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SÉCRÉTIONS TOXIQUES DES DERMATOPHYÏES

Mais les Animaux ainsi inoculés (et les expériences portèrent sur 70 Animaux) montrèrent qu'à partir du 7e au 9e jour de l'inoculation, et ensuite pour des mois et des années, l'Animal était vacciné et ne pouvait plus être inoculé d'une dermatophytie quelconque : l'a vus, microsporie ou trichophytie, en un point quelconque de sa peau.

Dans ce cas, cette immunisation est fournie par une lésion cutanée : mais lorsqu'on a inoculé dans le péritoine une émulsion de culture vivante, tantôt l'immunisation existe et tantôt non, peut-être suivant que le canal de la piqûre a permis ou non à une trace de la matière d'inoculation de pénétrer dans la peau (?).

Lorsqu'au lieu d'inoculer une culture vivante, on injecte de la trichophytine de Plato, on n'obtient pas l'immunité.

L'immunisation se produit sur le Cobaye inoculé entre le 7e et le 9e jour, c'est-à-dire quand commence la réaction cutanée qui aboutira à la guérison de la lésion ('). Elle est la même après une petite ou une grosse lésion. La durée de cette immunisation est au moins de 18 mois.

Les premiers résultats obtenus par Bloch avec YAchorion Quinckeanum, il les obtint de nouveau, par l'inoculation d'un Tricfiophyton gypseum et de même, à peu de chose près, avec le Mierosporum lanosum (2).

Chose intéressante encore et qui se relie à tous les faits généraux contenus en ce volume, l'immunisation obtenue au moyen de l'un des trois Parasites étudiés par B. Bloch est valable contre les autres, ce qui montre la proche parenté de leurs espèces et de leurs toxines, bien que tous trois appartiennent à des groupes de Dermatophytes différents.

En dehors de ces faits parfaitement nouveaux et d'un haut intérêt, Bloch et Massini répétèrent les expériences sur l'homme de Plato et de Truffî sur la cuti-réaction des trichophytiques La papule prurigineuse au point d'inoculation leur parut d'autant plus marquée et longue à s'éteindre que le malade était ou avait été atteint d'une trichophytie plus inflammatoire. La cuti-réaction ne se produit chez l'Homme que le 7e jour après une inoculation préalable de trichophytine, c'est-à-dire le même jour que se produit chez le Cobaye l'immunisation par une trichophytie d'inoculation.

La cuti-réaction se produit chez le malade vacciné comme chez le malade en puissance de lésions actives, et cela pendant des années.

(') Le sérum des Animaux vaccinés ne transmet pas d'immunisation passive à un Animal neuf.

(-) A ce propos B. Bloch refuse de croire, ce que nous avons dit, que l'inoculation d'une vieille culture de Mierosporum lanosum devient souvent impossible. Nous savons pourtant que ce phénomène est général, sauf pour les Gypseums, mais Bloch n'a étudié que des cultures récemment extraites de l'Homme.

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Bloch l'a présenté sur lui-même 2 ans 1/2 après une inoculation positive du Tïichophyton gypseum.

La cuti-réaction, comme clans les expériences de von Pirqfuet sur la tuberculose, semble due à une hypersensibilité de l'organisme immunisé, réaction de défense contre une tentative nouvelle d'implantation du Parasite.

Un lambeau de la peau immunisée de B. Bloch, greffé sur l'ulcère variqueux d'un malade non immunisé, et inoculé de trichophytine, manifesta 10 jours après le phénomène de cuti-réaction sous forme d'une escarre de 7 millimètres au point piqué, alors qu'un lambeau de peau non immunisée, greffé de môme et inoculé de même, ne présentait rien, ce qui prouve, à ce qu'il semble, que dans ce cas l'immunité est proprement cutanée et cellulaire.

Telles sont en résumé les belles recherches d'un sens très nouveau dues à B. Bloch et à Massini.

Je n'ai pu toutes les contrôler, d'autant que plusieurs ont plus d'intérêt général en ce qui concerne les problèmes de l'immunisation et de lanaphylaxie des immunisés, qu'en ce qui touche l'étude des dermalophyties elles-mêmes que je poursuivais. Mais j'ai trouvé exact tout ce que j'en ai contrôlé. Au moment même des premiers travaux de Bruno Bloch, je constatais l'impossibilité de nie servir deux fois du même Cobaye pour inoculer les divers Trichophytons. Et c'est alors que parut le travail de Bloch, aussitôt contrôlé et qui donnait ainsi l'explication du fait.

Si remarquables que soient ces travaux il y a quelques légères objections à leur faire, qu'on ne doit pas omettre de présenter.

1. - - Mes inoculations au Cobaye des Trichophytons endothrix de l'enfant ne lui ont conféré qu'une faible et relative immunité, car il est encore possible, après elle, d'inoculer aux mêmes Cobayes, les Trichophytons beaucoup plus virulents du groupe des Cypseums, alors que l'inverse est impossible. De mes recherches propres je crois pouvoir conclure que plus un Dermatophyte donne lieu chez l'Homme à une réaction inflammatoire vive, et plus forte est l'immunité qu'il conférera au Cobaye, et sans doute à l'Homme aussi.

2. — Certains faits cliniques montrent aussi que l'immunité donnée par le favus, par le Trichophyton cratériforme, ou les trichophyties épidermiques légères, est restreinte. Ainsi j'ai observé plusieurs fois à l'Ecole Lailler, et de la façon la plus certaine, la coexistence de la microsporie banale et de la trichophytie à culture cratériforme sur la même tête, l'enfant atteint de l'une de ces deux maladies ayant, dans l'École, contracté l'autre.

Aubert a vu et décrit la tondante trichophytique banale née, dans

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les mêmes conditions, sur la tête d'un enfant fa viqué ('), et son observation est de toute netteté.

Folly a inoculé 2 fois de suite le même Trichophyton sur le même malade, une fois au nez, une fois au bras, à plus de 20 jours d'intervalle et chaque fois avec succès, etc.... (2) Les exemples analogues sont extrêmement nombreux dans la science, même si l'on n'en garde comme démontrés que les plus scientifiquement établis. Tout ceci n'entame pas les conclusions de Bruno Bloch, mais a pour effet de les limiter.

Il est à considérer que les o types cryptogamiques dont B. Bloch s'est servi : un Achorion animal, un Trichophytori gypseum et un Microsporum animal, sont tous trois parmi les plus vigoureux et les plus aisément inoculables des Dermatophyles, ce qui explique les apparentes contradictions qu'opposent les faits précédents à ses conclusions.

Malgré ces réserves il faut louer sincèrement ces beaux travaux. Peut-être sont-ils loin d'avoir donné toutes leurs conséquences, surtout en thérapeutique. Si, comme mes expériences actuelles tendent à le démontrer, le favus ne suffit pas toujours à empêcher l'inoculation des Trichophytons qui font les kérions, tandis qu'un kérion suffit à vacciner contre le favus, il serait parfaitement possible qu'on arrivât à traiter au besoin le favus chronique du cuir chevelu par un kérion volontairement inoculé. J'ai des expériences en cours à ce sujet. Et ce ne sont pas les seules qu'on puisse imaginer, en réfléchissant aux faits précédents. Mais il y faut du temps et de la patience.

VIII. Les mycoses internes expérimentales. — Aux questions précédentes se rattachent encore les essais concernant la production de mycoses internes expérimentales avec les Champignons des feignes. Depuis longtemps on savait que certains Hyphomycètes donnent lieu à des lésions profondes, localisées ou généralisées, habituellement du type des pseudo-tuberculoses.

Les expériences sur ce sujet ont été faites avec beaucoup de Parasites.

Grohe, Block, Lichteim, Ribbert, Rénon, Carini ont déterminé des pseudo-tuberculoses aspergillaires par l'inoculation intra-veineuse, Lucet et Costantin avec une culture du Rkyzûmucov parasiticus, et

(') Voy. p. 46 et suivantes.

(2) M. Folly (Sur. Viennoise de Dermat., 11 mai 1892) a inoculé un trichophyton sur le lupus du nez d'une femme. Après 5 semaines, cercle de 20 millimètres. Ensemencement le 18 mars 1892. Sur 3 tubes, après 4 jours, l'un montre un bouton blanc comme un grain de mil, culture acuminée jaunâtre de 4 millimètres de diamètre (sur agar glycér.).

Le 30 mars, on inocula avec la culture la face externe du bras droit. Le 18 avril, cercle de L2 millimètres de diamètre; le 25 avril. 20 millimètres de large.

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Paltauff avec celle du Mi/cor corymbifer , Plaut, Klemperer, Roux et Linossier, Charrin et Ostrowsky avec Y Oïdium albicans. Mais il semble que les premiers essais d'inoculation endo-veineuse pratiquées avec des Champignons des teignes furent dus à Elsenberg (-1) avec des cultures de favus. Il n'obtint d'ailleurs que des résultats négatifs. Carini de même, en 1891 (2), et Truffi également, en 1902 (3).

Bukowsky (4), au contraire, avec l'inoculation intra-veineuse de l'Achorion, a su provoquer des nodules dans le poumon du Lapin, nodules avec nécrose centrale, cellules géantes périphériques, et phagocytose des éléments parasitaires.

Sabrazès obtint des résultats plus nets encore : une péritonite nodulaire avec l'Achorion de Schônlein (■").

Ses inoculations de VOospora canina dans la chambre antérieure de l'œil. du lapin ont donné lieu à la mort de l'Animal avec dyspnée, le 3e jour, et dans l'œil on observait des flocons blanchâtres qui étaient des colonies du Parasite. Le poumon était rempli de granulations miliaires. L'inoculation endo-veineuse au lapin du même Oospora canina a fourni des nodules pulmonaires disséminés (°).

Le seul travail que j'ai trouvé sur les mêmes inoculations avec un Trichophyton est celui de Stavino, qui obtint, par l'inoculation, à l'Animal, d'une espèce trichophytique non déterminée, des lésions du foie, des reins et du cœur (7).

Je n'ai, pour ma part, fait aucune recherche sur ce sujet. Pour le moment ces recherches intéresseraient l'anatoino-pathologiste désireux de suivre le mode de formation des tubercules et le mécanisme des réactions organiques à l'infection, plus que le dermatologiste déjà aux prises avec le sujet par lui-même si considérable de l'étude générale des Dermatophytes. En outre, des cultures, comme celles de l'Achorion, qu'on est obligé d'écraser dans un mortier pour les inoculer, donnent à l'inoculation des éléments pour la plupart mortifiés,

(') Elsenberg. Ueber clen Favuspilz (Arch. /'. Dermatologie und Syph., 1889 et 1890).

(2) Carini. Sull' istogenesi del pseudo-tubercolo sperimentale (Lo Sperîmentale, 1891, fasc. V et VI).

(3) M. Truffi. Un caso di Kerion dovuto ail' achorion di Schônlein (Giorn. ital. del. maint, ven. edel. pelle., fascicule IV, 1902). Rappelons que ce travail doit concerner un Trichophyton à culture faviforme et non l'Achorion de Schônlein.

(4) Bukowsky. Ein Beitrag zur Kenntniss der experimentellen und klinischen Eigenschaften den Achorion Schonleïnii (Arch. fur Dermat. und Syph.-, 1900. Band 51).

(5) Sabrazès. Pseudo-tuberculoses faviques expérimentales (Soc. franc, de Dermat., 7 avril 1895).

(6) Sabrazès. Pseudo-tuberculoses faviques expérimentales (An». île Dermat. et de Syph., 1895, p. 414).

(7) Stavino. Lésions expérimentales histologiques, par la culture du Trichophyton tonsurans (XIIB Congrès internat, de méd., Paris, 1900. C. R. Sect. de Dermat. et de Syph., p. 455).

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dont l'injection équivaut à celle de grains de poussière. Il n'y a qu'à tenter la culture de retour d'une colonie d'Achorions ainsi écrasée pour voir ce qui lui reste de vie.

Les espèces avec lesquelles on devrait essayer ces inoculations sont les plus actives : les Trichophytons gypseums par exemple ; mais même avec ces Trichophytons exceptionnellement virulents, on n'évitera pas les embolies. Leurs fuseaux multiloculaires ont 40-50 y. de long, souvent plus, et 10 et 15 jj. de large. Souvent plusieurs sont agglomérés: on aura des lésions mécaniques qui rendront difficile l'interprétation des résultats obtenus.

De toutes façons et faute de temps, ce sont des expériences que nous n'avons pas tenté de reproduire. Il nous semble qu'elles auront plus d'importance faites avec les Hyphomycètes qui causent la Sporotrichose qu'avec ceux qu'on n'observe que dans des maladies épidermiques.

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