut rencontrer de même dans le Microsporum lanosum.
Microsporum felineum. — C'est avec le Microsporum felineum que la mycologie des Microsporums animaux fut étudiée pour la première lois, par Fox et Blaxall. Les deux auteurs hésitaient à qualifier leur parasite : Microsporum ou Trichophyton ectothrix? La vitalité de la culture et l'origine animale certaine appuyaient cette hypothèse dernière, car on ne connaissait alors que le premier Microsporum animal que j'avais décrit très incomplètement et dont je n'avais pas étudié la mycologie. Mais la morphologie du Parasite dans le cheveu et dans la culture était d'un Microsporum. Dans la culture les renflements mycéliens piriformes, les chlamydospores intercalaires, ainsi que l'organe pectine dont j'avais d'abord fait le caractère principal des Microsporums existaient abondamment, mais surtout des chla-
Fig. 581. — Microsporum felineum. Culture en goutte de 12 jours en bouillon maltosé. x 120.
MICROSPORUM FELINEUM.
mydospores fuselées plus nombreuses qu'en aucune autre culture alors connue, à ce point qu'un examen extern porané du duvet de la
Fig. 382. — Micro sporum felineum. Un point de la figure précédente. x2fi0
culture suffisait au diagnostic. Les auteurs énonçaient ainsi de la façon la plus nette le caractère mycologique principal non pas seule-
J ll
Fig. 583. — Les divers organes différenciés du Microsporum felineum. x 260.
ment du Microsporum felineum, mais de tous les Microsporums animaux. Plus tard, Mewborn retrouvera ces fuseaux si abondants et, à
686 ÉTUDE MYCOLOGIQUE DES DERMATOPHYTES
leur surface, les échinulations décrites par Bodin sur les mêmes fuseaux multiloculaires du Microsporum caninum (' ).
Voici les figures que nous ont fournies les cultures en goutte pendante du Microsporum felineum au douzième jour, en bouillon maltosé (fig. 381) :
Des mycéliums rampants stériles, sur lesquels des rameaux aériens
Fig. 584.
Forme pléomorphique du Microsporum felineum. Culture de 12 jours en bouillon maltosé. x 70.
llexueux portant des fuseaux tellement nombreux qu'au centre de la culture ils interceptent la lumière et qu'ils ne deviennent distants et distincts que sur ses bords.
(') Cette caractéristique des nombreux fuseaux est si essentielle chez les Microsporums vivaces que je doute encore s'il faut identifier au M. fêfineum de Fox et Blaxall, le Microsporum du chat décrit par A. Lefebvre en 1904 comme un nouveau Dermatophyte. Cet auteur mentionne chez son Parasite les thyrses sporifères et les chlamydosporés intercalaires, mais non pas les formes fuselées. Pourtant la teinte havane qu'il décrit à la culture, en son centre, lorsqu'elle vieillit, est bien caractéristique, ainsi que son petit urabo central.
MICROSPORUM EQUINUM. 687
Notre deuxième (figure 582) n'est qu'un point agrandi de la précédente. On y voit le mycélium à renflements pirii'ormes et des fuseaux qui paraissent uniloculaires. Enfin la figure 383 réunit les diverses formes différenciées qu'on observe dans les cultures en goutte du Microsporum felineum.
En A et B deux gros fuseaux uniloculaires dont un est porté par un mycélium en raquette ; de C à G, d'autres fuseaux dont les cloisons sont de plus en plus nombreuses. H est un thyrse sporifère très long; I, un thyrse semblable, plus court, dont la tige a disparu par résorption protoplasmique. J, K, L, des grappes. Dans la dernière des rudiments de fuseaux sont mêlés aux conidies. Les conidies sont plus allongées que les conidies trichophytiques, plus caduques aussi.
Quant à la forme pléomorphique duveteuse blanche du Microsporum felineum, elle est faite exclusivement de mycéliums stériles, la plupart dirigés en rayons; mais, beaucoup, sans aucune direction, donnent à l'ensemble un aspect d'écheveau brouillé (fig. 58-4).
En fait, rien ne saurait différencier mycologiquement le Microsporum felineum du Microsporum lanosum; l'examen microscopique, de leurs cultures les montre indifférenciables entre elles.
Microsporum equinum. — Bodin, qui, seul, a étudié les cultures jeunes du Microsporum equinum, y décrit :
1° Un appareil végétatif « constitué par des hyphes couchées hyalines, de 2-5 a de diamètre transversal et qui sont divisées par de petites cloisons de distance en distance » et souvent ramifiées.
2U Comme je l'avais décrit dans le Microsporum Audouini, Bodin décrit, dans le Microsporum equinum, les renflements piri formes des gros filaments mycéliens : « La plupart de ces renflements ne subissent aucune modification ultérieure, d'autres, au contraire, augmentent un peu de volume, se séparent du filament qui leur a donné naissance, par de petites cloisons transversales, situées à chacune de leurs extrémités, en môme temps qu'ils se remplissent de protoplasma granuleux et qu'ils prennent un double contour ».
5° Bodin décrit ensuite des chapelets de renflements protoplasmiques terminaux qu'il rapproche des conidies des Oospora, mais qui ne représentent qu'un mycélium monili forme sur un milieu où le développement intégral du Parasite ne peut se faire librement.
4° Enfin, Bodin décrit des fuseaux unis ou pluriseptés, souvent échinulés, de 18-20 a de largeur sur 25-55 \l de longueur et que tous les Microsporums animaux décrits, avant et après celui-ci, présentent.
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